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Le Trésor américain triple la mise sur le rachat de dette US

La légende raconte que Canut le Grand a un jour ordonné à la marée de reculer. Il voulait prouver à ses courtisans qu’un roi ne commande pas à l’océan. Pourtant, la marée n’a pas obéi. Ce jeudi 10 septembre, le Trésor américain rejoue une version budgétaire de la scène. Jusqu’à 6 milliards de dollars d’obligations à long terme sont rachetées en une seule opération. L’objectif : faire refluer des taux qui grimpent depuis des mois. La dette fédérale a déjà franchi les 40 000 milliards de dollars. Washington sort donc le chéquier pour rassurer ses créanciers.

Les points clés de cet article :
  • Le Trésor américain a orchestré un rachat massif d’obligations à hauteur de 6 milliards de dollars, espérant apaiser un marché obligataire en tension.
  • Malgré cette intervention spectaculaire, les taux à 10 ans ont continué leur ascension, et les marchés n’ont pas réagi comme escompté.

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Bessent triple la mise sur le rachat d’obligations d’État

L’opération de jeudi cible les titres arrivant à échéance dans 10 à 20 ans. C’est l’un des deux segments visés par le programme de soutien à la liquidité. Il est piloté par le secrétaire au Trésor, Scott Bessent. Or, trois semaines plus tôt à peine, Washington avait déjà doublé le plafond de ces rachats. Il était passé de 2 à 4 milliards par opération, jusqu’au 4 novembre. Cette fois, le montant grimpe encore, à 6 milliards de dollars, soit le triple du niveau qui prévalait cet été.

Racheter sa propre dette n’a rien de nouveau pour Washington. En effet, le Trésor l’avait déjà fait entre 2000 et 2002, sous l’administration Clinton. Il avait alors épongé près de 67,5 milliards de dollars d’obligations à coupon élevé. Mais le budget fédéral affichait alors un excédent. Par conséquent, l’opération remboursait la dette par anticipation.

Rien de tel aujourd’hui. Or, relancé en mai 2024, le programme tourne en pleine ère de déficits qui se comptent en milliers de milliards. Il retire désormais du marché les vieilles obligations à faible coupon, émises quand les taux frôlaient zéro. Ces titres ne trouvent plus preneur à leur valeur faciale.

Le calcul est simple sur le papier. Concrètement, en absorbant les obligations les moins liquides, celles que le marché appelle « off-the-run », le Trésor vise un objectif précis. Redonner de l’air à un marché obligataire à bout de souffle.

Sur le mois de septembre entier, l’enveloppe totale des rachats dépasserait 34 milliards de dollars. Une somme qui semble énorme. Pourtant, la dette fédérale frôle déjà 40 000 milliards de dollars, et les nouvelles émissions annuelles avoisinent 2 000 milliards. Face à ces chiffres, ce rachat pèse à peine plus qu’une goutte d’eau.

Les taux à 10 ans snobent le geste du Trésor

Le marché n’a pas applaudi. En effet, au lendemain de l’annonce, le rendement à 10 ans a grimpé à 4,85 %. C’est son plus haut niveau depuis novembre 2023. Les actions ont prolongé leurs pertes. Les obligations aussi.

Le taux à 10 ans n’intéresse pas que les financiers. Il sert de référence aux crédits immobiliers et aux emprunts des entreprises sur les marchés. L’État lui-même n’y échappe pas, contraint d’emprunter toujours plus pour couvrir son déficit à mesure que ce taux grimpe.

Pas franchement le scénario espéré par Scott Bessent. L’épisode rappelle furieusement celui du mois d’août. Le doublement à 4 milliards avait fait retomber les taux longs de quelques points de base. Mais ils avaient vite repris leur ascension.

Chez Natixis, l’analyste John Briggs résumait la logique à l’époque : « Si les taux montent trop, le Trésor cherchera à contrer le mouvement, et on sait désormais où se situent certains points de douleur. » Peter Boockvar tempérait déjà l’enthousiasme : ce rachat ne réduit en rien la dette, il réaménage seulement son calendrier de maturités.

D’ailleurs, le déficit ne se négocie pas avec un chèque de 6 milliards de dollars. Ni l’appétit des acheteurs étrangers. Ni la prime de terme, cette rémunération exigée par les créanciers pour immobiliser leur capital sur de longues échéances.

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Bitcoin renifle la liquidité et s’en frotte les mains

Si vous avez suivi l’épisode d’août, la suite ne vous surprendra pas. Le 19 août, le Trésor avait dévoilé le doublement à 4 milliards. En 24 heures, 1,71 milliard de dollars de positions courtes avaient sauté, dont près de 900 millions sur Bitcoin seul. Le cours avait bondi à 69 500 dollars, porté par un short squeeze. Résultat : ce rachat forcé de positions vendeuses à découvert accélère mécaniquement la hausse.

La mécanique n’a rien de mystérieux. Plus l’État injecte de liquidité pour tenir son marché obligataire, plus les traders y voient un signal accommodant. Ce signal favorise les actifs à offre limitée. D’ailleurs, Bitcoin coche cette case-là depuis toujours, avec un plafond fixé une fois pour toutes à 21 millions d’unités.

Ce jeudi, la cryptomonnaie évolue autour de 78 200 dollars, loin de l’euphorie du mois d’août. Elle reste toutefois sur ses gardes face à chaque nouvel épisode de la saga obligataire. Le raisonnement séduit. Il n’est toutefois pas garanti. Un short squeeze ponctuel ne fait pas une tendance de fond. La corrélation entre rachats du Trésor et prix du Bitcoin reste un pari sur le sentiment, plus qu’une équation mécanique.

34 milliards contre 164 000 bitcoins : l’équation qui inquiète

Le vrai chiffre à surveiller n’est pas celui du jour, mais celui du mois. Plus de 34 milliards de dollars de rachats sont programmés sur septembre. Une somme à mettre en face d’une dette fédérale qui frôle 40 000 milliards. Elle continue de grossir de 2 000 milliards par an. Face à ce rythme d’émission, Bitcoin ne produit jamais plus de 164 000 unités nouvelles par an. Ce contraste nourrit la thèse du debasement trade. Ce pari mise sur la dévaluation continue des monnaies face à des actifs à quantité fixe. Ses partisans ne se lassent pas de le rappeler. Ainsi, Canut avait fini par comprendre les limites de son trône face à la marée. Enfin, Scott Bessent, lui, continue d’essayer, chéquier en main.

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Magali

Tombée dans le terrier du lapin blanc en 2017, je suis passée de lectrice assidue à Rédactrice en chef du Journal du Coin. J’aime m'investir dans les coulisses de projets pour porter ma vision d'un futur décentralisé. Amoureuse des belles lettres, je coordonne nos équipes pour transformer la complexité technique en une information humaine, précise et sans jargon inutile. Entre entrepreneuriat et rédaction, ma mission est claire : vulgariser demain, mais le faire aujourd'hui.

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