La Suntralisation, ou comment Tron oublie ses promesses

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Nombreux étaient ceux qui doutaient de la décentralisation réelle du projet Tron. On a récemment appris que près de 56% des droits de vote sur la plateforme sont contrôlés par Binance. De quoi rester profondément perplexe.

C’est dans un post Twitter que Brian Fabian Crain de la start-up Chorus One a révélé le calcul, et son résultat est pour le moins tranché.

Comment fonctionne le dPoS en général, et sa version utilisée sur Tron ?

Lorsqu’on parle de dPoS, on s’intéresse à une approche de consensus blockchain dite de preuve d’enjeu déléguée.

Tous les détenteurs de jetons votent toutes les six heures (par exemple pour Tron), pour élire des validateurs de bloc, selon le principe “un coin, une voix”. Les candidats qui reçoivent le plus de votes gagnent le droit de produire des blocs et de d’être rémunérés pour ce travail. Pendant cette période, un système de hasard pondéré en fonction des votes s’applique pour générer lesdits blocs. Ce modèle met en jeu plusieurs composantes, c’est le cas de le dire.

Premièrement, afin de s’assurer que la chaîne approuve continuellement les transactions, il n’y a pas de nombre minimum de jetons de vote nécessaire requis pour que les résultats du vote soient valides. Dans le cas contraire, en cas d’un nombre trop faible de vote, le consensus s’arrêterait et les blocs ne seraient plus minés.

Deuxièmement, il existe peu de moyens d’empêcher les grands détenteurs de jetons de voter pour eux-mêmes ou pour des entités “amies”. L’achat de votes ou l’existence d’une collusion est donc possible dans ce modèle ploutocratique.

Enfin, les validateurs de blocs ne prennent pas de véritable risque s’ils agissent contre l’intérêt du réseau. Le plus gros problème des systèmes dPoS est donc la faible participation réelle des petits détenteurs de jetons, comparé à l’objectif théorique promis. Les petits porteurs ne sont simplement pas assez incités à voter.

Revenons à notre exemple Tron : comme l’indique leur explorer officiel, cette blockchain dispose de 27 validateurs appelés “Super Représentants”. Le plus petit de ces représentants a obtenu environ 252 millions de voix sur un total de jetons TRX de 66,7 milliards. Cela signifie qu’avec seulement 0,38% des votes, il est possible de devenir super validateur.

Tron

Mais le plus étonnant, c’est que les services de staking de Binance disposent d’environ 12,5 milliards de voix, alors que son rival le plus proche en détient seulement 777,6 millions. De facto, Binance contrôle donc 55,85% de tous les jetons TRX qui élisent les super représentants. Selon Brian Crain, si Binance le souhaitait, la plateforme pourrait répartir son vote symbolique entre 25 candidats qu’il contrôlerait, empocher 25 / 27eme des rémunérations… soit un peu plus de 92% des récompenses du protocole. Binance pourrait prendre un contrôle théorique quasi complet sur Tron et réorganiser les blocs à sa convenance. Cela pose clairement la question du degré de décentralisation réellement accessible à ce genre de projets blockchainisés.

Mais Binance n’est pas un acteur malveillant, n’est-ce pas ?

On peut objecter que la domination potentielle de Binance sur la validation de Tron ne serait pas un sujet grave, puisque certains pourrait considérer Binance comme une sorte d’acteur foncièrement honnête… Et pourtant.

Binance

Peut-être… Mais ce que Binance peut faire, n’importe quel autre grand acteur peut faire : entreprise, état ou dictature… Rappelons que Binance a été historiquement créée en Chine. Si le but n’est pas de prendre peur (quel intérêt un Etat aurait-il à attaquer TRON ?), il convient d’être conscient de la réelle “résistance” qu’un tel projet peut (ou non) opposer à une censure potentielle.  Avec une dépense d’environ 350 millions de dollars, n’importe quel acteur hostile pourrait prendre le contrôle de Tron. Soit une poignée de cacahuètes pour n’importe quel acteur majeur.

La dPoS : le vieux monde au goût de la blockchain

Il y a quelques jours, le compte Twitter officiel d’EOS New York a également révélé que six des 21 producteurs de blocs EOS étaient secrètement contrôlés par la même entité. Cette révélation n’est apparue que parce que l’entité en question n’a pas cherché à couvrir ses traces.

La fiabilité du système de Super Représentant doit-il être remis en question ? Doit-on se poser d’éventuelle dynamique de corruption possible entre les nœuds de validation dPoS ?

Sur le principe, une flagrante entente entre les super représentants pour le contrôle du réseau serait censé entraîner une fuite des utilisateurs. Mais pour ça, il faudrait encore que ce réseau soit réellement utilisé. En revanche, si certain tirent les ficelles grâce à une dynamique d’entente discrète, cette histoire nous apprend qu’ils pourraient bien réussir à le faire sans être remis en question… et pour un sacré bout de temps.

Analyse réalisée par Testacoin.com

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