Web3 : 5 ans après l’euphorie, qu’est-ce qui reste vraiment ?
En 2021, presque tout pouvait devenir un marché : une image, une parcelle virtuelle, une partie de jeu, un profil social. 5 ans plus tard, certains de ces produits ont disparu, d’autres se sont transformés, et quelques-uns tournent encore à grande échelle. Leurs trajectoires montrent surtout la place qu’occupait la spéculation dans ces marchés, et ce qui continuait à être utilisé quand elle reculait. Le Bitcoin et l’Ethereum restent volontairement en dehors de cette analyse. On s’intéresse ici aux narratifs qui ont émergé autour de la blockchain et à ce qu’il en reste lorsque la spéculation retombe.

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Le grand laboratoire de 2021
Le 11 mars 2021, Christie’s adjuge une œuvre NFT de Beeple pour 69,3 millions de dollars.
11 jours plus tard, l’entrepreneur Sina Estavi paie 2,9 millions de dollars le NFT du premier tweet de Jack Dorsey, qu’il compare à la Joconde.

En mai 2021, Nifty Gateway annonçait avoir dépassé 300 millions de dollars de volume de transactions et affiche son ambition : 1 milliard de collectionneurs de NFT.
Sur The Sandbox, le prix plancher moyen d’une parcelle virtuelle atteigaint 2,86 ETH sur l’année.
Le jeu vidéo suit. Fin 2021, Axie Infinity revendiquait près de 3 millions de joueurs actifs par jour, dont la moitié aux Philippines. Là-bas, des « scholars » louaient des Axies, les créatures NFT du jeu, et gagnaient 5 000 à 10 000 pesos par semaine en revendant leurs récompenses.
Dans chacun de ces marchés, la perspective de revendre plus cher fait partie de ce que l’on achète.
Les NFT doivent trouver une autre raison d’exister
En 2022, les prix commencent à retomber. En avril, Sina Estavi remet le tweet de Jack Dorsey en vente à 48 millions de dollars. La meilleure offre plafonne autour de 6 800 $, et aucune vente n’est conclue.
Le mois précédent, le bridge de Ronin, utilisé par Axie Infinity, a été piraté pour environ 620 millions de dollars. En mai, l’effondrement de Terra accentue fortement la baisse du marché.
En avril 2023, Axie ne compte plus qu’environ 250 000 joueurs quotidiens, contre un pic de 2,7 millions. Sky Mavis continue de développer le jeu.
Le 2 février 2024, GameStop ferme sa marketplace NFT en rappelant à ses clients que leurs NFT restent négociables ailleurs.
En 2024, Fantasy Top lance des cartes NFT à l’effigie de personnalités de X. Le jeu figure alors parmi les 10 protocoles générant le plus de frais, et aurait reversé plus de 20 millions de dollars aux joueurs.
Le 23 janvier 2026, Gemini passe Nifty Gateway en mode retrait uniquement. La plateforme mettait la clé sous la porte un mois plus tard.
Le 20 mai 2026, Fantasy Top annonce à son tour sa fermeture. Son cofondateur, Kipit, explique que les cartes sont devenues des actifs financiers dès leur sortie et ont attiré des spéculateurs avant d’attirer des joueurs. Selon lui, la valeur des cartes était devenue le cœur du jeu : chaque modification des règles touchait directement leur prix sur le marché secondaire.
Sorare suit une autre trajectoire. La plateforme française supprime environ 35 % de ses effectifs fin 2025, lance un mode de jeu gratuit en janvier 2026, puis lève de nouveaux fonds en septembre 2026. Plus de 100 000 managers ont acheté des cartes au premier semestre 2026, davantage qu’en 2021, selon l’entreprise. Chaque carte représente un joueur et évolue avec ses performances dans les compétitions réelles.
Prêter et emprunter après le krach
Lorsque la spéculation recule, les usages qui répondent à un besoin précis ont davantage de chances de rester. La DeFi en fournit un exemple. On y dépose des fonds, on emprunte, on échange des actifs ou on fournit de la liquidité.
Aave illustre bien cette différence. Le protocole génère de l’activité grâce aux intérêts payés par les emprunteurs. Une partie de ces intérêts rémunère les déposants qui mettent leurs fonds à disposition.
L’offre de stablecoins indexé au dollar est passée de 162 milliards de dollars fin 2021 à 311 milliards au 24 septembre 2026.
En revanche, la DeFi n’a pas échappé au recul du marché. Après le pic de 2021, les encours empruntés sur Aave chutent de près de 85 % en 2022. Ils remontent ensuite, jusqu’à dépasser leur niveau de 2021 dès la fin de 2024. Au 24 septembre 2026, les encours empruntés sur Aave atteignent encore 13 milliards de dollars.
À l’échelle de l’ensemble de la DeFi, la TVL s’établit à 94,9 milliards de dollars. C’était environ 163 milliards au sommet de 2021. .

Des bons du Trésor aux immeubles tokenisés
La blockchain sert aussi à représenter des actifs qui existent déjà sur les marchés traditionnels. La tokenisation est devenue l’un des grands narratifs du cycle actuel, portée notamment par l’arrivée d’acteurs financiers traditionnels sur le marché.
Au 24 septembre 2026, 38,6 milliards de dollars d’actifs tokénisés sont représentés sur des blockchains publiques, contre environ 23 milliards fin 2025.
Les bons du Trésor américain tokenisés représentent à eux seuls autour de 15 milliards de dollars.
BlackRock a lancé son fonds monétaire tokenisé BUIDL en mars 2024. Le fonds pèse environ 2,8 milliards de dollars et ses parts peuvent être transférées sur la blockchain entre investisseurs autorisés.
L’immobilier tokenisé, longtemps présenté comme un grand cas d’usage, ne pesait qu’environ 457 millions de dollars à l’été 2026. Les volumes d’échange restent faibles et les durées de détention longues.
Un immeuble reste difficile à revendre rapidement, même quand sa propriété est représentée par un token.
Quand le rendement compte plus que le prochain narratif
En 2021, certains investisseurs ont réalisé des gains importants en arrivant tôt sur ces marchés. Encore fallait-il conserver ces gains lorsque le marché s’est retourné.
La DeFi a elle aussi traversé ces cycles. Son activité a connu des périodes d’expansion et de recul, mais le prêt, l’emprunt et la fourniture de liquidité ont continué à fonctionner. Pour un investisseur, cela offre une autre façon de faire travailler son capital : chercher du rendement dans ces activités plutôt que devoir identifier le prochain narratif.
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Quand la spéculation recule, certains marchés s’éteignent avec elle. D’autres tiennent parce que leurs utilisateurs continuent d’y trouver un usage.