Stablecoins : Mastercard et BVNK lancent un compte fiat et crypto, Stripe vise 100 pays avec ses cartes
Deux rails, une guerre de vitesse. Mastercard a annoncé le 15 octobre le lancement de la Global Money Platform. Il s’agit de la première intégration de BVNK depuis le rachat bouclé en août. Concrètement, une seule API permet d’ouvrir des comptes multidevises où dollars, euros et stablecoins « cohabitent ». Elle sert aussi à convertir en temps réel et à émettre des cartes adossées aux stablecoins. Enfin, elle permet de payer en monnaie locale via Mastercard Move. Dix jours plus tôt, Stripe annonçait de son côté l’extension de son programme de cartes stablecoin. Lancé en mars dans 18 pays, il sera disponible dans plus de 100 pays avant la fin de l’année. Ainsi, le rachat de BVNK pour 1,8 milliard de dollars prend tout son sens.
Points clés
- Mastercard Move atteint plus de 17 milliards de points de paiement, avec des retraits en monnaie locale dans plus de 40 devises et 200 pays annoncés pour 2027.
- Nuvei, Marqeta, Ontop, Beem et Almond FinTech sont les premiers intégrateurs, la plateforme est disponible dès maintenant via BVNK.
- Stripe revendique 1,2 milliard de dollars dépensés par carte stablecoin en septembre, trois fois plus qu’un an plus tôt.
Mastercard et BVNK : un seul compte pour toutes les monnaies
Le cœur du produit est un « compte monétaire mondial ». Une entreprise y détient en même temps des devises classiques et des stablecoins, puis bascule de l’un à l’autre sans quitter l’interface. Autour, Mastercard greffe ce qu’il sait faire. D’abord, l’émission de cartes adossées aux stablecoins dans plus de 130 pays, dépensables sur tout son réseau d’acceptation. Ensuite, les paiements sortants par Mastercard Move, qui déposent un solde en stablecoins sur un compte bancaire local. Le groupe annonce par ailleurs pour 2027 une couverture de plus de 40 devises dans plus de 200 pays et territoires. Viendront ensuite des usages agentiques et des dépôts tokenisés.
Raj Dhamodharan, vice-président exécutif blockchain et actifs numériques de Mastercard, résume l’ambition : « nous croyons que l’avenir du commerce se construira sur l’interopérabilité entre plusieurs formes de monnaie ». Chris Harmse, cofondateur de BVNK, va plus loin. Selon lui, la plateforme « deviendra la couche d’infrastructure unique, pas seulement pour les stablecoins, mais pour toute forme de monnaie ». Phil Fayer, patron de Nuvei, signe de son côté le premier contrat. En revanche, le communiqué de Mastercard ne cite aucun stablecoin par son nom. Cela en dit long sur la neutralité recherchée : la maison veut encaisser sur chaque jeton, pas en choisir un.
Stripe, Bridge et Visa : 100 pays avant Noël
En face, Stripe avance avec Bridge, racheté 1,1 milliard de dollars en 2024, et avec Visa. Les cartes prépayées adossées à un solde en stablecoins sont émises par Lead Bank et gérées par Bridge. Elles sont intégrées à Stripe Issuing depuis avril et disponibles dans 30 pays avec une seule intégration. De plus, elles existent en version physique ou virtuelle, pour les particuliers comme pour les entreprises. Kraken et Ramp s’en servent déjà. Le 5 octobre, Stripe a donc fixé l’objectif à plus de 100 pays avant la fin de 2026. Le groupe chiffre par ailleurs la dépense par carte stablecoin à environ 1,2 milliard de dollars pour le seul mois de septembre. C’est le triple de l’an dernier.

Le mécanisme est le même des deux côtés. Le client détient des dollars numériques, la carte les convertit au moment du paiement. Le commerçant, lui, encaisse en monnaie locale sans rien changer. La différence tient donc aux clients visés. Stripe s’adresse aux plateformes et aux fintechs qui veulent émettre leurs propres cartes. Mastercard vise en revanche les banques et les grands comptes qui veulent brancher stablecoins et fiat sur l’existant. Visa, de son côté, cherchait un nouveau partenaire d’infrastructure depuis que BVNK est passé chez son rival.
Le calendrier réglementaire explique l’accélération. Le GENIUS Act américain entre en vigueur le 18 janvier 2027 et les règles finales de l’OCC sont attendues en novembre. En Europe, l’USDC vient d’être classé premier stablecoin « significatif » sous MiCA, sous supervision directe de l’EBA. Les deux réseaux veulent donc être en place quand les banques auront l’autorisation d’y aller. Chainalysis rappelle au passage que 99,1 % du volume des stablecoins est libellé en dollars. Autrement dit, quelle que soit la carte, c’est le billet vert qui circule.