Irlande : Le nouveau compte d’investissement défiscalisé ferme sa porte à la crypto
Je peux résister à tout, sauf à la tentation. Le gouvernement irlandais a de la suite dans les idées. Le Tánaiste (vice-Premier ministre) Simon Harris et le ministre d’État Robert Troy ont dévoilé leur feuille de route pour simplifier la fiscalité crypto et celle de l’épargne en général : un compte d’investissement personnel, sans période de blocage, ouvert aux résidents fiscaux dès 18 ans. Actions, obligations, fonds et ETF y ont toute leur place à partir de 2027. Les cryptomonnaies, elles, resteront devant la porte.
- Le gouvernement irlandais a dévoilé un plan pour simplifier la fiscalité de l’épargne avec un compte d’investissement personnel sans taxe sous un certain seuil, applicable dès 2027.
- Les cryptomonnaies sont exclues de ce dispositif, jugées trop complexes et risquées, malgré l’accueil favorable de l’Irlande pour les plateformes crypto comme Ripple et Kraken.
Un compte fiscal cousu main pour tout sauf la crypto
Le principe tient en une phrase : aucune taxe en dessous d’un seuil qui sera fixé lors du Budget 2027 en octobre, puis un taux forfaitaire bas au-delà. Exit la règle de la disposition présumée, le mécanisme qui taxait certains fonds tous les huit ans même sans revente.
En effet, les prestataires calculeront et reverseront eux-mêmes l’impôt, ce qui évite au particulier de remplir une déclaration séparée. Harris le résume ainsi dans le communiqué du Department of Finance : « les marchés de capitaux ne doivent pas sembler hors de portée », et pour ceux qui choisissent d’investir, « le système fiscal ne doit pas être inutilement compliqué ». Un seul compte d’investissement par personne, une seule règle du jeu. Sauf pour un actif.

Pourquoi la crypto reste sur le carreau
Les actifs numériques et les produits dérivés sont explicitement écartés, qualifiés de « produits hautement complexes et risqués ». La formule n’est pas tombée du ciel puisqu’en septembre 2025, la Commission européenne recommandait déjà aux États membres d’exclure les « produits hautement risqués ou complexes » de ces comptes d’épargne et d’investissement fiscalement avantagés, dans le cadre de son initiative pour l’Union de l’épargne et des investissements.
Bruxelles alors ne nommait pas la crypto. Elle visait des « produits hautement risqués ou complexes » en général. C’est Dublin qui a rangé les cryptomonnaies dans cette case, pas la Commission. Les ménages irlandais placent 38 % de leurs actifs financiers en dépôts bancaires, contre 30 % en moyenne dans le reste de l’Union, et seulement 2,3 % en investissement direct, contre 7,5 % ailleurs en Europe. L’argent dort donc sur les comptes courants et Dublin veut le réveiller, mais pas avec du bitcoin sous l’oreiller.
Terre d’accueil des exchanges crypto, porte close à leurs jetons
Voilà qui frise le paradoxe. L’Irlande a accueilli Ripple comme fournisseur de services d’actifs virtuels et vu Kraken y décrocher sa licence MiCA pour rayonner sur toute l’Union. Dublin sait vendre son adresse aux plateformes crypto. Mais un citoyen irlandais qui veut loger un bitcoin dans son épargne défiscalisée essuie un refus net. Les investisseurs particuliers devront continuer d’acheter leurs cryptos via un compte classique, hors du nouveau dispositif, et donc sans le moindre allègement fiscal. Robert Troy insiste de son côté sur la coopération à venir entre l’industrie financière et son ministère pour finaliser la législation, un chantier qui passera par le Finance Bill 2026.
D’autres capitales regardent déjà la manœuvre irlandaise. La recommandation bruxelloise de 2025 les pousse vers le même compte national défiscalisé, et la régulation MiCA fixe depuis fin 2024 un tempo commun à vingt-sept marchés. Le Budget 2027 irlandais, attendu en octobre, précisera les seuils exacts, sans revenir sur l’exclusion de la crypto.