Crypto : Le Pentagone interdit à ses soldats de parier sur Polymarket et Kalshi
Les renseignements militaires ne sont pas des tuyaux de parieur. Pete Hegseth rappelle à l’ensemble du personnel du Pentagone l’interdiction d’utiliser des informations non publiques pour réaliser des transactions financières, notamment sur Polymarket et Kalshi. Dans un mémorandum daté du 20 octobre, le secrétaire américain à la Défense souligne un double risque : révéler des indices sur les opérations à venir et introduire des intérêts financiers personnels dans les décisions militaires.
Points clés
- L’interdiction concerne les informations non publiques, qu’elles soient classifiées ou non.
- Les militaires et les personnels civils du département sont concernés, notamment lorsqu’ils utilisent les marchés prédictifs.
- Un soldat américain est accusé d’avoir gagné plus de 400 000 dollars grâce à des paris liés à la capture de Nicolás Maduro.
- Les violations peuvent entraîner des sanctions administratives, disciplinaires ou pénales.
Polymarket et Kalshi : Le Pentagone veut protéger ses opérations
Le mémo de Pete Hegseth vise l’utilisation d’informations obtenues dans le cadre professionnel pour tirer un avantage financier. Il ne constitue pas une interdiction générale d’accéder à Polymarket ou à Kalshi. La distinction porte sur les renseignements utilisés pour prendre position, y compris lorsqu’ils ne sont pas classifiés.
L’enjeu dépasse la question du profit personnel. Sur un marché prédictif, les participants achètent des contrats associés à un événement. Les prix et les volumes peuvent ainsi révéler qu’un parieur anticipe une issue avec une confiance inhabituelle :
« Nos ennemis surveillent les mouvements sur ces marchés. »
Pete Hegseth, secrétaire américain à la Défense – Source : memo
Selon le responsable, des services de renseignement adverses peuvent exploiter ces signaux pour anticiper des mouvements, des cibles ou le calendrier d’une opération. Un pari n’a donc pas besoin de dévoiler directement un document confidentiel pour présenter un risque.
Pete Hegseth insiste aussi sur les conflits d’intérêts. Un logisticien qui mise sur une date de frappe possède un intérêt financier dans ce calendrier. De même, un analyste exposé à un résultat pourrait voir son jugement influencé par sa position.
La directive s’appuie sur des obligations existantes. Selon les faits, leur violation peut relever de mesures administratives, du Code de justice militaire ou du droit pénal fédéral. Elle ne crée pas, à elle seule, une nouvelle infraction.

L’affaire Van Dyke illustre les risques des paris militaires
Le rappel intervient après les poursuites engagées en avril contre Gannon Ken Van Dyke, un militaire américain accusé d’avoir exploité des informations confidentielles concernant l’opération de capture de Nicolás Maduro.
Selon les procureurs, il aurait participé à sa préparation et à son exécution, puis utilisé cette connaissance anticipée pour parier sur Polymarket. Les gains allégués dépassent 400 000 dollars. Le militaire a plaidé non coupable : les accusations restent contestées.
Un précédent comparable existe en Israël. En février, les autorités ont annoncé l’arrestation et l’inculpation d’un réserviste et d’un civil soupçonnés d’avoir utilisé des informations classifiées pour miser sur des frappes israéliennes contre l’Iran.
Ces affaires montrent la difficulté de distinguer une anticipation fondée sur des sources publiques d’un pari alimenté par un renseignement confidentiel. Une position rentable ne suffit pas à établir une infraction : les enquêteurs doivent notamment déterminer quelles informations étaient accessibles au parieur et comment il les a utilisées.
Pour le Pentagone, le problème commence toutefois avant un éventuel procès. Dès qu’un personnel transforme une information opérationnelle en position financière, il peut créer un signal visible et un intérêt personnel incompatible avec sa mission.