Bitcoin dans les banques argentines : la Banque centrale renvoie le dossier à un second mandat de Milei
Promesse sous condition à Buenos Aires. Un haut responsable de la Banque centrale argentine (BCRA) reconnaît qu’il faudra avancer sur les cryptomonnaies, mais ni cette année ni la suivante. Le dossier attendra un éventuel second mandat de Javier Milei et donc 2028 au plus tôt. Les banques patientent déjà depuis mai 2022, quand la BCRA leur a interdit de proposer des cryptomonnaies à leurs clients.
- La Banque centrale d’Argentine a repoussé l’intégration des cryptomonnaies dans les banques jusqu’à un potentiel second mandat de Javier Milei, soit 2028 au plus tôt.
- L’interdiction imposée en mai 2022 par la Banque centrale argentine concernant les services liés aux cryptomonnaies demeure en vigueur, invoquant des risques pour le système financier dans un contexte économique fragile.
Cryptomonnaies en Argentine, la Banque centrale répond « plus tard »
La scène se déroule à Pulso 2026, le rendez-vous de la Chambre argentine des moyens de paiement. Juan Curutchet dirige la supervision des banques et du change à la BCRA. Il s’apprête à quitter l’estrade. Puis il se ravise. « Tu ne m’as pas interrogé sur le dollar ni sur les cryptos. C’est très bien, parce que cette année il ne se passera rien. Mais je le vois possible lors d’une seconde présidence de Milei », lâche-t-il, d’après le récit publié par La Nación le 7 octobre 2026.
Le calendrier se déduit sans peine. La présidentielle argentine a lieu en octobre 2027 et le vainqueur prendra ses fonctions le 10 décembre suivant. Aucun assouplissement avant 2028, à condition encore que le président sortant se représente et l’emporte.
Le régulateur invoque l’état du pays pour justifier ce délai.
« Aujourd’hui, nous avons un niveau de fragilité qui ne nous permet pas d’avancer autant. Mais je crois qu’il y a un agenda en suspens pour plus tard ».
Bitcoin et banques argentines, une rupture réglée en 48 heures
Il faut revenir à mai 2022. Banco Galicia et la banque en ligne Brubank annoncent alors que leurs clients pourront acheter, vendre et conserver des cryptomonnaies depuis leur application. Moins de 48 heures plus tard, la Banque centrale argentine publie une norme qui interdit les cryptomonnaies à tous les établissements financiers. Elle invoque les risques pour les usagers et pour le système financier, dans un pays où l’inflation atteignait alors 55,1 % sur un an.
Quatre ans ont passé. L’interdiction tient toujours, sous un président élu fin 2023 en promettant de fermer cette même Banque centrale. Le secteur a pris la déclaration au pied de la lettre. Julián Colombo dirige la plateforme d’échange Bitso en Amérique du Sud. « Probablement, lors d’une éventuelle seconde présidence de Milei, ils l’autoriseront », anticipe-t-il dans Forbes Argentina.
Avant les cryptomonnaies, la BCRA veut reprendre la main sur les fintechs
Vous vous demandez ce qui occupe la Banque centrale en attendant. La réponse tient en trois lettres : PSP, pour prestataires de services de paiement, ces portefeuilles numériques et fintechs qui ont grandi plus vite que les règles. Juan Curutchet décrit un système bancaire réduit par des décennies d’érosion monétaire, doublé d’un système de paiement sophistiqué. Sa propre superintendance était « orpheline de ressources » pour suivre le mouvement.
La BCRA a donc créé une direction chargée de contrôler ces acteurs. Elle a aussi durci l’obligation faite aux banques de déclarer les fraudes, et les signalements ont bondi de 150 % dans la foulée. Le superintendant veut enfin pouvoir retirer une licence aussi vite qu’il l’accorde. Il cite le précédent des bureaux de change, dont le pays a compté environ 300 licences sous Mauricio Macri avant que des prête-noms n’en profitent une fois le contrôle des changes rétabli.
L’argument se défend. Ouvrir les guichets au bitcoin avec un superviseur débordé reviendrait à ajouter un étage sur des fondations fragiles.
Javier Milei abordera cette échéance avec l’affaire du memecoin Libra sur les bras, un rapport parlementaire l’ayant mis en cause. Pour les banques argentines, la prochaine fenêtre s’ouvre après la présidentielle d’octobre 2027.