État d’urgence en France : 24 000 dollars misés sur Polymarket
Beaucoup de bruit pour rien. Depuis dimanche, Polymarket propose de parier sur la proclamation de l’état d’urgence en France, au lendemain d’une journée de violences qui a laissé l’hôtel de ville de Limoges en ruine. L’image d’un casino crypto qui prend les mises pendant que le pays s’embrase a tout du titre choc.
Sauf que le casino sonne creux. Lundi matin, ce marché cumulait moins de 24 000 dollars de volume sur une plateforme que la France bloque depuis juillet et que l’ESMA juge déjà hors des clous en Europe.
Points clés
- Ouvert dimanche, le pari sur un état d’urgence français n’a drainé qu’environ 23 700 dollars en USDC.
- Les parieurs donnent 16 % de chances à ce scénario avant la fin de l’année, et 3 % d’ici mercredi.
- Laurent Nuñez a écarté cette option après les émeutes du 17 octobre et Emmanuel Macron ne l’a pas évoquée dimanche soir.
- L’ANJ a fait bloquer Polymarket en juillet et punit de 100 000 euros d’amende la promotion du site.
Un marché Polymarket sur l’état d’urgence qui pèse des cacahuètes
Le contrat s’intitule « France declares state of emergency by…? » et il a été mis en ligne le dimanche 18 octobre dans l’après-midi, heure de Paris. Il propose trois échéances. Lundi vers 10 heures, le « Oui » s’échangeait à 3 cents pour une proclamation d’ici le 21 octobre, à 9 cents d’ici le 31 octobre et à 16 cents d’ici le 31 décembre. Un cent valant un point de pourcentage, la foule des parieurs juge donc l’état d’urgence très improbable.

Toutes échéances confondues, le volume cumulé plafonne à 23 743 dollars. On est très loin des millions. Polymarket règle tout en USDC, un stablecoin adossé au dollar, et la mécanique est simple à suivre. À 16 cents la part, 1 000 dollars achètent 6 250 parts « Oui », qui rapporteront 6 250 dollars si Paris décrète l’état d’urgence avant le réveillon.
Sur un carnet d’ordres aussi maigre, une mise de cette taille peut suffire à faire bouger la cote de plusieurs points. Derrière le 16 % affiché, il peut n’y avoir qu’une poignée de comptes.
L’état d’urgence écarté par Nuñez malgré le chaos du 17 octobre
Le décor, lui, n’a rien de virtuel. Samedi 17 octobre, 550 000 manifestants ont défilé contre la vie chère, deux fois et demie plus que les 200 000 attendus. Les forces de l’ordre ont procédé à près de 2 400 interpellations et 997 policiers et gendarmes ont été blessés. À Limoges, la mairie a brûlé et son campanile s’est effondré.
Mais l’exécutif ne veut pas de l’outil. « On ne déclenchera pas l’état d’urgence », a tranché Laurent Nuñez dès samedi soir. Bruno Retailleau a beau l’avoir réclamé « sans délai » dimanche, rien n’a bougé. Lundi sur France Inter, le ministre de l’Intérieur a reconnu un « manque d’anticipation ». Il avait remis sa démission la veille à Emmanuel Macron, qui l’a refusée. Dans son allocution de dimanche soir, le chef de l’État a confié aux préfets le soin de décider avec les maires, jusqu’à interdire certains rassemblements.
Juridiquement, la marche est haute. Créé par la loi du 3 avril 1955, l’état d’urgence se décrète en Conseil des ministres et ne peut dépasser douze jours sans vote du Parlement. La France l’a utilisé lors des émeutes de banlieue de novembre 2005, de novembre 2015 à novembre 2017 après les attentats, puis en Nouvelle-Calédonie en mai 2024. Pendant les Gilets jaunes, il avait été évoqué au sommet de l’État sans jamais être décrété.
Polymarket reste bloqué en France par l’ANJ
Les Français n’ont de toute façon pas le droit de jouer. Le 16 juillet 2026, le président de l’Autorité nationale des jeux a ordonné aux fournisseurs d’accès de bloquer Polymarket, que l’ANJ assimile à un site de jeux d’argent illégal. Le régulateur reproche à la plateforme un géoblocage contourné. Polymarket conteste et a annoncé un recours le 21 août.
Le régulateur vise aussi ceux qui relaient. Faire la publicité d’un site non autorisé expose à 100 000 euros d’amende, tout comme diffuser ses cotes pour en faire la promotion. Les comptes qui partagent la capture du marché en mode « regardez, ils parient sur la France » feraient bien d’y penser.
La première échéance tombe mercredi 21 octobre, avec 3 % de chances accordées au « Oui ». D’ici là, Yaël Braun-Pivet réclame une commission d’enquête sur les violences et l’Association des maires de France a appelé à se rassembler ce lundi midi devant les mairies. Sur Polymarket, les gros volumes se jouent ailleurs, à l’image des milliards de dollars misés par des Américains malgré l’interdiction.