Dette : la France risque d’être « étranglée par les taux d’intérêt », prévient le gouverneur de la Banque de France
Un banquier central qui parle d’étranglement, ce n’est pas tous les jours. Dans un entretien au Financial Times publié lundi 5 octobre, Emmanuel Moulin, gouverneur de la Banque de France, prévient que le pays risque d’être progressivement « étranglé par les taux d’intérêt » s’il ne redresse pas ses finances publiques. L’avertissement tombe le jour où l’euro touche un plus bas de 17 mois, plombé par cette même dette française.
- Le gouverneur de la Banque de France a averti que la France pourrait être « étranglée par les taux d’intérêt » si elle ne redresse pas ses finances publiques.
- Le taux d’emprunt à 10 ans pour la France a frôlé les 5 %, et le gouvernement propose un effort budgétaire de 43 milliards d’euros pour réduire le déficit.
Taux d’intérêt : ce que dit le gouverneur de la Banque de France
Le message tient en deux temps, d’après l’entretien accordé au quotidien britannique. D’abord l’alerte. Si rien n’est fait, la hausse des taux finira par étrangler progressivement les comptes du pays. Ensuite le garde-fou, puisque la France, insiste Emmanuel Moulin, n’est pas la Grèce de la crise de la zone euro. Il juge tout de même « sérieux et préoccupants » les mouvements récents sur la dette souveraine.
Pour le gouverneur, la solution passe par le Parlement. Un budget voté à Paris, avec un déficit en baisse, suffirait selon lui à rassurer les marchés.
Dette française : un taux à 10 ans qui frôle les 5 %
Les chiffres donnent du poids à la mise en garde. Le taux auquel la France emprunte sur dix ans a approché 5 % vendredi, avant de retomber à 4,86 % lundi. L’écart avec l’Allemagne, ce supplément que les marchés exigent pour prêter à Paris plutôt qu’à Berlin, a brièvement dépassé 1,5 point.
En face, le gouvernement propose un effort de 43 milliards d’euros, entre économies et hausses d’impôts. L’objectif reste modeste. Il s’agit de ramener le déficit à 5 % du PIB, contre 5,4 % attendus cette année. Encore faut-il que le Parlement vote ce budget.
Charge de la dette : 91 milliards d’euros d’intérêts en 2027
L’étranglement a déjà un prix. La charge de la dette (les seuls intérêts versés aux créanciers) atteindrait 91 milliards d’euros en 2027 d’après le projet de budget, contre un peu plus de 79 milliards aujourd’hui.
Faites le calcul. Les intérêts gonflent d’environ 12 milliards en un an, soit plus d’un quart de l’effort de 43 milliards demandé aux Français. Et comme le déficit resterait à 5 % du PIB, la dette continuerait de grossir. Bercy la voit passer de 119,3 % à 121,7 % du PIB.
Des taux d’intérêt qui font déjà fuir les créanciers
Vous vous demandez qui se cache derrière « les marchés » ? Des prêteurs bien réels, et certains ont commencé à partir. Au Japon, où l’on détient environ 145 milliards de dollars de dette française, les avoirs ont déjà reculé de 2,5 % depuis fin 2025. Chaque départ renchérit un peu plus le prochain emprunt.
Un pays qui emprunte à 4,86 % n’est pas un pays en faillite, et la Grèce de 2012 empruntait à des taux à deux chiffres. L’étranglement dont parle Emmanuel Moulin est lent, ce qui le rend facile à ignorer.
Les amateurs de Bitcoin verront dans cette séquence une publicité gratuite pour une monnaie sans dette ni budget à voter. Le bitcoin s’échangeait autour de 86 000 dollars lundi, sans réaction particulière. Le vrai rendez-vous est parlementaire, puisque l’effort de 43 milliards d’euros doit encore être voté.