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L’Iran paie en USDT : 84% des portefeuilles sanctionnés passaient par Tether

Téhéran, l’USDT et 800 portefeuilles. Des sénateurs démocrates de la sous-commission permanente des enquêtes du Sénat américain ont bouclé un travail sur les circuits crypto de contournement des sanctions par l’Iran. Leur conclusion, relayée ce lundi par le Wall Street Journal, tient en un chiffre : sur plus de 800 portefeuilles placés sous sanctions pour leurs liens avec Téhéran, 84% opéraient exclusivement ou quasi exclusivement en USDT, le stablecoin de Tether.

Une situation qui met l’émetteur dans la panade et l’a forcé à produire une réponse officielle. Tether affirme avoir participé, depuis le début de l’année, au gel d’environ 550 millions de dollars d’USDT rattachés à la banque centrale iranienne et à des réseaux sous sanctions. Deux lectures des mêmes flux, et une question qui ne lâche plus Washington : l’USDT est-il l’outil qui permet de contourner l’embargo, ou celui qui permet enfin de le serrer ?

Points clés

  • Sur plus de 800 portefeuilles crypto sanctionnés pour leurs liens avec Téhéran, 84% opéraient presque uniquement en USDT
  • Tether revendique le gel d’environ 550 millions de dollars d’USDT liés à l’Iran en 2026, en deux vagues (avril et juillet)
  • L’émetteur dit travailler avec plus de 340 agences dans 67 pays et affiche plus de 4,9 milliards de dollars d’actifs immobilisés au total
  • Le GENIUS Act, adopté en 2025, impose aux émetteurs actifs aux États-Unis de pouvoir bloquer des jetons sur demande des autorités

L’USDT de Tether, dollar de substitution d’une économie sous embargo

Rien de très neuf dans le mécanisme. Coupée de SWIFT et privée de correspondants bancaires en dollars, l’économie iranienne cherche depuis des années un substitut liquide, libellé en dollars américains et transférable sans intermédiaire agréé. L’USDT sur Tron coche les trois cases : frais dérisoires, profondeur de marché qu’aucun autre stablecoin n’égale, et une convertibilité de fait dans une bonne partie de l’Asie.

Les portefeuilles recensés par les enquêteurs du Sénat sortent des listes de l’OFAC, le bureau du Trésor chargé du contrôle des avoirs étrangers, et de désignations israéliennes. Ils tournent surtout sur Tron et Ethereum. Chainalysis documente depuis 2024 le basculement : les stablecoins pèsent désormais l’essentiel des volumes illicites on-chain, 63% en 2024, précisément parce que leur prix ne bouge pas. On règle avec, on ne spécule pas. Dans ce total, la part de l’USDT suit d’abord son poids, plus de 180 milliards de dollars en circulation, près des deux tiers du marché.

Les sénateurs vont plus loin. Selon le Wall Street Journal, la banque centrale iranienne aurait accumulé au moins 507 millions de dollars en USDT pour faire tourner une économie sous restrictions. Le rapport décrit aussi des flux vers des proxys, dont le Hezbollah. Richard Blumenthal, démocrate du Connecticut et membre rang de la sous-commission, avait déjà écrit à Tether en juin pour exiger des documents sur le rôle de l’USDT dans les réseaux bancaires de l’ombre iraniens et russes.

À lire aussi : Or, dollars, USDT : comment l’Iran et sa banque centrale contournent l’effondrement du rial

Tether gèle 550 millions et brandit la liste noire

Heureusement, Tether n’est pas non plus inactif face à ces flux. En avril, l’entreprise gèle plus de 344 millions de dollars sur deux adresses Tron, identifiées par l’OFAC puis officiellement rattachées à la Banque centrale d’Iran. En juillet, un peu plus de 130 millions sur quatre autres portefeuilles Tron, au moment où le Trésor élargissait la même désignation. Ensemble, Tether parle désormais d’environ 550 millions de dollars gelés en 2026 sur des wallets liés à Téhéran.

Hé oui, du fait de sa centralisation, Tether peut, d’une transaction, rendre un solde intransférable sans le brûler. Les jetons restent visibles mais parfaitement immobiles. Pas de juge dans la boucle, seulement une décision unilatérale de l’émetteur sur demande d’une agence.

Le bilan cumulé que l’entreprise met en avant ce lundi : plus de 2 900 enquêtes soutenues dans le monde, dont plus de 1 600 côté américain, plus de 340 agences dans 67 pays, et plus de 4,9 milliards de dollars d’actifs immobilisés. Paolo Ardoino, directeur général de Tether, a martelé la même ligne dès la publication du rapport.

« Les blockchains publiques donnent aux autorités une visibilité sur les mouvements de fonds qui n’existe tout simplement pas avec le cash, et Tether peut agir dès que les forces de l’ordre fournissent une information crédible. »

Paolo Ardoino, directeur général de Tether

Un point, dans la démonstration sénatoriale, mérite d’être retourné. C’est précisément la traçabilité de la chaîne qui a permis de compter ces 800 portefeuilles. Chaque transfert en USDT sur Tron ou Ethereum reste public, horodaté, analysable indéfiniment. Le Trésor a d’ailleurs déjà fait saisir, ces dernières années, plusieurs dizaines de millions de dollars en USDT liés à des circuits iraniens et vénézuéliens. Une action impossible à reproduire sur des liasses ou de l’or.

Un stablecoin pris dans la politique étrangère américaine

Le calendrier n’aide personne à jouer les naïfs. Le GENIUS Act, loi fédérale sur les stablecoins de paiement signée en juillet 2025, impose désormais aux émetteurs qui veulent opérer aux États-Unis des réserves, des audits et la capacité de geler des avoirs sur injonction. Les démocrates de la commission bancaire poussent un tour de vis supplémentaire pour les émetteurs installés hors du sol américain, catégorie où Tether figure depuis toujours en tête de liste.

Sans surprise, l’entreprise a anticipé. Elle a lancé USAT, un jeton conçu pour le marché américain, émis via Anchorage Digital Bank et calé sur le nouveau cadre fédéral. L’USDT, lui, reste le produit des marchés émergents. Architecture à deux vitesses : on protège le coffre-fort américain sans retirer le dollar tokenisé des mains de centaines de millions d’utilisateurs ailleurs.

Avec plus de 13 milliards de dollars de bénéfices en 2024, largement grâce aux bons du Trésor américain qu’elle entasse dans ses réserves, Tether a les moyens de tenir le siège. Elle a aussi un intérêt évident à rester dans les bonnes grâces de Washington.

Pour les opérateurs iraniens, la sortie de route est connue : quitter l’USDT pour des stablecoins sans émetteur, ou pour du bitcoin. Au prix d’une liquidité plus mince et d’une volatilité que le commerce de gros supporte mal. Reste la question que le rapport du Sénat et le communiqué de Tether posent en même temps, sans y répondre : une société capable de geler un demi-milliard de dollars en quelques heures est-elle une auxiliaire des sanctions, ou le point d’entrée préféré de ceux qui cherchent à les contourner ?

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Renaud H.

Ingénieur en software et en systèmes distribués de formation, passionné de cryptos depuis 2013. Touche à tout, entre mining et développement, je cherche toujours à en apprendre plus sur l’univers des cryptomonnaies et à partager le fruit de mes recherches à travers mes articles.

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