Crypto et impôts : 9,4 milliards de dollars dans le viseur du fisc
Des milliards d’activités crypto face à quelques centaines de millions déclarés. Selon Chainalysis, les opérations potentiellement imposables réalisées en France en 2025 auraient atteint 9,4 milliards de dollars. Dans le même temps, la Direction générale des Finances publiques (DGFiP) indique que 24 000 contribuables ont déclaré 368 millions d’euros de plus-values nettes lors de la campagne 2025, portant sur les revenus de 2024. L’écart paraît spectaculaire, mais les deux chiffres ne sont pas directement comparables : ils ne concernent ni la même année ni la même assiette. Il montre néanmoins l’ampleur du défi auquel le fisc français entend répondre grâce à DAC 8 et au partage automatique des données crypto.
- Chainalysis a révélé que les opérations crypto potentiellement imposables en France ont atteint 9,4 milliards de dollars en 2025.
- La DGFiP a rapporté que seulement 368 millions d’euros de plus-values nettes ont été déclarés par 24 000 contribuables pour les revenus de 2024, soulignant un écart important mais attention aux raccourcis.
Crypto : 9,4 milliards de dollars potentiellement imposables en France
L’estimation de Chainalysis comprend 2,5 milliards de dollars de plus-values, 1,7 milliard de revenus issus notamment du minage et du staking, ainsi que 5,2 milliards de paiements effectués en cryptomonnaies.
Ces 9,4 milliards ne correspondent donc pas à des gains dissimulés au fisc. Le montant d’un paiement n’est pas égal à la plus-value imposable qu’il génère, tandis que les revenus du minage ou du staking peuvent relever de régimes fiscaux différents selon leur nature et les conditions de l’activité.
D’ailleurs, contrairement à ce qu’affirme BFM dans son article, l’achat d’un bien ou d’un service avec des cryptomonnaies constitue bien une cession imposable en France. L’échange entre deux actifs numériques bénéficie en revanche d’un sursis d’imposition pour les particuliers, tandis que la simple détention n’est pas taxée. Les cessions bénéficient aussi d’une exonération lorsque leur montant total annuel ne dépasse pas 305 euros. Si tout ceci vous parait confus, retrouvez notre guide à ce sujet.
Les données de la DGFiP montrent toutefois une nette progression des déclarations. Pour les revenus de 2023, environ 7 700 contribuables avaient déclaré 150,8 millions d’euros de plus-values nettes. Un an plus tard, ils étaient 24 000 à déclarer 368 millions d’euros.

DAC 8 donnera au fisc de nouvelles informations dès 2027
Depuis le 1ᵉʳ janvier 2026, la directive européenne DAC 8 impose aux prestataires crypto concernés de collecter des informations sur leurs utilisateurs et leurs opérations. Ces premières données, couvrant l’année 2026, devront être transmises puis échangées entre administrations fiscales en 2027.
Le fisc pourra ainsi rapprocher l’identité des contribuables, leur résidence fiscale et les transactions déclarées par les plateformes. Le cadre CARF (Crypto-Asset Reporting Framework) élaboré par l’OCDE doit progressivement étendre cette coopération à de nombreuses juridictions extérieures à l’Union européenne.
Cette surveillance ne couvre cependant pas automatiquement toutes les activités. Les échanges réalisés directement entre portefeuilles autohébergés, sans passer par un prestataire déclarant, restent hors du champ de collecte immédiate. Ils ne sont pas invisibles pour autant : les transactions publiques inscrites sur les blockchains peuvent être suivies dès qu’une adresse est reliée à une identité ou à une plateforme.
Cette montée en puissance du contrôle intervient dans un contexte sensible. En août 2026, une intrusion informatique a exposé les données fiscales de plus de 678 000 contribuables français. Pour les autorités, l’enjeu sera donc double : améliorer la détection des omissions déclaratives tout en garantissant la sécurité des informations financières collectées. Et ça, c’est pas gagné…