Le yen atteint son plus haut niveau face au dollar depuis février, Bitcoin observe
Six semaines. C’est le temps qu’il aura fallu au yen pour passer du statut de monnaie zombie à celui de vedette des salles de marché. Fin juillet, le billet japonais flirtait avec ses plus bas niveaux depuis quarante ans face au dollar. Ce lundi 7 septembre, il grimpe à 154 yens pour un dollar, son plus haut niveau depuis février. Un retournement d’une brutalité rare, qui ravive une inquiétude bien connue des lecteurs du Journal du Coin : celle du carry trade (emprunter en yens à taux quasi nul pour investir ailleurs) qui se dénoue dans la précipitation.
- Le yen a connu un retournement extraordinaire, passant de monnaie faible à une vedette en peu de temps.
- Les anticipations d’une hausse des taux par la Banque du Japon ont alimenté ce rallye du yen, suscitant des réactions nerveuses sur les marchés.
Le yen fait mentir tous les vendeurs à découvert
Rembobinons. Le 29 juillet, le dollar culminait à 163,9 yens. Tokyo et Washington ont alors sorti l’artillerie lourde : une intervention conjointe sur le marché des changes, confirmée par le secrétaire au Trésor américain Scott Bessent, qui promettait de « ne pas hésiter à participer à de nouvelles interventions conjointes » en cas de mouvements désordonnés. Le billet vert est retombé autour de 156,5 yens ce jour-là. Et il n’a plus cessé de reculer depuis.
Début septembre, l’accélération surprend tout le monde. Mercredi, le yen gagne 0,9 % face au dollar. Le lendemain, encore 1 %. Ce lundi, la paire USD/JPY touche les 154 yens, un plus bas à six mois pour le billet vert. De quoi rendre nerveux les fonds qui pariaient depuis des années sur un yen éternellement faible : la remontée les prend à contre-pied.

La Banque du Japon, arbitre malgré elle du come-back du yen
Le vrai carburant de ce rallye n’est pas si mystérieux. Les marchés ont revu à la hausse leurs anticipations sur la Banque du Japon. Takuji Aida, conseiller économique de la première ministre Sanae Takaichi et économiste en chef chez Crédit Agricole, a affirmé ce lundi 7 septembre que l’institution relèvera probablement ses taux lors de sa réunion des 17 et 18 septembre. Elle poursuivrait ensuite au rythme d’une hausse tous les trois mois jusqu’en janvier 2027, avant de repasser à un tempo semestriel, selon des propos rapportés par Reuters. Aida prévient lui-même que ce rythme accéléré pèserait sur l’économie japonaise.
Le paradoxe saute aux yeux. Takaichi elle-même est réputée pour son penchant accommodant : elle pousse une suspension de deux ans de la taxe de 8 % sur les produits alimentaires, financée à crédit. Son propre conseiller, lui, mise sur un resserrement monétaire, à la veille d’une session parlementaire extraordinaire d’octobre où cette suspension fiscale doit justement être débattue.
Bitcoin surfe sur le yen, mais l’équilibre reste précaire
Pour les acteurs crypto, l’histoire a un goût de déjà-vu. En août 2024, une hausse surprise de la Banque du Japon avait suffi à faire fondre le cours du bitcoin de 62 000 à 49 000 dollars en quelques jours, les positions financées en yens à taux zéro se dénouant dans la panique. Selon CoinDesk, la corrélation entre le bitcoin et la paire dollar/yen a même atteint -0,90 sur les douze derniers mois, un chiffre qui trahit surtout la sensibilité du BTC au dollar plus qu’au yen lui-même.
Pour l’instant, le scénario ne se répète pas. Début septembre, le bitcoin évoluait autour de 80 000 dollars, porté par l’affaiblissement généralisé du billet vert plutôt que plombé par lui. L’or grimpait dans le même mouvement. Mais la mécanique reste fragile. Une hausse de taux plus brutale que prévu le 18 septembre pourrait forcer nombre de fonds à déboucler d’un coup leurs paris financés en yens bon marché, cryptos comprises.
Le vrai test arrive dans dix jours. Les marchés ont déjà quasiment intégré une hausse de 25 points de base (0,25 point de pourcentage), qui porterait le taux directeur nippon à 1,25 %. La décision tombe mal pour Takaichi, à quelques semaines d’un débat parlementaire où elle doit défendre sa suspension de la taxe alimentaire, financée à crédit. La dernière fois que la Banque du Japon a surpris le marché, le bitcoin avait perdu 20 % en quelques jours. De quoi hésiter avant de rouvrir des positions à effet de levier construites sur un yen bon marché.