Crypto : Ethereum veut freiner le staking en brûlant des récompenses
Couper progressivement le robinet à mesure que le staking se remplit. Six chercheurs, dont Justin Drake de l’Ethereum Foundation, proposent de brûler une part croissante des récompenses versées aux validateurs. À partir de 50 % de l’offre d’ETH immobilisée, l’émission nette de la couche consensus tomberait à zéro. Baptisé « Tapered Issuance Burn », le projet porte provisoirement le numéro EIP-8361. Il ne supprimerait pas tous les revenus du staking : les frais et le MEV resteraient accessibles. Son objectif est de faire disparaître le rendement minimum qui encourage actuellement l’arrivée continuelle de nouveaux validateurs.
- L’EIP-8361 propose de brûler une part croissante des récompenses des validateurs à mesure que le taux de staking augmenteÀ environ 60,25 millions d’ETH stakés, soit 50 % de l’offre, l’émission nette de la couche consensus deviendrait nulle.La transition s’étalerait sur dix-huit mois pour éviter une sortie brutale des validateurs.
Une émission progressivement brûlée jusqu’au seuil des 50 %
Environ 40 millions d’ETH, soit 33 % de l’offre, sont actuellement immobilisés dans le staking. La couche consensus émet autour de 1,05 million d’ETH par an pour rémunérer les validateurs, ce qui correspond à un rendement proche de 2,62 %. Les revenus issus des frais et du MEV n’ajouteraient qu’environ 0,20 %.
Le problème identifié par les auteurs vient de la courbe actuelle : le rendement diminue lorsque davantage d’ETH sont stakés, mais ne disparaît jamais complètement. Il conserverait un plancher proche de 1,5 %, continuant ainsi d’attirer de nouveaux capitaux même lorsque leur contribution supplémentaire à la sécurité devient limitée.
L’EIP-8361 appliquerait donc une retenue à chaque mission attribuée à un validateur : attestation, proposition de bloc ou participation à un comité de synchronisation. Les ETH prélevés seraient définitivement détruits. La fraction brûlée augmenterait avec la quantité totale d’ETH stakés jusqu’à atteindre 100 % autour de 60,25 millions d’unités.
Ce seuil de 50 % constitue un plafond d’incitation, pas un objectif. Les auteurs espèrent que le marché trouvera naturellement un équilibre inférieur, lorsque le rendement ne compensera plus les risques de liquidité, de slashing, d’exploitation et de réglementation.
Appliqué immédiatement, le mécanisme ferait tomber le rendement net de consensus d’environ 2,6 à 1,2 % au niveau actuel. Pour éviter une vague de retraits, les paramètres seraient donc ajustés progressivement pendant dix-huit mois.

Une réforme monétaire qui divise Ethereum et la DeFi
Les auteurs veulent limiter la concentration des ETH entre les mains des exchanges, dépositaires, ETF et grands protocoles de liquid staking. Ils redoutent également que les jetons représentant des ETH stakés, comme le stETH, remplacent progressivement l’ETH comme collatéral principal de la DeFi.
Les grands opérateurs seraient théoriquement les premiers pénalisés : ajouter des validateurs leur donnerait une part supérieure d’un volume global de récompenses devenu plus faible. Le MEV continuerait toutefois de favoriser les acteurs disposant d’une grande échelle.
Les critiques redoutent au contraire une réduction de la sécurité économique du réseau et une sortie des validateurs les plus sensibles au rendement, notamment les opérateurs individuels. Stani Kulechov, patron d’Aave Labs, estime qu’un rendement proche de zéro rendrait de nombreuses stratégies d’emprunt d’ETH non viables et fragiliserait les usages des jetons de liquid staking.
À l’inverse, Zach Pandl, responsable de la recherche chez Grayscale, considère que la diminution de l’émission pourrait soutenir le prix de l’ETH en réduisant la dilution monétaire.
Le calendrier ajoute à la controverse. Le brouillon a été publié le 4 août, deux jours avant la date limite de proposition pour Hegotá. L’EIP reste au stade de projet, nécessite un hard fork et n’est pas encore retenue pour cette mise à jour. Une implémentation existerait déjà dans le client Prysm, mais les tests restent incomplets.
Ethereum ne s’apprête donc pas à supprimer ses récompenses de staking. La communauté ouvre plutôt une nouvelle bataille sur sa politique monétaire : combien payer pour sécuriser le réseau, et à partir de quel niveau le staking devient-il davantage un risque de concentration qu’une protection supplémentaire ?