Kospi : même un bénéfice multiplié par 19 chez Samsung ne suffit plus à calmer la panique
Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel. Ce jeudi 30 juillet, Samsung Electronics a publié le bénéfice trimestriel le plus spectaculaire de son histoire récente. Et malgré cela, le Kospi a fini la séance dans le rouge. L’indice vedette de la Bourse de Séoul, qui avait doublé de valeur au premier semestre porté par une ferveur presque religieuse pour les semi-conducteurs liés à l’intelligence artificielle, encaisse depuis mercredi sa troisième séance consécutive sous tension extrême. Le levier qui avait dopé la hausse continue de se retourner contre les mêmes investisseurs qui l’ont alimentée, même quand les résultats d’entreprise dépassent toutes les attentes.
- Samsung a révélé un bénéfice d’exploitation extraordinaire, augmentant de 1 814% sur un an.
- Malgré cette performance historique, le Kospi a terminé en baisse, plongeant de 1,23%.
Un bénéfice historique qui ne change rien
Le choc du jour vient pourtant d’un record. Samsung Electronics a annoncé un bénéfice d’exploitation en hausse de 1 813,8% sur un an, à 89 490 milliards de wons (environ 62 milliards de dollars), un niveau qui bat son propre record pour le troisième trimestre consécutif et propulse le groupe au premier rang mondial des fabricants de semi-conducteurs en termes de résultats trimestriels, selon TradingKey.
Porté par cette annonce, le Kospi a bondi de plus de 5% en matinée, flirtant à nouveau avec le seuil des 6 000 points (un plus haut intraday à 5 976 points). Mais la fête a de nouveau tourné court : les prises de bénéfices et les mouvements de repli vers des valeurs jugées plus sûres ont eu raison du rebond, et l’indice a fini la séance en baisse de 1,23%, à 5 593,56 points. SK Hynix, elle, a clôturé en recul de 5,64%, tandis que Samsung terminait quasiment stable (-0,72%) : un contraste frappant avec le bond de 7% de son propre titre en cours de séance.
Trois séances de suite, un seul verdict
Cette rechute du jour n’est que le dernier épisode d’un scénario qui se répète depuis mercredi. Le Kospi avait déjà chuté de 10,84% le 28 juillet, sa pire séance depuis le krach historique de mars, avant d’enchaîner dès le lendemain avec un nouveau plongeon de 5,98%, à 5 663,24 points, son plus bas niveau de clôture depuis avril. Deux séances ont suffi à effacer près de 40% de la valeur de l’indice depuis son record de juin, soit deux journées consécutives de déclenchement de coupe-circuits constituent une première absolue dans l’histoire de l’indice, la neuvième activation de ce type cette année en Corée du Sud.
Ironie du calendrier : SK Hynix avait elle aussi publié, le 29 juillet, un bénéfice trimestriel record et relevé ses investissements annuels au-delà de 40 000 milliards de wons. Faute de précisions sur sa politique de retour aux actionnaires, le marché avait puni le titre d’une chute intraday de plus de 18%.
Un symptôme, pas un cas isolé
Le doute qui frappe la Corée du Sud n’a rien d’un accident local, ni d’un problème isolé à Samsung ou SK Hynix. La concentration extrême de l’indice sur ces deux seuls géants, déjà pointée du doigt lors de la précédente flambée du Kospi, transforme chaque publication de résultats en épreuve de vérité pour tout le marché coréen : quand l’un des deux tousse, ou même quand l’un des deux bat des records, c’est tout l’indice qui vacille.
Les inquiétudes sur une éventuelle surcapacité de production IA et la montée de la concurrence chinoise sur les puces mémoire pèsent d’ailleurs sur l’ensemble du secteur, bien au-delà de Séoul : la Corée n’est jamais qu’un condensé, à échelle réduite, d’une nervosité qui gagne progressivement tous les marchés dopés à l’intelligence artificielle.
Le mécanisme des appels de marge continue d’amplifier chaque mouvement. Environ 1,2 million de comptes utilisant l’effet de levier (emprunter pour investir davantage que son capital disponible) avaient déjà reçu des appels en cascade dès la séance de mercredi, forçant des ventes automatiques qui autoalimentent la spirale. Un rouage qui explique, à lui seul, pourquoi même un résultat d’entreprise éblouissant ne suffit plus, à ce stade, à inverser durablement la tendance.
Ce grand écart entre des profits records et un indice qui continue de plonger dit quelque chose d’important sur la nervosité actuelle des marchés dopés à l’IA : la confiance s’est déplacée vers la méfiance, et aucun chiffre, même historique, ne suffit plus à la restaurer d’un coup. Le précédent du rebond des cryptomonnaies lors de la précédente correction coréenne montre en tout cas que les marchés parallèles ne réagissent pas toujours comme on l’attendrait à ce genre de choc.