Alès : un couple séquestré et ligoté à domicile, la piste crypto une nouvelle fois évoquée
Un homme averti en vaut deux. Samedi, vers cinq heures du matin, des individus armés ont forcé l’entrée d’un appartement à Alès, dans le Gard. Le couple qui dormait a été ligoté puis menacé pendant plusieurs heures, un jeune enfant se trouvant lui aussi dans le logement. Les cris des victimes ont fini par alerter les voisins, qui ont appelé la police. Les deux assaillants ont pris la fuite à l’arrivée des forces de l’ordre et restent activement recherchés à l’heure où ces lignes sont écrites. Un mode opératoire qui, en France, colle de plus en plus souvent à un mobile bien précis, la traque des détenteurs de cryptomonnaies, même quand rien ne confirme encore que la cible détenait réellement de tels actifs.
- Un couple à Alès a été victime d’une intrusion violente liée à la traque des détenteurs de cryptomonnaies, un phénomène en nette augmentation.
- Le ministre de l’Intérieur a révélé que la France a recensé 77 cas d’enlèvements et d’extorsions liés aux cryptoactifs depuis janvier, représentant 70 % des cas mondiaux.
Une intrusion nocturne, une famille sans histoire
Le couple visé n’a pourtant aucun antécédent connu des services de police et ne présente aucun lien apparent avec le narcobanditisme, selon les premiers éléments rapportés localement. Une caractéristique qui revient souvent dans ce type de dossier.
En effet, les malfaiteurs ne s’en prennent plus seulement à des personnalités connues du milieu crypto, ils s’en prennent à des profils identifiés à l’avance, parfois à tort, via des fichiers de données volées ou de simples fuites accumulées au fil des années. Une enquête est ouverte pour établir les circonstances exactes de cette séquestration à domicile, qualifiée localement de braquage.
De fait donc, la piste d’un lien avec le marché des cryptomonnaies, évoquée par la presse locale, s’inscrirait dans une série déjà longue de faits similaires recensés cette année sur tout le territoire. Rien ne permet pour l’instant de confirmer que le couple détenait réellement des actifs numériques, ni en quelle quantité, tant que l’enquête n’a pas livré ses conclusions.
Crypto agressions : la France en tête d’un phénomène mondial
Le parquet national anti-criminalité organisée (PNACO) a dressé un premier bilan le 24 avril : 18 cas recensés en 2024, 67 en 2025, et déjà 47 sur les quatre premiers mois de 2026, un rythme qui n’a cessé de s’accélérer. Deux mois plus tard, le 30 juin, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez évoquait à son tour 77 enlèvements et extorsions liés aux cryptoactifs depuis janvier, un chiffre plus large que celui du PNACO puisqu’il inclut aussi les tentatives et une définition élargie des faits. Deux compteurs, deux méthodologies, mais une même trajectoire : ça grimpe. Ces attaques, surnommées wrench attacks dans le milieu, en référence à la clé de serrage utilisée comme moyen de contrainte plutôt qu’un piratage technique, exploitent l’irréversibilité des transactions en cryptomonnaies pour forcer un transfert sous la menace. Selon le rapport Wrench Attack H1 2026 de CertiK, la France concentre 33 des 52 cas vérifiés dans le monde au premier semestre, soit environ deux tiers du total documenté. Un chiffre qui ne dit rien de bon sur la protection réelle des données personnelles des détenteurs français.
Le bilan du 24 avril faisait déjà état de 88 personnes mises en examen dans douze informations judiciaires, dont plus de dix mineurs recrutés sur les réseaux sociaux pour quelques centaines d’euros à peine, un décalage que plusieurs magistrats ont pointé du doigt face à la gravité des peines encourues. Reste que l’affaire d’Alès rappelle, s’il en était besoin, que ce risque ne se limite plus aux entrepreneurs médiatisés. Un précédent proche dans le calendrier, dans la nuit du 23 au 24 août à Jouy-en-Josas, avait vu un homme de 47 ans séquestré pendant environ deux heures : les malfaiteurs espéraient des millions, ils sont repartis avec 3 000 euros. À Alès comme ailleurs, l’enquête reste ouverte, et rien ne garantit qu’elle aboutira rapidement à une interpellation. Tant que les fuites de données continueront de circuler d’un fichier à l’autre, ce mode opératoire n’a aucune raison de s’arrêter de lui-même.