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Blocage des réseaux sociaux : le Sénat vote le retrait en 24 heures, Nostr et Bitchat hors du filet

Vingt-quatre heures chrono, puis le blocage. Le Sénat a adopté dans la nuit du 27 au 28 octobre le projet de loi « casseurs-payeurs » et l’amendement du gouvernement qui permet à l’administration d’exiger sans juge le retrait de contenus en ligne. Le retrait « dans l’heure » des appels à l’insurrection, que nous détaillions hier avant le vote, n’apparaît plus sous cette forme dans la version adoptée.

Le texte bute pourtant sur un détail. Pour faire retirer un message, il faut quelqu’un à qui écrire. Sur Nostr ou Bitchat, il n’y a personne au bout de la ligne.

Points clés

  • Vote acquis par 229 voix contre 105, avec l’appui du RN.
  • Les plateformes auront une journée pour effacer les appels aux pillages signalés par Pharos.
  • Un hébergeur qui refuse risque 150 000 euros d’amende, jusqu’à 2 % de son chiffre d’affaires mondial pour une société.
  • Le texte file à l’Assemblée nationale en procédure accélérée.

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Retrait en 24 heures : ce que le Sénat a voté sur les réseaux sociaux

L’amendement n° 94 du gouvernement est passé dans sa version « rect. bis », retouchée à la demande de la commission des lois, avec un avis favorable de la commission comme du gouvernement.

Il élargit la procédure Pharos, la plateforme de signalement du ministère de l’Intérieur. L’administration pouvait déjà exiger sans juge le retrait de contenus terroristes, pédocriminels ou liés à la vente de stupéfiants. Elle pourra désormais viser les provocations directes aux violences, aux vols et aux dégradations, dès qu’elles risquent de créer un trouble grave à l’ordre public.

L’éditeur ou l’hébergeur aura 24 heures pour s’exécuter. Sinon, l’administration pourra demander aux fournisseurs d’accès de bloquer le site et aux moteurs de recherche de le déréférencer, précise l’exposé des motifs.

Le refus devient aussi un délit. L’hébergeur récalcitrant encourt six mois de prison et 150 000 euros d’amende, une note portée jusqu’à 2 % du chiffre d’affaires mondial pour une entreprise.

Le volet le plus dur de la version déposée lundi, un retrait en une heure pour les appels à l’insurrection ou à un attentat, ne figure plus en ces termes dans la rédaction votée. Selon l’AFP, c’est désormais ce retrait en 24 heures qui est décrié à gauche, où certains élus dénoncent une « dérive liberticide ».

Nostr et Bitchat face au blocage des réseaux sociaux

Toute la mécanique repose sur un destinataire. Pharos écrit à un éditeur ou à un hébergeur, puis aux fournisseurs d’accès si rien ne bouge. TikTok et Instagram ont un siège, des juristes et un chiffre d’affaires à protéger.

Bitchat n’a rien de tout cela. La messagerie de Jack Dorsey, première des réseaux sociaux sur l’App Store français dès le 22 octobre, relaie les messages de téléphone en téléphone par Bluetooth, sans compte ni serveur central.

Le développeur bitcoiner calle l’a relevé dès le 22 octobre au matin, le jour même de la lettre de Matignon aux opérateurs :

Quand Internet revient, elle bascule sur Nostr. Sur ce protocole décentralisé prisé des bitcoiners, une publication est copiée sur plusieurs relais indépendants, souvent hébergés hors de France. Effacer le message d’un relais laisse les copies intactes ailleurs. Pharos peut toujours envoyer sa demande : elle n’arrivera nulle part.

Le blocage par les opérateurs a lui aussi ses limites. Leurs juristes l’ont rappelé à Matignon dès le 23 octobre : un simple VPN suffit à le contourner.

Les intermédiaires n’ont pas disparu pour autant. Apple et Google, qui distribuent Bitchat, sont des cibles tout trouvées. Début octobre, Jack Dorsey a révélé que l’Inde avait obtenu le retrait de l’application de l’App Store. La Chine l’avait fait dès avril. En France, l’AMF peut déjà faire bloquer les sites de prestataires crypto non autorisés. Autrement dit, l’État ne peut pas couper Nostr, mais il peut rendre l’application qui y mène bien plus difficile à installer.

La loi casseurs-payeurs attendue à l’Assemblée nationale

Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez s’est félicité d’un texte « considérablement enrichi ». Il compte désormais une vingtaine de dispositions de plus que les cinq articles d’origine.

La suite se joue à l’Assemblée nationale, où aucune majorité ne se dégage. Avec la procédure accélérée, chaque chambre n’a qu’une lecture avant une éventuelle commission mixte paritaire.

Le Conseil constitutionnel attend au bout du chemin. En 2020, il avait censuré la loi Avia contre la haine en ligne. Celle-ci imposait un retrait en une heure sur demande de l’administration pour les contenus terroristes et pédocriminels. Les plateformes devaient aussi effacer en 24 heures les contenus haineux signalés par les utilisateurs. Contacté par France Inter avant le vote, le député socialiste Arthur Delaporte estimait que « le gouvernement perd le sens d’un principe simple qui s’appelle la liberté d’expression ».

Les prochaines journées de mobilisation sont annoncées pour le 31 octobre et le 5 novembre. D’ici là, le droit en vigueur reste celui d’avant le vote, et Bitchat dépasse déjà le million de téléchargements sur Google Play. Les manifestants, eux, n’ont pas attendu la loi pour changer d’outil.

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Magali

Tombée dans le terrier du lapin blanc en 2017, je suis passée de lectrice assidue à Rédactrice en chef du Journal du Coin. J’aime m'investir dans les coulisses de projets pour porter ma vision d'un futur décentralisé. Amoureuse des belles lettres, je coordonne nos équipes pour transformer la complexité technique en une information humaine, précise et sans jargon inutile. Entre entrepreneuriat et rédaction, ma mission est claire : vulgariser demain, mais le faire aujourd'hui.

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