Crypto-rapt à Toronto : 3 soldats parmi 7 accusés, 82 chefs d’accusation et 2 500 munitions volées à l’armée
Des bombardiers pour un wallet. La police de Toronto a présenté mercredi 14 octobre le bilan d’une enquête ouverte le 25 juillet, quand le patron d’un exchange de cryptomonnaies a été enlevé sous la menace d’une arme à côté de sa voiture. Sept hommes sont poursuivis, 82 chefs d’accusation ont été retenus et trois des accusés sont des réservistes des Forces armées canadiennes. Le Canada avait déjà connu une famille torturée pour 1,6 million de dollars en cryptos. Cette fois, les perquisitions ont aussi fait tomber un arsenal.
- Un patron d’exchange de cryptomonnaies a été enlevé à Toronto, déclenchant une enquête ayant conduit à l’arrestation de sept hommes liés aux Forces armées canadiennes.
- Les perquisitions réalisées ont révélé un arsenal inquiétant, comprenant des armes à feu, des munitions volées à l’armée, et des pistolets imprimés en 3D.
Crypto-rapt de Toronto : le patron d’un exchange enlevé à côté de sa voiture
La scène se passe à l’angle de Finch Avenue East et de Bayview Avenue, dans le nord de Toronto. Le 25 juillet, la victime s’approche de son véhicule. Des hommes armés l’embarquent, le menottent et le frappent. Selon la police, les ravisseurs ont tenté d’accéder à ses actifs crypto et aux systèmes de sécurité de son entreprise, un exchange dont le nom n’a pas été communiqué. L’homme est relâché avec des blessures légères et une consigne, ne pas appeler la police. Il l’appelle quand même.
L’unité intégrée des enlèvements identifie le véhicule des ravisseurs en moins de 24 heures et arrête deux suspects, Saiefeddine Adem, 22 ans, et Raheem Bishop-Jackson, 24 ans. Trois autres interpellations suivent le 11 août, deux de plus le 24 septembre. Six des sept accusés sont poursuivis pour enlèvement avec demande de rançon. La police n’a pas dit si les ravisseurs avaient réussi à mettre la main sur la moindre crypto. Elle n’a pas non plus relié l’affaire aux autres enlèvements recensés à Toronto, les téléphones saisis étant encore en cours d’analyse.
Trois réservistes de l’armée canadienne sur le banc des accusés
Talarambage Sachintha Fernando, 22 ans, James Moreau, 29 ans, et Jack Miley, 24 ans, appartiennent tous au 7th Toronto Regiment, une unité d’artillerie de réserve basée à l’armurerie de Moss Park. Les deux premiers sont bombardiers, le troisième est maître-bombardier, l’équivalent d’un caporal-chef. Moreau a servi en 2020 sur l’opération Laser, le déploiement sanitaire de l’armée pendant la pandémie. Miley est accusé d’avoir braqué un pistolet sur la victime pendant l’enlèvement. Fernando cumule à lui seul 20 chefs d’accusation, presque tous liés aux armes.
Le ministère de la Défense nationale avait révélé l’arrestation de deux d’entre eux dès le 5 octobre, sans un mot sur les cryptos. Les trois hommes ont été écartés du service et privés d’accès aux bases et au matériel, mais ils restent membres des Forces armées le temps d’un examen administratif. « Ce sont des individus hautement entraînés avec un accès à des armes à feu », a résumé le surintendant-chef Joe Matthews, cité par le National Post. Le chef de la police Myron Demkiw a été plus bref. « Personne n’est au-dessus de la loi. »
2 500 munitions volées à l’armée et deux pistolets imprimés en 3D
Les perquisitions menées dans la région de Toronto ont sorti du placard quatre armes à feu, dont deux pistolets imprimés en 3D, un fusil à pompe, deux silencieux, dix chargeurs surcapacité, une arbalète, des traceurs GPS, des radios, une compteuse de billets et une grosse quantité de méthamphétamine et de cocaïne. Et plus de 2 700 cartouches. Environ 2 500 d’entre elles (la moitié à blanc) et cinq chargeurs proviennent des stocks des Forces armées canadiennes, selon le communiqué de la police de Toronto. L’armée n’avait signalé aucun vol avant la saisie.
Pour Joe Matthews, l’affaire « met en évidence une tendance en évolution dans la criminalité grave », avec des criminels qui adaptent leurs méthodes pour trouver de nouvelles sources de profit. En clair, les détenteurs de cryptos sont repérés comme des coffres-forts sur pattes et les ravisseurs n’ont plus besoin du marché noir quand l’employeur fournit les cartouches. La police n’a pour l’instant établi aucun lien avec un groupe de crime organisé plus large, contrairement à ce que laissait entendre le premier communiqué de la Défense.
Les grands exchanges ont déjà fait leurs comptes. Coinbase a dépensé 8,7 millions de dollars en 2025 pour protéger Brian Armstrong, et Gemini facture 400 000 dollars par mois pour la sécurité des jumeaux Winklevoss. Le patron de l’exchange de Toronto (son nom reste sous interdiction de publication) a découvert le prix de l’alternative le 25 juillet, sans garde du corps et à côté de sa voiture.