Bitcoin et funding : 1 paiement sur 4 a coûté de l’argent au lieu d’en rapporter
Deux positions identiques, ouvertes le même jour sur le même contrat perpétuel, pour le même montant. La première est refermée à 7 h 59 UTC, la seconde à 8 h 01. Deux minutes d’écart, et seule la seconde touche le paiement de la période. La première est sortie avant le relevé. C’est le fonctionnement normal du funding, et c’est souvent la première chose qu’on découvre quand on cesse de le regarder comme un indicateur pour essayer de le collecter.
La minute trading l’a défini cet été et en a fait un signal de sentiment pour le trader directionnel. Notre premier article en a tiré le principe d’une position neutre et un ordre de grandeur théorique, près de 11 % par an. Ce troisième volet part dans l’autre sens, depuis les relevés réels. Sur les douze derniers mois, le contrat BTCUSDT de Binance a versé 1 095 paiements, et leur somme est très loin de ce que promettait le calcul. Voici ce qu’il en reste quand on le compte paiement par paiement, avec les frais et la monnaie de règlement.
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Points clés
- Le funding ne court pas comme un intérêt : il se règle à heure fixe, trois fois par jour sur les grandes plateformes, et seule la position présente à l’instant du relevé est payée.
- D’octobre 2025 à septembre 2026, le funding BTCUSDT de Binance a rapporté 3,37 % du notionnel, et non 10,95 %. Le taux de référence de 0,01 % n’a jamais été dépassé, et un paiement sur quatre était négatif.
- Avec 0,10 % de frais pour entrer et sortir, il a fallu en moyenne onze jours de paiements pour simplement rembourser l’exécution.
- Le même flux encaissé en bitcoins a rapporté 4,17 % en BTC, mais le bitcoin ayant reculé de 26 % sur la période, la position valait 22 % de moins en dollars.
Un revenu qui tombe à heure fixe
Sur Binance comme sur Bybit, le funding du bitcoin se règle à 0 h, 8 h et 16 h UTC, soit 2 h, 10 h et 18 h à Paris en été. Le montant dépend de la position détenue à cet instant précis et du notionnel constaté au même moment. Entre deux relevés, il ne s’accumule rien.
Cela change la façon de gérer la position. Un coupon obligataire se calcule au prorata des jours de détention, alors que le funding est une suite d’événements ponctuels auxquels il faut être présent. Une réduction de taille par précaution, un transfert de collatéral d’une plateforme à l’autre ou un rééquilibrage mal placé dans la journée font perdre un paiement entier. Sur une stratégie dont le rendement annuel tient en quelques points, chaque période manquée se voit dans le résultat.
Douze mois de relevés
Le calcul présenté dans notre premier article partait du taux affiché par défaut, 0,01 % toutes les huit heures, soit 10,95 % par an. Restait à le confronter à l’historique, que Binance et Bybit publient gratuitement et que chacun peut télécharger.
Du 1er octobre 2025 au 30 septembre 2026, la somme des 1 095 paiements du contrat BTCUSDT de Binance atteint 3,37 % du notionnel. Le taux n’a pas dépassé 0,01 % une seule fois sur toute la période. Ce qu’on présente d’ordinaire comme une valeur de référence a servi de plafond. En dessous, 258 paiements, près d’un sur quatre, ont été négatifs, et trois mois de suite, de février à avril 2026, le solde mensuel a été défavorable à celui qui détenait la jambe vendeuse. Les meilleurs mois, juillet et août, ont rapporté autour de 0,6 % chacun.
Rapporté au capital réellement immobilisé, avec la même hypothèse que dans notre premier article (une marge égale au quart de la position), le rendement tombe à 2,7 % sur l’année, avant le moindre frais. Les périodes où le funding dépasse largement sa valeur par défaut, comme le printemps 2024, sont celles où le levier acheteur s’emballe. L’année écoulée a été beaucoup plus calme de ce point de vue.
Une plateforme n’en vaut pas une autre
Sur la même période et le même contrat, Bybit a versé 2,77 %, soit 0,6 point de moins que Binance. L’écart vient de la demande de levier, qui n’est jamais exactement la même d’une plateforme à l’autre. Pour un flux qui pèse 3 % par an, choisir où ouvrir la position compte presque autant que la décision de l’ouvrir.
Le compteur des frais
Une position neutre se paie deux fois, puisqu’elle a deux jambes, et chacune s’ouvre et se referme. Prenons 0,10 % du notionnel pour l’aller-retour complet, un niveau courant pour un compte qui paie les frais standards. Au taux de référence de 0,03 % par jour, il faut 3,3 jours de paiements pour couvrir cette dépense. Au rythme réellement observé sur douze mois, environ 0,009 % par jour en moyenne, il en faut onze.
Cette stratégie supporte donc mal le mouvement. Chaque rééquilibrage relance le compteur, et une position fermée puis rouverte trop souvent peut passer l’année à rembourser ses propres frais. Les gérants qui tiennent ce type de position cherchent avant tout à la toucher le moins possible.
Payé en dollars ou en bitcoins ?
On se demande rarement dans quelle monnaie tombe le paiement. Les contrats margés en stablecoin, comme BTCUSDT, versent le funding en dollars numériques. Les contrats dits inverses, margés dans l’actif lui-même, le versent en bitcoins.
Sur les douze mois étudiés, le contrat inverse de Binance a rapporté 4,17 % en bitcoins, davantage que son équivalent en dollars. Mais le bitcoin, à 114 000 dollars le 1er octobre 2025, n’en valait plus que 84 900 le 30 septembre 2026. Celui qui compte en bitcoins a gagné 4,17 %. Celui qui compte en dollars a vu la valeur de sa position reculer d’environ 22 %, malgré un funding positif.
Le premier contrat sert à faire grossir un stock de bitcoins, le second à produire un revenu en dollars qui ne dépend pas du cours. Certains gérants, DCY compris, les logent d’ailleurs dans des stratégies distinctes. Nous y reviendrons dans un prochain article.

Ce que le gérant en fait
Le travail du gérant commence là, et il ne se résume pas à ouvrir une position puis à attendre. Il faut d’abord choisir l’endroit, puisque l’écart entre deux plateformes atteint plusieurs dixièmes de point par an, en acceptant d’y déplacer du collatéral et d’y porter un risque de contrepartie.
La position doit aussi être dimensionnée pour traverser un trimestre comme celui de février à avril 2026 sans être forcée d’en sortir. Une position fermée au creux ne touche jamais les mois de juillet et d’août qui suivent.
Et parfois, il vaut mieux ne pas être là. Quand le taux attendu ne couvre plus les frais et le coût du capital immobilisé, tenir la position revient à porter un risque qui ne rapporte rien. Ne rien faire est alors la bonne décision, même si elle n’apparaît dans aucun relevé.
Ce que le funding rémunère
Le vocabulaire courant parle du funding comme d’un rendement. Le mot induit en erreur. Personne ne s’est engagé à le verser. Il n’y a ni émetteur ni contrat de prêt, seulement des acheteurs à levier plus nombreux que les vendeurs, qui paient tant que ce déséquilibre dure. Celui qui encaisse loue en quelque sorte son bilan à ceux qui veulent s’exposer davantage.
Ce loyer a ses bonnes et ses mauvaises saisons, et la dernière année a été plutôt maigre. Cela n’empêche pas de le collecter, mais un rendement annualisé ne veut pas dire grand-chose tant qu’on ne précise pas la période, la plateforme et la monnaie sur lesquelles il a été mesuré.
Cet article vous a été proposé par DCY. Retrouvez leur approche du market neutral et leurs fonds sur dcy.fund.