Crypto : Le FMI inquiet de l’adoption des stablecoins au Nigeria
Une adoption crypto qui dérange. La relation entre le Fonds monétaire international (FMI) et les cryptomonnaies n’a jamais été cordiale. L’institution ne laisse passer aucune occasion de critiquer ces actifs numériques, y compris lorsque des populations locales s’en emparent pour pallier les carences de leur système financier. Son dernier rapport vise le Nigeria et pointe les « risques » liés à son usage massif des stablecoins.
Points clés
- Le FMI alerte sur les risques liés à l’usage massif des stablecoins au Nigeria
- Le pays capte 60 % des flux de stablecoins vers l’Afrique subsaharienne, soit 59 milliards de dollars sur un an
- L’institution craint une dollarisation numérique au détriment du naira et un affaiblissement de la politique monétaire locale
Le FMI s’inquiète de l’utilisation des stablecoins au Nigeria
Le rôle premier du FMI est de prêter de l’argent aux pays en difficulté. En échange, ces derniers acceptent des conditions parfois drastiques. Dans le dossier libanais, l’institution avait par exemple exigé l’interdiction de toute forme de cryptomonnaie.
Et cette ligne se confirme régulièrement. Le Nepal en a fait les frais récemment : le Fonds a recommandé au pays de surveiller étroitement l’adoption des cryptomonnaies sur son territoire, afin de garder la main sur sa politique monétaire.
Au Nigeria, la stratégie semble inopérante. Le pays s’est imposé comme l’un des hauts lieux de l’adoption numérique, porté avant tout par les stablecoins. D’où ce rapport, qui s’attache à mettre en avant des « risques plus prononcés » et qui craint déjà l’inutilité de futures mesures :
« Les tentatives de suppression de l’utilisation des stablecoins ne seront probablement efficaces qu’en partie. »
Raport du FMI intitulé : Stablecoins in Nigeria: A Growing Cross-Border Channel – Source : imf.org

Une adoption crypto « transformatrice »
Le Nigeria est ainsi devenu, selon le rapport, « un canal de paiement transfrontalier important » grâce aux cryptomonnaies. Il capte à lui seul 60 % des flux de stablecoins vers l’Afrique subsaharienne depuis 2019, pour un montant estimé à 59 milliards de dollars entre juillet 2023 et juin 2024.
Ce succès s’explique simplement. Inclusion financière, transferts internationaux à moindre coût : les stablecoins répondent à des besoins concrets que le système bancaire local peine à satisfaire. Le FMI ne nie pas ces atouts, mais il les contrebalance aussitôt par des menaces qui pèseraient sur « la souveraineté monétaire et l’intégrité financière ».
Au cœur de l’inquiétude, une crainte précise : la dollarisation. Les stablecoins, adossés au billet vert, pourraient favoriser une adoption de fait du dollar américain au détriment du naira, la monnaie nationale. Une dynamique qui, selon l’institution, « affaiblit la politique monétaire nationale » et rend les transactions difficiles à surveiller.
Derrière ces réserves se dessine un enjeu de pouvoir. Chaque avancée numérique grignote un peu plus la capacité du FMI à dicter ses règles, et dernièrement, ce sont les banquiers centraux d’Afrique de l’Ouest qui exprimaient le même genre d’inquiétudes. Le monde change, et ça ne plait pas à tout le monde.