Crypto interdite mais 6 millions d’utilisateurs quand même : Le Maroc obligé de changer de cap
Paradoxe marocain. Interdit depuis 2017, le Bitcoin (BTC) et les cryptomonnaies n’en ont pas moins conquis plus de 6 millions de personnes au Maroc, soit environ 16 % de la population. Un paradoxe qui n’a pas échappé aux autorités : Bank Al-Maghrib et le ministère de l’Économie s’orientent désormais vers une légalisation encadrée. L’interdiction a échoué, place à la régulation. Focus sur un changement de paradigme plutôt pragmatique.
- Le Maroc, malgré l’interdiction des cryptomonnaies depuis 2017, a vu plus de 6 millions de ses citoyens, soit 16 % de la population, adopter ces technologies de manière extraordinaire.
- Face à cette adoption massive, le Maroc prépare une législation pour encadrer ces actifs numériques, abandonnant ainsi une politique d’interdiction inefficace au profit d’une régulation proactive.
Bitcoin interdit au Maroc depuis 2017 : Une décision qui n’a rien arrêté
En novembre 2017, l’Office des Changes, en coordination avec Bank Al-Maghrib, a publié un communiqué interdisant formellement les transactions sur actifs numériques. Les autorités justifiaient cette décision par le non-respect des réglementations sur les changes et l’absence de protection légale pour les usagers. Le régulateur craignait alors que ces outils ne facilitent le blanchiment d’argent ou l’évasion de capitaux, mettant en péril la stabilité monétaire nationale.
Ce faisant, le Maroc rejoignait le cercle restreint des pays imposant une interdiction explicite, passible de sanctions pécuniaires pour toute violation constatée. Cette position visait à préserver le contrôle strict des flux de devises, un pilier de l’économie marocaine. Cependant, la nature décentralisée des protocoles a rendu l’application de ces mesures particulièrement complexe pour l’administration.
En se focalisant sur une interdiction de principe, les institutions ont laissé place à un vide juridique. Les transactions ne se sont donc pas arrêtées, mais se sont déplacées vers des plateformes de pair-à-pair et des réseaux internationaux utilisant des VPN, échappant ainsi à toute supervision étatique ou fiscale. Et voici comment, malgré cet environnement répressif, le Maroc affiche quand même des chiffres d’adoption comparables aux nations les plus avancées du secteur !

6 millions d’utilisateurs malgré l’interdiction : Le paradoxe marocain
Selon les données de début 2025, le nombre de détenteurs d’actifs numériques est passé de 3,65 millions en 2019 à plus de 6 millions en 2024, soit une augmentation de 60 % en cinq ans. Environ 16 % de la population marocaine utiliserait désormais ces technologies. Le Royaume se classe ainsi au 24ᵉ rang mondial selon l’Index d’adoption de Chainalysis, s’imposant comme le marché le plus dynamique d’Afrique du Nord, devant l’Égypte.
Cette dynamique est alimentée par plusieurs facteurs structurels, notamment les transferts de fonds de la diaspora et la recherche d’alternatives pour les paiements internationaux. Loin de se limiter à la spéculation, cette adoption répond à un besoin de services financiers réel dans un contexte d’économie informelle prépondérante.
Le décalage souligné par la presse entre la loi et la pratique a cependant généré des risques accrus de fraude pour les utilisateurs non protégés, tout en privant l’État de visibilité sur des volumes transactionnels pourtant majeurs à l’échelle du pays. Il fallait donc agir. Conscient de l’inefficacité du « ban total », le gouverneur de Bank Al-Maghrib, Abdellatif Jouahri, a donc impulsé un changement de doctrine dès la fin de l’année 2024.

La loi 42.25 : Quand Rabat décide enfin d’encadrer ce qu’elle ne peut plus interdire
Le projet de loi n°42.25, en cours d’examen, propose de définir les actifs numériques comme des instruments financiers. Cette approche permet d’intégrer ces actifs sous la supervision de l’Autorité Marocaine du Marché des Capitaux (AMMC) sans pour autant leur accorder le statut de monnaie légale.
Le texte prévoit notamment un régime de licences obligatoires pour les prestataires de services (VASP), incluant les plateformes d’échange et de conservation. Le projet vise plusieurs objectifs : la protection des investisseurs, la lutte contre le blanchiment de capitaux et la préservation de la stabilité financière. En formalisant le secteur, le gouvernement espère également capter des recettes fiscales et positionner le Maroc comme un hub technologique en Afrique du Nord.
Cette transition marque l’abandon d’une politique de répression au profit d’une régulation proactive, reconnaissant que l’encadrement technique est plus efficace que l’interdiction pure pour limiter les risques systémiques et accompagner l’évolution des usages financiers. Il est d’ailleurs temps d’accélérer, car certains citoyens sont actuellement menacés par la justice pour la détention de bitcoins, comme le rapportent les médias comme Challenge. Pour nos amis lecteurs marocains, prudence donc, les choses changent, mais doucement.
La transition du Maroc de l’interdiction à la régulation illustre la difficulté pour un État de contenir des flux financiers numériques par la seule contrainte légale. En cherchant à formaliser un marché qui regroupe déjà plus de 6 millions d’adeptes, les autorités privilégient désormais la visibilité et la sécurité des transactions. Le nouveau projet de loi devrait permettre de réduire l’économie parallèle tout en offrant un cadre sécurisé pour les investissements de la diaspora. Cette évolution confirme que la souveraineté monétaire moderne repose désormais sur une capacité d’adaptation aux nouvelles infrastructures technologiques mondiales.