Rapport Chainalysis 2026 : Explosion de la criminalité étatique et des réseaux de blanchiment crypto
The dark side of the crypto. L’édition 2026 du rapport Crypto Crime de Chainalysis révèle un changement d’échelle majeur dans l’usage illicite des actifs numériques. En 2025, les adresses identifiées comme illicites ont reçu un montant record de 154 milliards de dollars, marquant une progression fulgurante de 162 % par rapport à l’année précédente. Cette explosion n’est pas le fait de petits fraudeurs isolés, mais résulte d’une professionnalisation extrême et d’une adoption massive de la crypto par des États sous sanctions pour financer leurs opérations stratégiques.
- L’édition 2026 du rapport Crypto Crime de Chainalysis a révélé que les adresses illicites ont reçu 154 milliards de dollars en 2025, marquant une hausse spectaculaire de 162 %.
- Les régimes sanctionnés, notamment la Russie, l’Iran, et la Corée du Nord, ont intensifié l’utilisation des cryptomonnaies pour contourner les sanctions, avec une augmentation de 694 % des flux.
La montée en puissance des États « parias » et les contournements de sanctions
Selon le rapport de Chainalysis, le moteur principal de cette hausse est d’abord le recours systématique aux cryptomonnaies par des régimes sanctionnés. À eux seuls, les entités et pays sous sanctions ont ainsi brassé 104 milliards de dollars en 2025, soit une augmentation de 694 %.
- Russie : Le stablecoin A7A5, adossé au rouble et lancé début 2025, est devenu l’outil de référence pour contourner le système SWIFT. Il a traité plus de 93 milliards de dollars de transactions en moins d’un an, servant de « port de salut » pour les entreprises russes souhaitant accéder aux liquidités mondiales en USDT sans risque de gel de portefeuille.
- Iran : Le pays a intégré la crypto au cœur de sa stratégie de défense. Le Corps des Gardiens de la révolution islamique (IRGC) a déplacé plus de 3 milliards de dollars via des réseaux de proxys pour financer des milices régionales et l’achat d’équipements à double usage.
- Corée du Nord : Les hackers liés au régime de Pyongyang ont battu leur propre record avec plus de 2 milliards de dollars dérobés lors de cyberattaques sophistiquées en 2025.
Une autre tendance lourde de 2025 réside dans la sophistication des réseaux souterrains de blanchiment d’argent en langue chinoise. Ces structures, qui traitent environ 44 millions de dollars par jour, se sont imposées comme le « tissu conjonctif » du crime transnational en Asie du Sud-Est.

Réseaux de blanchiment chinois, arnaques et ransomwares crypto au menu
Ces réseaux utilisent ainsi des plateformes de garantie et des services automatisés comme Black U, capables de fragmenter et de blanchir des transactions massives en un temps record (environ 1,6 minute par opération). Le groupe cambodgien Huione, récemment sanctionné par les États-Unis, illustre cette dérive : il a servi de plaque tournante pour le blanchiment de milliards de dollars issus d’arnaques au « pig butchering » et de vols de la Corée du Nord.
Si le volume total des ransomwares stagne autour de 820 millions de dollars, la nature des attaques a radicalement changé. On observe une hausse de 368 % de la taille médiane des rançons (atteignant près de 60 000 dollars), signe que les cybercriminels délaissent le grand public pour cibler des infrastructures critiques capables de payer des sommes bien plus importantes.
Parallèlement, les arnaques (scams) ont atteint un sommet historique de 17 milliards de dollars. L’usage de l’intelligence artificielle pour l’usurpation d’identité et le phishing a d’ailleurs fait bondir ce type de fraude de 1400 %. Une campagne d’imitation du service de péage E-ZPass a par exemple piégé plus d’un million de victimes dans 121 pays.
Ce rapport souligne que si la transparence de la blockchain facilite le travail des autorités (comme le montre l’arrestation récente de John Daghita à Saint-Martin), la course aux armements technologiques entre régulateurs et réseaux étatiques est loin d’être terminée. Les stablecoins représentent désormais 84 % des flux illicites, devenant le nouveau champ de bataille de la conformité internationale.