Qu’est ce que le slippage ? La minute trading
Quand le marché à d’autres projets pour vous. Le slippage, ou dérapage d’exécution, désigne l’écart entre le prix auquel vous pensiez exécuter un ordre et le prix réellement obtenu. Il survient surtout sur les ordres au marché (exécutés immédiatement, au meilleur prix disponible) quand la liquidité manque : trop peu d’acheteurs ou de vendeurs en face pour absorber la taille de l’ordre au prix affiché. Le carnet d’ordres se vide alors niveau par niveau, et le prix moyen obtenu s’éloigne du prix de départ, parfois de quelques centimes, parfois de plusieurs pourcents. Notre lexique consacré au slippage revient plus en détail sur ses causes.
- Le slippage a représenté un défi majeur lors de la chute historique du bitcoin le 12 mars 2020, amplifiant les pertes pour les traders sur BitMEX.
- Les périodes de panique exacerbent le slippage en raison du retrait des market makers et de la saturation des plateformes, rendant la gestion du risque cruciale.
Le slippage, ou quand les traders prennent la même porte de sortie
En temps normal, sur un actif liquide, le slippage est négligeable : quelques points de base, invisibles pour un trader particulier.
Le problème surgit lors des épisodes de panique, quand des milliers d’ordres de vente arrivent en même temps, souvent déclenchés automatiquement par des liquidations en cascade ou des stop-loss qui se déclenchent les uns après les autres.
Les teneurs de marché, les market makers, qui fournissent habituellement de la liquidité en se rémunérant sur l’écart entre prix d’achat et de vente, se retirent alors du marché pour ne pas être pris à contre-pied : ils annulent leurs ordres, la liquidité s’assèche encore plus, et le slippage explose.
C’est aussi pour cette raison qu’on recommande souvent de privilégier l’ordre à cours limité plutôt que l’ordre au marché en période de tension.

12 mars 2020 : « Black Thursday », ou quand le bitcoin s’est effondré deux fois plus vite sur une plateforme que sur les autres
Comme à notre habitude, prenons un exemple. Le 12 mars 2020, en pleine panique liée aux premières mesures de confinement contre le Covid-19, le cours du bitcoin s’est effondré sur l’ensemble des marchés.
Mais sur la plateforme dérivée BitMEX, la chute a pris une tournure particulière : selon CoinDesk, le bitcoin est passé de 7 200 à 5 678 dollars en seulement 15 minutes, avant de continuer à glisser sous les 4 000 dollars dans les heures suivantes sur l’ensemble du marché, entraînant 702 millions de dollars de liquidations rien que sur BitMEX.
Au plus fort de la panique, le cours affiché sur BitMEX a même accusé un écart de plus de 300 dollars par rapport aux autres plateformes, un dérapage directement causé par une cascade de liquidations forcées et, selon plusieurs analyses publiées à l’époque, par une saturation technique du moteur de la plateforme, incapable d’absorber le volume d’ordres en si peu de temps.
Résultat : des traders ayant placé des ordres au marché pour se protéger ont vu leurs positions exécutées à des niveaux bien pires que ceux visés, précisément au moment où ils avaient le plus besoin que l’exécution soit fidèle au prix affiché. L’épisode a durablement marqué les esprits sur la fragilité des plateformes dérivées en période de stress extrême.
Comment se protéger du slippage ?
Le slippage est donc une conséquence mécanique de la liquidité, qui se comporte différemment selon qu’on trade un jour calme ou un jour de panique généralisée.
S’en prémunir totalement est impossible, mais s’en protéger partiellement, si : réduire la taille des ordres passés en période de forte volatilité, privilégier les ordres limites quand le prix compte plus que la vitesse d’exécution, et surtout, ne jamais supposer que la liquidité qu’on observe un jour calme sera encore là le jour où on en aura le plus besoin. Une prudence qui rejoint celle qu’on évoquait déjà avec le stop-loss dans une précédente Minute Trading.