Bitcoin, c’est nous !

Cet article vous est proposé par l’équipe de rédacteurs de KryptoSphere. Kryptosphere est la première association étudiante en France spécialisée dans la Blockchain et les cryptomonnaies. Son but est de vulgariser et démocratiser cet univers auprès du grand public.

Le titre « Bitcoin c’est nous » est volontairement mystérieux. Je dois même avouer qu’il n’est pas de moi, j’ai vu passer cette courte maxime sur Twitter (j’ai oublié où, mes excuses à son auteur original) et, depuis, ces quatre mots n’ont fait que résonner dans ma tête. Plus je la retournais dans tous les sens, et plus cette phrase m’apparaissait sous un jour nouveau. Comme souvent avec Bitcoin, quand on commence à réfléchir sur un aspect particulier, on n’a pas fini de tomber dans le trou du lapin.

Bitcoin, c’est ce qu’on en fait

La notion de consensus est très forte au sein du protocole Bitcoin, précisément parce que Bitcoin est un protocole pair-à-pair, distribué et open-source. Chaque personne qui possède et maintient un nœud complet Bitcoin, brique élémentaire du réseau, le fait par choix, et parce qu’elle considère que ce protocole est bon.

Mais le protocole Bitcoin n’est pas « seulement » pair-à-pair, distribué et open-source, il est également en perpétuelle mutation. Chaque jour, des développeurs disséminés aux quatre coins de la planète travaillent à l’amélioration du code sous-jacent à Bitcoin. Lorsque quelqu’un a une idée nouvelle qui permettrait de rendre Bitcoin meilleur, il n’a qu’à soumettre une Proposition d’Amélioration, appelées BIP, pour Bitcoin Improvement Proposal. Ces BIPs sont discutées par la communauté des développeurs, si elles remportent un consensus elles sont développées, puis testées. Et enfin, si toutes ces étapes sont passées, la nouveauté est ajoutée à Bitcoin, via une mise à jour des nœuds.

Chaque possesseur de nœud a alors le choix : si la nouveauté lui convient, il peut effectuer la mise à jour et passer à la version suivante de Bitcoin. Mais il peut aussi considérer que cette nouveauté n’est pas bonne, de son point de vue, pour des raisons techniques, économiques, voire philosophiques dans certains cas. Et il lui suffit alors, pour s’y opposer, de refuser de mettre à jour son nœud, continuant ainsi à utiliser l’ancien Bitcoin. Et c’est cette décision, prise des milliers de fois car étudiée par chaque détenteur de nœud, qui forme un consensus sur la direction que doit prendre Bitcoin. Si une majorité des nœuds décide de suivre l’amélioration, alors celle-ci devient partie intégrante du protocole. Ceux qui ne sont pas d’accord sont libres de partir, pour former une autre chaîne. Il peut arriver qu’une proposition ne soit voulue que par une minorité de personnes, qui, si elles échouent à convaincre les autres nœuds, peuvent toujours quitter la chaîne Bitcoin pour former la leur, comme ce fut le cas pour Bitcoin Cash par exemple.

Détenir un nœud du protocole, c’est donc apporter sa voix aux évolutions de celui-ci. Contrairement à une idée reçue, malheureusement encore trop largement répandue, ce ne sont pas les mineurs qui décident au sein du réseau. Ils travaillent pour lui et sont rémunérés, au travers des block rewards et frais de transaction, mais n’ont pas plus de pouvoir décisionnel que les nœuds complets. En témoigne, par exemple, le cas de SegWit2x : en 2017, le débat fait rage entre partisans de SegWit, une amélioration du protocole permettant élégamment de résoudre le problème de la malléabilité des transactions et d’augmenter la taille des blocs, sans toucher à limite en dur du block size (qui est de 1Mo), et les défenseurs de SegWit2x, qui proposait, en plus des améliorations de SegWit, de modifier le block size pour le porter à 2Mo. Le premier ne nécessitait qu’un soft fork, le second un hard fork. De nombreuses entreprises, dont notamment le géant du minage Bitmain, se sont signalées en faveur de SegWit2x, au travers de l’Accord de New York. Mais le consensus au sein du réseau a parlé, et SegWit fut implémenté en août 2017 et SegWit2x abandonné. Bitcoin Cash, avec son block size de 32 Mo, bifurqua de la chaîne principale précisément le 1er août 2017, ralliant les défenseurs acharnés de l’augmentation en dur de la taille des blocs.

Le protocole grandit, BIP après BIP. L’idée, partie d’un développeur, se répand, est discutée, testée, peut-être finalement adoptée. Elle passe ensuite l’épreuve de la communauté, et c’est la communauté, à la fois ensemble et individuellement, nœud par nœud, qui choisit d’adopter ou non cette nouveauté. Nous façonnons ainsi, à la fois individuellement et collectivement, le protocole Bitcoin que nous désirons.

Bitcoin, c’est ce que chacun y voit

Bitcoin n’a pas de PDG, pas de Conseil d’Administration. Il n’y a pas de directives, pas de comité qui décide des actions à mener et du sens de Bitcoin. C’est cette décentralisation, notamment, qui a permis à Bitcoin de survivre et d’évoluer jusqu’à aujourd’hui. L’un des corollaires de cette décentralisation est que, s’il n’y a pas de ligne directrice imposée, chacun est libre de voir en Bitcoin ce qu’il veut y voir.

Pour certains, Bitcoin n’est qu’un instrument spéculatif parmi tant d’autres. Soit. Pour d’autres, il s’agit d’une réserve de valeur, comparable à de l’or amélioré, permettant de s’affranchir de l’inflation des monnaies fiduciaires et de conserver son patrimoine à l’abri de l’usure du temps. Pour certains, Bitcoin s’inscrit essentiellement dans sa dimension de résistance à la censure, permettant à chacun d’envoyer de la valeur à quelqu’un d’autre, où qu’il soit, et ce sans qu’aucun État, aucune institution, aucune entité quelle qu’elle soit ne puisse s’y opposer.

Si elle vient à être adoptée par une part importante de la communauté, une vision de Bitcoin devient un narrative, une façon d’appréhender et de définir Bitcoin (et ce qu’il apporte), une histoire que l’on se raconte et qui remporte une grande adhésion. Ces narratives sont particulièrement structurants au sein de la communauté Bitcoin et se succèdent, les uns après les autres, à mesure que le contexte et le protocole lui-même évoluent. Par exemple, le narrative « Bitcoin permet des paiements très rapides entre deux personnes » a globalement disparu avec l’émergence de solutions fintech qui permettent d’atteindre un niveau de rapidité supérieure (la décentralisation en moins) et avec l’augmentation des frais de transactions. Ce narrative, s’il est toujours présent aux esprits de certains et pourrait connaître une renaissance avec le Lightning Network, a été remplacé par ceux définissant Bitcoin comme une réserve de valeur (long terme), le fait d’être « sa propre banque » ou encore la résistance à la censure.

Les narratives évoqués plus hauts sont de premier plan, au sens où ils remportent une large adhésion et sont médiatisés et connus au sein de la communauté. Il faut cependant garder à l’esprit que, d’une part, ils ne s’excluent pas nécessairement les uns les autres, et d’autre part, il existe une multitude de narratives plus ou moins répandus – qui complètent ceux susmentionnés : Bitcoin comme grande horloge, Bitcoin comme établissement de vérité universelle, Bitcoin comme incentive à l’apprentissage

Si l’on fait un pas de côté et que l’on regarde l’ensemble de ces narratives, on en vient donc à voir Bitcoin comme une agrégation, une sorte de tableau impressionniste, composé de milliers de touches, où se croisent et se répondent ces histoires que l’on se raconte nous-mêmes. C’est un tableau mouvant où, à mesure que la pensée dominante évolue, certaines couleurs pâlissent tandis que d’autres gagnent en intensité.

Ce tableau qui change sous nos yeux est le résultat direct du consensus inconscient qui s’établit au sein de la communauté. Un consensus faible et évolutif, au sens où il n’est pas nécessairement partagé par tous et est régulièrement débattu et amendé. C’est précisément là que réside toute la force de l’aspect décentralisé de Bitcoin : nous pouvons discuter, tous ensemble, à l’échelle de la planète, par des canaux variés. L’implémentation technique, dans le code source, nourrit les narratives qui, à leur tour, nourrissent les implémentations futures. En un processus inconscient, les quelques milliers de cellules isolées que nous sommes, toutes ensemble, font battre le cœur de Bitcoin.

Bitcoin c’est nous, donc, au sens où nous sommes Bitcoin. Le protocole évolue à mesure que nous le modifions, et nous l’incarnons (au sens littéral : nous lui donnons chair) au travers de nos récits et de notre façon de l’appréhender. 

Nous sommes ce que Bitcoin fait de nous

Mais il y a une autre façon de voir cette courte phrase, l’autre versant de l’équivalence entre « nous » et « Bitcoin » que sous entendent ces quelques mots : si nous façonnons Bitcoin, nous façonne-t-il en retour ?

La réponse est bien évidemment affirmative. On ne compte plus le nombre de personnes qui déclarent avoir changé depuis qu’elles se sont immergées dans Bitcoin. Combien ont découvert le fonctionnement de notre système bancaire et financier en découvrant l’alternative que propose Bitcoin ? Combien ont appris ce qu’est la cryptographie, le fonctionnement des protocoles de communication ? Combien ce sont initiés à des concepts mathématiques nouveaux, ou ont pris conscience des enjeux énergétiques ? Combien, enfin, se sont rendus compte de l’incroyable nécessité de disposer d’un moyen décentralisé, résilient et incorruptible de conserver et d’échanger de la valeur ? Combien ont changé leur façon de consommer depuis ? Bitcoin récompense les curieux, ceux qui prennent le temps de s’asseoir et d’apprendre.

C’est un narrative parmi tant d’autres, mais c’est celui que je veux mettre à l’honneur ici : Bitcoin nous construit à mesure que nous le construisons.

Article de Fanis Michalakis

Étudiant ingénieur à l’École Centrale de Marseille, crypto-enthousiaste à tendance maximaliste. Éternel curieux, j’aime apprendre et partager. Tombé dans le trou du lapin courant 2017, j’en poursuis depuis l’exploration avec passion.

KryptoSphere

KryptoSphere est la première association étudiante en France spécialisée dans la Blockchain et les cryptomonnaies. Notre but est de vulgariser et démocratiser cet univers auprès du grand public. KryptoSphere est présente sur 6 campus d’école de commerce et d’ingénieurs dans 4 villes en France : Paris, Marseille, Lyon et Rennes.

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