Arnaque crypto : il lui vole sa société avec un faux Kbis et réclame 17 000 euros en cryptomonnaie
Proudhon, version greffe du tribunal de commerce. « La propriété, c’est le vol », écrivait-il en 1840. Un escroc a pris la formule au pied de la lettre en Haute-Garonne. Il a confisqué l’entreprise de Mélanie Garcia avec un faux procès-verbal et exige maintenant 17 000 euros en cryptomonnaie.
L’extorsion crypto passe d’habitude en France par la séquestration ou le home-jacking. Celle-ci a commencé par un simple document déposé au greffe.
Points clés
- Un faux procès-verbal a suffi à transférer les parts d’Occitanie Sports Loisirs à un inconnu.
- L’usurpateur contrôle aussi le compte bancaire en ligne et le courrier de la société.
- La gérante attend une décision du tribunal de commerce, pas avant le 20 novembre.
Un vol de Kbis qui confisque une société près de Toulouse
Mélanie Garcia dirige Occitanie Sports Loisirs, une société installée à Saint-Orens-de-Gameville. Le 10 septembre, elle vérifie depuis sa voiture si elle a remporté un marché public.
Son entreprise n’est plus à son nom.
D’après le récit publié le 3 novembre par La Dépêche du Midi, un inconnu a déposé début août un faux procès-verbal d’assemblée générale. Le document imite sa signature et acte la cession de ses parts à l’usurpateur. Le greffe l’a enregistré.
Le greffe contrôle la forme d’un acte, pas son authenticité. Toute la fraude au Kbis repose sur cette faille. Le Kbis, c’est l’extrait d’immatriculation qui sert de carte d’identité à une entreprise.
Le nouveau « dirigeant » a ensuite pris la main sur la banque en ligne de la société. Il a fait réexpédier son courrier, lancé des demandes de financement et créé un nom de domaine. La gérante dit ne même pas pouvoir chiffrer ses pertes.
17 000 euros en cryptomonnaie et des menaces
Mélanie Garcia a porté plainte pour faux et usage de faux dès la découverte. Les gendarmes ont le nom et l’adresse du suspect, inscrits sur les documents modifiés à son profit. Il habite une autre région et n’a toujours pas été interpellé.
Près de deux mois plus tard, l’usurpateur est passé à l’extorsion. Il lui a écrit des mails de menaces, l’a appelée, a évoqué ses enfants et diffusé son adresse. Sa demande tient en une ligne : « 17 000 euros en cryptomonnaie ».
Pourquoi des cryptos ? Un virement bancaire désigne un bénéficiaire identifiable, alors qu’un wallet n’affiche qu’une adresse. L’escroc oublie un détail.
Chaque transaction reste inscrite sur la blockchain. Les enquêteurs remontent régulièrement ces flux jusqu’aux plateformes d’échange, tenues d’identifier leurs clients.
Côté justice civile, la gérante a obtenu le 30 octobre une audience en référé devant le tribunal de commerce. Cette procédure d’urgence peut suspendre les effets de la cession frauduleuse. Elle ne l’annule pas : il faudra pour cela une action au fond.
Aucune décision n’est attendue avant le 20 novembre, et le suspect court toujours. Les extorsions en cryptomonnaies se multiplient en France, où les forces de l’ordre ont mené une vaste opération contre un réseau criminel après de nouvelles séquestrations.