Ondo Finance : Un vide de gouvernance qui pourrait invalider plusieurs mois de décisions
Héritage. Ondo Finance pèse près de 3,8 milliards de dollars d’actifs sous gestion et dispute à BlackRock le marché des bons du Trésor américain tokenisés. Depuis cette semaine, l’entreprise doit aussi répondre devant un tribunal du Delaware d’une question embarrassante pour n’importe quel émetteur de RWA (real-world assets, ces actifs traditionnels rendus échangeables sur la blockchain) : qui a le droit de la diriger ?
- Ondo Finance, gérant 3,8 milliards de dollars en actifs, a été confronté à une bataille juridique sur sa gouvernance suite au décès de son fondateur.
- Le tribunal du Delaware doit déterminer la légitimité des décisions du CEO, prises sans consensus du conseil, affectant potentiellement la crédibilité institutionnelle d’Ondo.
Une chronologie qui ne joue pas en faveur du CEO
Selon les détails rapportés, Ian De Bode, ancien président devenu CEO après le décès du fondateur Nathan Allman fin mai, se serait élu seul administrateur via un accord de vote avant même la fin de l’homologation testamentaire (la procédure judiciaire qui valide une succession).
Il aurait ensuite enchaîné les décisions engageantes : recrutement de conseillers, primes de performance, tentative d’ajouter un second administrateur acquis à sa cause. La plainte, déposée par la représentante légale de la succession, la mère de Nathan Allman, avance un argument juridique simple.
Les statuts d’Ondo exigeraient une décision collégiale du conseil pour pourvoir un poste de CEO vacant. Si le tribunal retient cette lecture, chaque décision prise depuis mai devient caduque, y compris les recrutements et les primes déjà versées.
Le pire moment pour un vide de pouvoir chez un poids lourd du RWA
Le timing ne pourrait pas mieux illustrer le risque. Ondo commercialise ses produits phares USDY et OUSG auprès de clients institutionnels qui détestent l’incertitude juridique plus que la volatilité elle-même, au moment même où l’entreprise multiplie les partenariats (Mastercard) et vient d’abandonner sa propre blockchain publique pour un réseau privé taillé pour ce même public.
Une bataille de gouvernance étalée devant un tribunal est à peu près le pire argument commercial possible pour vendre du sérieux institutionnel à des concurrents comme Franklin Templeton ou BlackRock, qui n’ont eux jamais eu à gérer de vacance soudaine à leur tête.
Un cas d’école pour tout le secteur
Sans plan de transition écrit à l’avance, le vide de pouvoir laissé par un fondateur attire les luttes internes, chez Ondo comme ailleurs dans la tech. La différence, ici, c’est que la société gère l’argent de tiers à hauteur de plusieurs milliards de dollars, pas seulement son propre capital.
Pour les investisseurs qui misent sur la tokenisation comme vecteur de sérieux institutionnel, un procès de succession étalé en pleine lumière reste un contre-exemple difficile à battre. Le tribunal du Delaware doit désormais trancher qui, de la succession ou du CEO en exercice, contrôle légalement les 3,8 milliards de dollars d’actifs de l’entreprise.