En Inde, la banque centrale veut bannir les cryptos… mais pas le gouvernement
À la croisée des chemins. Le pays entretient un rapport ambigu à Bitcoin (BTC) et aux cryptomonnaies. À la tête du G20, l’Inde a réclamé au Conseil de stabilité financière (FSB) des recommandations pour réguler ces actifs. Mais sa banque centrale, la Reserve Bank of India (RBI), plaide pour une approche très restrictive.
Points clés
- La RBI recommande une interdiction pure et simple des cryptomonnaies, invoquant des risques pour la stabilité financière
- Le gouvernement indien prépare un cadre juridique plus nuancé, calqué sur les recommandations du FSB et du G20
- Les stablecoins pourraient être autorisés pour les paiements transfrontaliers sous conditions
- L’Inde figure en tête du classement mondial de l’adoption crypto selon Chainalysis
La Banque centrale indienne (RBI) veut bannir les cryptos
La RBI recommande une stratégie de « containment » orientée vers l’interdiction des cryptomonnaies, invoquant des risques majeurs pour la stabilité financière et la souveraineté monétaire du pays.
Elle considère ces actifs comme « une menace pour une économie émergente » comme l’Inde, notamment en raison des risques de blanchiment d’argent, de financement du terrorisme, d’évasion fiscale, de volatilité et de concurrence directe avec la roupie numérique (e-rupee).
Cette position s’appuie sur les travaux du FSB, qui laisse aux États le choix entre interdire, restreindre ou encadrer. La RBI a clairement choisi la ligne la plus dure.
Elle avait déjà interdit en 2018 aux banques de travailler avec les plateformes d’échange, avant que la Cour suprême n’annule cette décision en 2020. En juillet 2026, elle a finalement de nouveau défendu cette approche restrictive devant un comité parlementaire.

Une position qui contraste avec celle du gouvernement de l’Inde
Le ministre des Finances, Nirmala Sitharaman, a répété de son côté à plusieurs reprises qu’il fallait trouver un équilibre entre innovation et régulation. New Delhi prépare d’ailleurs un cadre juridique pour les cryptomonnaies, inspiré des recommandations du FSB et du G20, qui doit encore être présenté au Parlement.
Selon plusieurs sources, ce texte pourrait s’avérer plus souple que la position de la banque centrale, en autorisant certains usages sous conditions strictes, notamment les stablecoins pour les paiements transfrontaliers. Le développement de la blockchain dans des secteurs comme l’agriculture, la santé ou l’éducation fait aussi partie des pistes envisagées.
Entre la banque centrale et l’exécutif, l’écart de doctrine se joue sur le dos de dizaines de millions d’utilisateurs. L’Inde figure en tête du classement mondial de l’adoption crypto selon Chainalysis, et une interdiction sèche heurterait de plein fouet cette base d’investisseurs déjà massive. Pour l’instant, le pari de Nirmala Sitharaman – encadrer plutôt que bannir – semble garder une longueur d’avance sur les mises en garde répétées de la RBI.