Hypersurveillance : l’UE veut imposer son outil de vérification d’âge malgré les failles et inquiétudes
Une application pour les surveiller tous. La Commission européenne d’Ursula von der Leyen a annoncé que sa technologie de vérification de l’âge était « prête » à être personnalisée et déployée par les États membres. Présentée comme un outil permettant un accès en ligne « uniforme » s’adaptant aux règles nationales de surveillance, cette application de l’UE est censée protéger la vie privée tout en empêchant les enfants d’accéder à du contenu inapproprié. Pourtant, de nombreuses voix s’inquiètent d’un outil mal sécurisé, qui pourrait en plus ouvrir la voie à une surveillance généralisée et à de dangereuses dérives totalitaires.
- La Commission européenne a annoncé que sa technologie de vérification de l’âge est « prête » à être utilisée par les États membres, et pousse à son adoption.
- Des experts ont découvert de graves failles de sécurité dans l’application, remettant en question la protection des données et le respect de la vie privée.
Une technologie de l’UE pour protéger les enfants… ou pour contrôler Internet ?
La Commission européenne a développé son outil de vérification de l’âge afin d’aider les pays à restreindre l’accès des mineurs aux réseaux sociaux. Cette initiative répond à la base à des préoccupations légitimes sur la santé mentale des jeunes, mais comme le dit l’adage, l’Enfer est pavé de bonnes intentions.
Dans une récente déclaration, la vice-présidente exécutive de la Commission, Henna Virkkunen, a affirmé que cette solution garantirait « un accès en ligne uniforme » dans toute l’Union européenne (UE), tout en prétendant « protéger la vie privée ».
Et comme souvent avec sa mauvaise habitude d’hypercentralisation, la Commission de Bruxelles pousse fortement tous les États membres à adopter sa propre solution plutôt que de laisser les pays développer leurs outils nationaux. Cette volonté d’uniformisation centralisée suscite une forte réticence dans plusieurs capitales.
Des failles de sécurité massives et une application contournées en quelques minutes
Alors que la Commission vante sa technologie « prête à l’emploi », des experts indépendants ont rapidement mis en évidence de graves failles de sécurité et de confidentialité. L’application a été exploitée en moins de deux minutes par des chercheurs en cybersécurité peu après sa sortie en démonstration : contournement de l’authentification biométrique, accès non protégé aux données sensibles stockées sur le téléphone, et possibilité pour un tiers de prendre le contrôle du profil (risques d’usurpation d’identité).
Encore récemment, l’expert en cybersécurité Paul Moore a contourné facilement la version mise à jour de l’outil de surveillance de l’UE (voir vidéos ci-dessous) :
« Contourner l’application de l’UE de vérification de l’âge – partie 2. (…)
Paul Moore (compte X @Paul_Reviews)
Si l’on ignore le fait qu’ils ont utilisé une bibliothèque [Android] obsolète de 6 ans, ils n’ont en réalité pas résolu le problème du tout. Un attaquant peut tout aussi facilement supprimer du texte chiffré que du texte en clair.
Ironiquement, ils ont essayé de résoudre un problème qu’ils ne comprennent pas vraiment… tout comme le concept lui-même. »
En poussant de toutes ses forces sa technologie centralisée (et manifestement bricolée à la va-vite qui plus est), l’UE prend le risque de créer un précédent dangereux : celui d’un contrôle accru sur l’accès à Internet, reposant sur une infrastructure fragile et potentiellement intrusive. Les défenseurs des Libertés y voient une étape supplémentaire vers une société de surveillance, où la preuve d’identité deviendrait obligatoire pour naviguer en ligne. Avec tous les abus d’autorité que cela peut entraîner. En résumé, sous couvert de protection de l’enfance, la Commission européenne d’Ursula von der Leyen impose une solution technique controversée, déjà démontrée comme vulnérable, et au risque d’ouvrir grand la porte à des atteintes massives contre la vie privée et à une normalisation progressive du contrôle numérique des citoyens. Quant au côté centralisation, on a vu ce que cela pouvait déjà donner à l’échelle d’un pays, avec le piratage des données sensibles de 19 millions de Français qui étaient sous la responsabilité de l’ANTS (l’Agence Nationale des Titres Sécurisés), donc imaginez à l’échelle d’un continent : le Saint Graal des hackers !