Trump piège les prêteurs de son propre protocole DeFi pour 158 M$
World Liberty Financial, le projet crypto de la famille Trump, a emprunté 158 millions de dollars de USD1 sur le protocole Dolomite en déposant ses propres tokens WLFI comme collatéral. Le pool de stablecoins a atteint 100 % d’utilisation. Les prêteurs retail qui y avaient déposé leur USD1 découvrent qu’ils ne peuvent plus retirer à volonté.
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158 M$ empruntés contre ses propres tokens
Début avril, la trésorerie WLFI a déposé environ 3 milliards de tokens WLFI dans un pool de lending conseillé par l’un de ses propres dirigeants. Contre ce collatéral, l’équipe a tiré 158 M$ de USD1 et plus de 10 M$ d’USDC, selon les données on-chain compilées par Arkham Intelligence et le rapport Chaos Labs du 13 avril.
Le collatéral WLFI représente désormais 82,7 % du TVL total de Dolomite et 85,3 % de ses emprunts. Le protocole tout entier est devenu, de facto, une machine à prêter aux fondateurs de WLFI contre des tokens que ces mêmes fondateurs ont créés.
Le conflit d’intérêts est structurel. Dolomite est cofondé par Corey Caplan, également conseiller officiel de World Liberty Financial. En finance traditionnelle, une opération de parties liées de cette ampleur exigerait la validation d’un conseil indépendant. Ici, elle a été conduite sans annonce préalable.
Où est parti l’argent ? Plus de 40 M$ de USD1 ont été envoyés à Coinbase Prime, une plateforme utilisée pour convertir de la crypto en fiat ou pour du trading OTC institutionnel. WLFI n’a publié aucune explication sur la destination finale des fonds.
Les prêteurs USD1 ne peuvent plus retirer
Quand WLFI a tiré sa ligne de crédit, le pool USD1 de Dolomite a atteint 100 % d’utilisation. À son pic, la liquidité disponible est tombée à -232 000 tokens : plus rien à retirer pour personne.
Dimanche 12 avril, la situation s’était légèrement assouplie : environ 158 M$ empruntés contre 193 M$ déposés, soit 82 % d’utilisation. Les taux de dépôt ont flambé à 35 % APR, les coûts d’emprunt à 30 %. Sur le papier, le rendement est spectaculaire. En pratique, les prêteurs sont coincés.
Un retail qui a déposé 10 000 USD1 en espérant pouvoir retirer à volonté doit attendre que le gros emprunteur rembourse. WLFI a annoncé deux remboursements partiels (15 M$ puis 10 M$) entre le 9 et le 11 avril. Mais sur la même période, l’équipe a minté 38,5 M$ de nouveaux USD1 en trois vagues, dont 18 M$ le 12 avril. Le bilan net des remboursements annoncés est difficile à établir.
La réponse officielle de WLFI aux critiques : « Nous sommes loin de la liquidation, et même si le marché bougeait contre nous, nous déposerions simplement plus de collatéral. » Traduction : pour couvrir une position en WLFI, on ajoute plus de WLFI. Le seuil de liquidation se situe pourtant à 75 % selon Chaos Labs, et le token a perdu près de 15 % depuis les premières révélations, atteignant un plus bas historique à 0,077 $.
Pour un investisseur qui utilise la DeFi comme outil de rendement, ce type d’affaire n’est pas une surprise : c’est une raison de plus d’auditer chaque protocole avant d’y déposer un euro. Les questions à se poser sont simples.
- Qui est le principal emprunteur du pool ?
- Quelle part du TVL est concentrée sur un seul collatéral ?
- Existe-t-il un conflit d’intérêts entre l’équipe du protocole et ses principaux utilisateurs ?
Ce sont ces questions que l’on se pose au sein du Club 25% lorsqu’on audit des opportunités.
Un pool dans lequel un acteur unique représente 82 % du TVL n’est pas un produit de rendement. C’est une exposition concentrée à une seule contrepartie.

Justin Sun dénonce une fonction de gel cachée dans USD1
Le 12 avril, Justin Sun, fondateur de Tron et l’un des plus gros investisseurs initiaux de WLFI (30 M$ placés fin 2024), a publié sur X une charge frontale contre le projet. Ses tokens WLFI, valant aujourd’hui environ 45 M$, sont gelés depuis septembre 2025 après que l’équipe l’a accusé d’avoir tenté de contourner le verrouillage.
Sun reproche à WLFI d’avoir dissimulé dans ses contrats intelligents une fonction de blacklist donnant à une seule entité le pouvoir unilatéral de geler les tokens de n’importe quel détenteur, sans préavis ni recours. Il qualifie le contrat de « porte-piège commercialisée comme une porte ouverte » et accuse l’équipe de traiter les utilisateurs comme un « distributeur automatique personnel ».
Selon les analyses on-chain relayées par plusieurs médias, une adresse anonyme peut effectivement geler les actifs de tout détenteur, tandis que la saisie complète nécessite un vote 3 sur 5 d’un multisig. Le 13 avril, Sun a demandé publiquement à WLFI d’identifier qui contrôle ces portefeuilles. WLFI n’a pas répondu sur le fond. L’équipe a simplement menacé de poursuites : « See you in court pal. »
Le point n’est pas anecdotique. USD1 a récemment été mis à jour avec des « compliance-grade controls » permettant le gel de fonds, présentés par WLFI comme un atout réglementaire. Traduction concrète : l’émetteur peut bloquer n’importe quel détenteur à tout moment. Tout porteur d’USD1 est exposé à ce risque, quelle que soit la plateforme utilisée.
Comment un investisseur sérieux filtre ces situations en amont
Le Club 25% gère un portefeuille public de 100 000 $ en stablecoins avec un objectif de 15-25 % par an. Sa logique de sélection repose sur trois règles que l’affaire Dolomite illustre en creux.
- Aucune opportunité n’entre dans le portefeuille sans audit complet : source du rendement, profil des emprunteurs, concentration du TVL, gouvernance du protocole, capacités de gel au niveau du contrat. Un pool où 82 % du collatéral provient d’un seul acteur est exclu par construction.
- Le portefeuille est diversifié sur plusieurs opportunités, sélectionnées parmi une quinzaine disponibles. Aucune exposition unique ne peut emporter l’ensemble en cas d’accident. C’est en général ici un gros défauts des investisseurs particuliers : ils ne disposent de pas assez d’opportunités audités pour gérer correctement leur diversification.
- Toutes les décisions sont publiques et documentées en temps réel. Entrées, sorties, pondérations, raisons : tout est traçable. C’est précisément ce qui manque à un projet comme WLFI, dont la gouvernance reste opaque et dont les emprunts massifs ont été découverts par des analystes on-chain plutôt qu’annoncés par l’équipe.

Le Club est dirigé par un des cofondateur du Journal du Coin qui tient ce portefeuille de 100 000$ avec son propre argent et publie chaque décision.
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Reste à voir si WLFI remboursera intégralement sa position, ou si les nouveaux mints de USD1 observés depuis le 8 avril serviront à tenir la façade pendant que les fonds empruntés prennent d’autres chemins. Les prochaines semaines trancheront.