Crypto : Le Trésor sanctionne Xinbi Guarantee, marché noir à 36 milliards $ sur Telegram
Il y a un an et demi, Telegram fermait Haowang Guarantee, le plus gros marché noir crypto de la messagerie, après avoir facilité pour 27 milliards de dollars de transactions illicites. Dans son ombre, un concurrent grandissait déjà. Xinbi Guarantee a fini par dépasser son aîné, avec plus de 36 milliards de dollars écoulés depuis 2022. Washington l’a rattrapé cette semaine.
- Telegram a fermé Haowang Guarantee, un marché noir crypto, mais Xinbi Guarantee a émergé comme un concurrent puissant.
- Le Secret Service a gelé 52,8 millions de dollars liés à Xinbi, et l’OFAC l’a désignée comme organisation criminelle transnationale.
- Le ministère de la Justice a publiquement remercié Tether pour son aide dans l’enquête, un geste inhabituel qui en dit long sur le poids pris par les stablecoins dans la lutte anti-blanchiment.
Xinbi Guarantee, le supermarché du crime en chinois
Le 8 septembre, le Secret Service a gelé 52,8 millions de dollars de crypto liés à Xinbi. Le lendemain, l’OFAC (le bureau du Trésor américain chargé des sanctions) a désigné la plateforme comme organisation criminelle transnationale. Rien d’un simple site d’échange douteux. Xinbi connectait des réseaux d’escroquerie entiers à des vendeurs de données volées, de faux papiers d’identité, d’outils de deepfake et de services de blanchiment.
« Si le crime organisé chinois peut s’offrir un site sur mesure et un service de blanchiment comme on commande à emporter, alors tout Américain qui a un compte retraite se trouve dans le rayon de l’explosion », a résumé Jeanine Pirro, procureure fédérale du district de Columbia, en dévoilant l’opération le 9 septembre. Le Scam Center Strike Force du ministère de la Justice, monté en novembre 2025, revendique désormais 938 millions de dollars saisis au total. Un chiffre qui grimpe vite, mais qui reste modeste face aux volumes qui transitent par ce genre de plateformes.
Deux sociétés ont été sanctionnées dans la foulée pour avoir prêté main-forte à Xinbi : SafeW Technology, basée à Singapour, et Anwen Technology, installée au Cambodge. Selon TRM Labs, la plateforme aurait fait transiter plus de 36 milliards de dollars depuis 2022, un volume qui la place parmi les plus gros marchés noirs jamais recensés en Asie du Sud-Est. Ces réseaux tiennent rarement sur une seule structure. Ils reposent sur toute une chaîne de sous-traitants dispersés dans la région.
Fuite vers l’USDD : le stablecoin qui échappe aux gels
Face au gel, Xinbi a dénoncé une mesure « arbitraire ». Et a aussitôt déplacé 2,8 millions de dollars vers l’USDD, un stablecoin construit sur Tron. Pourquoi celui-là précisément ? Parce qu’il ne dispose pas du même mécanisme de gel intégré que l’USDT. Tether, justement, a multiplié les gels ces derniers mois en coordination avec les autorités américaines, au point de devenir un partenaire presque routinier des enquêtes anti-blanchiment.
Le Strike Force l’a d’ailleurs remerciée nommément dans son communiqué du 9 septembre : « Le Strike Force remercie Tether pour son aide proactive dans cette enquête. » Un stablecoin sans robinet coupe-circuit devient donc, mécaniquement, le nouveau refuge de ceux qui veulent échapper à ce genre de manœuvre. Ironie du sort : plus les stablecoins « coopératifs » se resserrent, plus ils poussent les mauvais acteurs vers les moins régulés.
Ce jeu du chat et de la souris n’a rien de nouveau. Haowang fermé, Xinbi a pris le relais en quelques semaines à peine. Sanctionner une plateforme ne fait pas disparaître la demande qui l’alimentait.
Un problème structurel, pas un coup isolé
L’Inde a ordonné le blocage de 15 plateformes crypto offshore. La pression réglementaire monte sur plusieurs continents à la fois, pas seulement à Washington. Mais les intermédiaires visés changent de nom et d’adresse plus vite que les régulateurs ne publient leurs communiqués.
Le montant saisi cette semaine, 52,8 millions de dollars, ne représente qu’une fraction infime des 36 milliards qui ont transité par Xinbi depuis 2022. La vraie bataille ne se joue pas sur ce genre de coup ponctuel, aussi spectaculaire soit-il médiatiquement.
Elle se joue sur la capacité des autorités à assécher, une par une, les briques qui permettent à ces marchés de renaître ailleurs : hébergeurs, sous-traitants de paiement, stablecoins non coopératifs. Sans ça, un Xinbi remplacera l’autre. Le compteur du blanchiment crypto a déjà dépassé les 938 millions de dollars saisis depuis novembre 2025.