Perps sur l’or, le pétrole et les actions : 117 milliards de dollars échangés en un mois
Quarante-quatre fois plus en douze mois. Le fonds a16z crypto chiffre à 117,3 milliards de dollars le volume mensuel, en août 2026, des contrats à terme perpétuels adossés à des actifs du monde réel. Et 86% de ces échanges passent désormais par des protocoles on-chain.
Derrière ces chiffres, l’or, le pétrole, les paires de devises, les indices boursiers et désormais les actions se négocient 24 heures sur 24 depuis un wallet, sans courtier ni horaires d’ouverture.
Points clés
- Les dérivés perpétuels adossés à l’or, aux devises, aux indices ou aux actions ont brassé 117,3 milliards de dollars en août, un volume multiplié par 44 en un an
- Plus de huit transactions sur dix se déroulent maintenant on-chain plutôt que sur des plateformes centralisées
- Ces contrats ne tokenisent rien : un oracle de prix et un collatéral en stablecoins suffisent à créer l’exposition
- Côté européen, MiCA ne couvre pas ces produits ; ils restent sous MiFID II, et l’ESMA plafonne le levier pour le grand public, un cadre que les DEX n’appliquent pas
RWA : 117,3 milliards de dollars de perps en un mois
Mercredi 23 septembre, le fonds d’investissement a16z crypto, branche actifs numériques d’Andreessen Horowitz, a publié un article sur X revenant sur l’essor des marchés perpétuels liés à des actifs du monde réel (RWA).
Au total, le fonds a identifié un volume de 117,3 milliards de dollars sur ces marchés en un mois. À titre de comparaison, un an plus tôt, le même segment tournait autour de 2,7 milliards de dollars par mois.
La bascule tient à un produit unique, le perpetual future ou contrat à terme sans date d’expiration. Alors sans expiration oui, mais il se rééquilibre en continu grâce à un taux de financement versé entre acheteurs et vendeurs, seul mécanisme qui maintient son prix collé à celui du sous-jacent. Appliqué à un baril de Brent ou à une action Nvidia, il offre une exposition réglée en stablecoins, sans qu’aucun actif ne change de main.
Sur le terrain, la liquidité s’est concentrée sur une poignée de protocoles. Ostium, déployé sur Arbitrum, s’est spécialisé dans les matières premières et le Forex. Avantis sur Base complète l’offre avec d’autres indices. Enfin, Hyperliquid a ouvert son standard HIP-3 en octobre 2025, qui autorise n’importe quelle équipe à déployer son propre marché perpétuel, actions comprises.
Perps RWA : 86% du volume désormais on-chain
Mais la vraie rupture tient dans la répartition de ces 117,3 milliards de dollars. En effet, 86% s’échangent on-chain, soit environ 101 milliards, contre seulement 16 milliards sur les plateformes centralisées. Les courtiers CFD et les CEX concentraient encore les deux tiers du volume suivi jusqu’en novembre 2025 où la bascule s’est faite ensuite. Hyperliquid ouvrait la porte aux HIP-3 le mois d’avant, simple coïncidence ?
Le week-end pèse lourd dans cette migration. Quand le CME et le Nasdaq ferment le vendredi soir, l’or et les indices américains continuent de coter sur les protocoles on-chain jusqu’au dimanche, et les traders y trouvent une couverture contre les gaps d’ouverture du lundi. Les teneurs de marché, du spread à capter.
L’angle mort réglementaire des perps sur actifs réels
Cette architecture a une conséquence directe. Rien n’est immobilisé chez un dépositaire. Aucun transfer agent n’inscrit de porteur au registre, et le protocole se contente d’un oracle de prix et d’un pool de collatéral en stablecoins. Ajouter le cacao ou le peso mexicain coûte une ligne de configuration, là où tokeniser une action demande des mois de travail juridique.
Hester Peirce, commissaire de la SEC, prévenait déjà les émetteurs d’actions tokenisées le 9 juillet 2025.
« Les titres tokenisés restent des titres. »
Hester Peirce, commissaire de la Securities and Exchange Commission
Les perps sur actions ne tombent pas sous cette phrase : ils sont traités comme des dérivés et relèvent en principe de la CFTC aux États-Unis, même si la frontière avec la SEC n’est pas définitivement tranchée. La plupart des protocoles bloquent d’ailleurs les adresses américaines. En Europe, MiCA ne couvre pas les dérivés adossés à des sous-jacents non crypto, qui restent du ressort de MiFID II. L’ESMA plafonne le levier retail à 5 pour 1 sur une action individuelle, à 20 pour 1 sur l’or ou un indice majeur, à 30 pour 1 sur les paires de devises majeures. Les DEX, eux, affichent couramment 50 à 100 fois la mise sur les paires de devises.
Le rythme d’août place ce marché au-delà de 1 400 milliards de dollars de volume annualisé, quand Hyperliquid traite à elle seule, tous perps confondus, de l’ordre de la centaine de milliards de dollars par mois. Le gisement reste entier du côté des actions et des matières premières, dont les marchés de dérivés brassent des dizaines de milliers de milliards de dollars par mois et ferment le vendredi soir.