Trump menace de suspendre le commerce avec les pays qui ne baissent pas ses taux préférés
Une arme commerciale contre un problème monétaire. Vendredi 4 septembre, sur Truth Social, Donald Trump a écrit vouloir stopper les échanges avec les pays en excédent commercial vis-à-vis des États-Unis si la Fed ne baisse pas ses taux directeurs. « BAISSEZ LE TAUX OU J’ARRÊTERAI DE COMMERCER AVEC LES PAYS AVEC LESQUELS NOUS AVONS UN DÉFICIT DÉBIT […] C’EST MIEUX QUE LES DROITS DE DOUANE ! » c’est-il exclamé. Une arme qu’il juge donc « meilleure que les tarifs ». Le Canada, une nouvelle fois, est cité en exemple.
- Donald Trump a menacé d’arrêter les échanges commerciaux avec les pays en excédent commercial, incluant le Canada, si la Fed ne baisse pas ses taux directeurs.
- Cette déclaration intervient alors que Kevin Warsh, nommé par Trump à la tête de la Fed, a maintenu une position prudente sur les taux, en dépit des pressions de la Maison-Blanche.
Un embargo commercial contre une décision qui ne dépend même pas du commerce
Trump justifie sa sortie par le rapport sur l’emploi (NFP) publié le même jour. Ce dernier, très supérieur aux attentes, a fait bondir à 58 % les probabilités d’un relèvement des taux plutôt que d’une baisse en septembre selon les marchés à terme. Et c’est bien là le problème de Donald Trump.
Toutefois, le président a beau répéter que les taux sont « trop élevés », rien dans la mécanique de la Fed ne relie directement le niveau des tarifs douaniers à la trajectoire de ses taux directeurs. Trump cherche visiblement un levier de pression qui fonctionne, peu importe s’il touche le bon rouage.
Un embargo commercial punit des entreprises et des consommateurs des deux côtés de la frontière. Il ne modifie en rien le mandat légal de la Fed, ni la lecture des chiffres d’inflation sur laquelle elle fonde ses décisions.
Kevin Warsh, le poulain qui ne joue pas le jeu
Voilà l’ironie du moment : l’homme aux commandes de la Fed depuis mai, c’est Kevin Warsh, désigné par Trump lui-même après des mois de pression pour évincer Jerome Powell.

Sauf que Warsh a expliqué aux sénateurs, lors de sa confirmation, n’avoir jamais promis de baisse de taux en échange de sa nomination. Fin août, à Jackson Hole, il a même reconnu que la Fed pourrait encore avoir « du travail » à faire contre l’inflation. C’est donc un ton nettement plus prudent que celui espéré par la Maison-Blanche. Trump lui-même a fini par concéder du bout des lèvres que Warsh « a un conseil » à gérer, un conseil qu’il qualifie au passage de « politique ».
Le Canada, cible récurrente d’une politique commerciale à géométrie variable
Dans toute cette affaire, c’est le Canada qui revient une fois de plus dans la ligne de mire du président américain. Or, le pays est déjà visé par plusieurs vagues tarifaires depuis le début du mandat. La nouveauté, cette fois, c’est le motif. C’est non plus un déséquilibre commercial classique, mais un chantage explicitement adossé à la politique monétaire américaine.
La Fed, en théorie, reste une institution indépendante des pressions de la Maison-Blanche. Sa prochaine décision sur les taux dépendra d’abord du CPI d’août, attendu vendredi 11 septembre, pas d’un ultimatum lancé sur un réseau social.
Les marchés, eux, n’ont pas attendu de trancher la question de l’indépendance de la Fed pour réagir. Bitcoin est repassé sous 80 000 $ après la publication du NFP. Un signal parmi d’autres que la confiance dans les actifs rares se construit justement dans les moments où la banque centrale semble la moins autonome, et où le locataire de la Maison-Blanche se met à confondre commerce international et politique monétaire.