Rachats de jetons : 638 millions de dollars en 2026, et Hyperliquid et Pump.fun raflent presque tout
Deux gagnants, et beaucoup de figurants. Les projets crypto ont dépensé 638 millions de dollars depuis janvier pour racheter leurs propres jetons sur le marché. C’est un record. Sauf que cette manne de la finance décentralisée ne ruisselle pas. bien au contraire. Elle prend sa source chez deux gros acteurs du secteur. En effet, Hyperliquid et Pump.fun signent à eux deux près de 90 % de la facture. Le rachat de jetons (buyback en anglais), est un vieux réflexe des singes de Wall Street. Le mécanisme d’une entreprise qui utilise ses bénéfices pour retirer ses actions de la circulation, est devenu l’argument marketing préféré des protocoles qui gagnent de l’argent. Et une promesse creuse pour ceux qui n’en gagnent pas.
- Les projets crypto ont établi un record en dépensant 638 millions de dollars pour racheter leurs propres jetons depuis janvier, avec Hyperliquid et Pump.fun à l’origine de près de 90 % de cette somme.
- Hyperliquid a utilisé un mécanisme de rachat automatisé pour convertir et détruire les jetons HYPE, augmentant ainsi significativement leur valeur, contrairement à Pump.fun dont la stratégie de rachat n’a pas réussi à restaurer la confiance des investisseurs.
Hyperliquid, la machine à racheter du HYPE qui tourne à plein régime
Le chiffre vient d’une analyse du Financial Times. Elle est bâtie sur les données de la société d’analyse on-chain Allium Labs arrêtées au 25 août. Sur la même période de 2025, les rachats atteignaient 545 millions de dollars. Et en 2024, année complète ? 366 000 dollars, sans le mot million derrière.
C’est Hyperliquid qui porte l’essentiel de cette progression. La plateforme de perpétuels décentralisée (des contrats à terme sans échéance, négociés on-chain avec effet de levier) reverse 99 % de ses frais de trading à un « fonds d’assistance ». Ce fonds convertit les frais en HYPE de façon automatisée, au niveau même de la blockchain. Puis, les jetons sont détruits et retirés définitivement de l’offre totale. Sur le seul deuxième trimestre, 169 millions de dollars de revenus ont généré 141 millions de rachats. De la mécanique, pas du marketing.
Matt Hougan, directeur des investissements de Bitwise, y voit d’ailleurs « la raison principale » de la hausse : le mécanisme « offre aux investisseurs un canal clair par lequel l’activité croissante du protocole se répercute sur la valeur du jeton ». Autrement dit, chaque trader qui paie des frais achète, sans le savoir, du HYPE pour les autres. Le jeton a même décroché une place dans l’ETF multi-actifs Nasdaq de Hashdex depuis le 1er septembre, avec une pondération de 3,4 %.
Un an de recul suffit à trancher, sans figer un prix qui bouge tous les jours : HYPE grimpe d’environ 90 % depuis septembre 2025, quand PUMP plafonne à 13 % sur la même période (CoinGecko, 4 septembre). Le protocole est identique. Les trajectoires, non.

Pump.fun, le buyback qui n’achète pas la confiance
Deuxième acheteur du classement, Pump.fun n’a pas eu la même chance. Le lanceur de memecoins sur Solana a longtemps consacré 100 % de ses revenus au rachat de PUMP. Neuf mois de collecte, puis 36 % de l’offre en circulation détruite d’un coup le 29 avril, soit 370 millions de dollars partis en fumée. Le cours n’a pas suivi.
La confiance s’était déjà écornée plus tôt dans l’année, quand l’équipe avait multiplié les virements de SOL vers Kraken, de quoi nourrir les soupçons sur l’état réel de ses réserves. Le cofondateur Alon Cohen l’a reconnu auprès de CoinDesk le jour même du burn : « il y avait un manque de confiance dans la longévité de l’entreprise ». Pump.fun a donc rabattu son programme à 50 % des revenus, l’autre moitié servant à financer le développement et les recrutements.
Il faut dire que la matière première fond. Les revenus du protocole ont atteint 971 millions de dollars en 2025, quand le rythme annualisé de 2026 tourne autour de 320 millions. Racheter la moitié d’un chiffre d’affaires en chute, ça reste une chute. Un buyback retire de l’offre, mais ne crée aucune demande. Quand les utilisateurs partent, personne n’achète ce que le protocole brûle.
Rachats de jetons : un remède qui ne soigne que les bien portants
Plus bas dans le classement, les chèques rapetissent. Sky Protocol (l’ex-MakerDAO) a racheté 26 millions de dollars de SKY et son jeton progresse d’environ 8 % sur un an. Jupiter a dépensé 14 millions de dollars en JUP, qui perd 55 %. Chainlink rachète, et LINK cède 50 %. Helium a carrément arrêté son programme en février. Lido conditionne le sien à 40 millions de dollars de revenus annualisés, pendant que LDO abandonne 71 %.
Chez Allium, le responsable de la recherche Elton Shehdula reconnaît que les rachats « peuvent créer une apparence de confiance », mais il reste « sceptique sur le fait que de telles initiatives, à elles seules, fassent monter significativement les prix ». Amir Hajian, chercheur chez Keyrock, va plus loin. « L’ère des jetons qui montent largement sur le battage est terminée. » Les investisseurs veulent des flux de trésorerie. Ceux qui en ont rachètent, ceux qui n’en ont pas font semblant.
DeFi vs TradFi
Différence de taille avec la Bourse, quand même. Une entreprise cotée qui rachète ses actions le fait dans un cadre balisé (aux États-Unis, la règle 10b-18 de la SEC plafonne les volumes quotidiens et encadre les horaires d’achat), avec publication trimestrielle des montants. Un protocole, lui, décide seul du pourcentage, de la cadence et de l’arrêt, par vote de gouvernance ou par simple message sur X. Jupiter a ainsi envisagé en janvier de stopper son programme après 70 millions de dollars dépensés en 2025, avant de le poursuivre au ralenti cette année. Aucune contrainte, aucune sanction. Le rachat de jetons reste, pour l’instant, une promesse révocable.
Sky, Hyperliquid et Pump.fun rachètent parce qu’ils encaissent d’abord, le rachat vient après. Les autres rachètent une promesse. La Fed tranche sur ses taux le 16 septembre, en plein « Rektember », ce mois que les traders redoutent chaque année. dYdX, qui consacre 25 % de ses frais nets à son programme depuis mars 2025, vit sous le même régime : un vote de gouvernance, et tout s’arrête.