France Passoire : Le gouvernement lance une unité cyber d’urgence
#FrancePassoire. Le hashtag est réapparu sur X après le piratage du fisc puis de l’Éducation nationale, et pour une fois les internautes n’ont pas franchement tort de s’agacer. Mardi soir, Sébastien Lecornu a posté un fil en cinq points pour répondre à cette vague de fuites qui touche l’État depuis le printemps. Le Premier ministre y reconnaît beaucoup. Il y promet une nouvelle unité d’urgence. Une question qu’aucun fil sur X ne résout jamais vraiment, reste toutefois en suspend. Celle des moyens qu’on se donne réellement pour tenir ce genre de promesse.
- Le hashtag #FrancePassoire a resurgi après de graves piratages touchant le fisc et l’Éducation nationale, soulignant une série d’incidents depuis le printemps.
- Sébastien Lecornu a annoncé une nouvelle unité d’urgence pour sécuriser les systèmes sensibles, tout en déplaçant le débat de la cybersécurité du financement à l’organisation.
Le service après-vente d’une crise qui dure depuis avril
« Arrêtons de découvrir la lune à chaque cyberattaque. La menace est connue : massive, organisée, hybride. États compétiteurs, réseaux criminels et hackers isolés s’entremêlent désormais, les uns soutenant parfois les autres. »
Sur le fond, Sébastien Lecornu n’a pas tort. Le pirate ZeroBytes, qui a revendiqué le vol des données de 678 000 contribuables à la DGFiP puis 346 millions de lignes à l’Éducation nationale, correspond bien à ce profil flou. Ni groupe étatique identifié, ni simple script kiddie. Mais un constat juste n’a jamais suffi à rassurer qui que ce soit, surtout un cinquième été de suite.
« C’est pourquoi j’ai lancé, dès avril, un plan d’urgence de 40 actions, fléché 200 M€ supplémentaires, et créé la première cellule interministérielle de crise cyber, que j’ai présidée lundi. (…) « Les dernières fuites nous obligent à accélérer. Je demande aujourd’hui au SGDSN de constituer sous trois jours, autour de l’ANSSI, une unité de première intervention, engagée dès la violation d’un accès sensible et présente jusqu’au rétablissement. »
La vraie nouveauté tient en une phrase. Une équipe de contact ANSSI, sur le modèle d’une brigade de pompiers numériques, mobilisable dès qu’une intrusion touche un système sensible et maintenue jusqu’au retour à la normale. Le reste, en revanche, ressemble surtout à une reformulation. Le plan des 40 actions et les 200 millions d’euros avaient déjà été annoncés fin avril depuis l’ANTS, après une fuite qui avait déjà touché 11,6 millions de données nominatives. Quatre mois, trois nouvelles fuites et un fil X plus tard, on en est encore à annoncer qu’on va s’organiser.
Une discipline qu’on promet depuis longtemps
« La cybersécurité n’est pas qu’une affaire de crédits. C’est aussi une discipline : hygiène numérique de chacun, détection précoce, commandement clair, exercices, retours d’expérience. La culture régalienne que j’ai apprise au ministère des Armées doit se propager partout dans l’Etat : planifier, tester, agir. »
C’est le passage le plus honnête du fil, et probablement le plus commode aussi. Lecornu déplace le problème du terrain budgétaire vers le terrain organisationnel, et il n’a pas complètement tort. En avril, il reconnaissait lui-même que l’État consacrait à peu près 1 % de son budget numérique au cyber, contre 10 % en moyenne dans les grandes entreprises françaises. .
L’angle mort : la loi qu’on ne transpose toujours pas
Le rendez-vous est posé pour l’automne, avec le budget 2027 comme test de sincérité. Une chose, pourtant, ne figure nulle part dans ce fil, alors qu’elle touche directement à la « discipline » que Lecornu appelle de ses vœux. La France n’a toujours pas transposé la directive européenne NIS2, censée durcir les obligations de cybersécurité de plusieurs milliers d’entités publiques et privées depuis octobre 2024.
En effet, le texte attend toujours son passage en séance à l’Assemblée nationale, et la Commission européenne a saisi la Cour de justice de l’UE le 8 juillet dernier pour ce retard, avec demande de sanctions financières à la clé. On peut difficilement se réclamer de l’urgence absolue d’une main et laisser dormir, de l’autre, le texte censé la structurer.
« Enfin, l’actualité des dernières semaines rappelle une évidence : justice, sécurité civile, guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, menaces cyber… L’État doit moins se mêler de tout pour être plus fort sur l’essentiel. (…) «Heureusement, nous n’avons pas attendu : depuis 2017, nous avons commencé le réarmement de nos fonctions régaliennes. Mais le monde se durcit plus vite encore. Le budget pour 2027 devra donc assumer un choix clair : poursuivre et amplifier cet effort, pour un État plus fort et plus puissant. »
Ce qu’une passoire administrative dit au secteur crypto
Cette accumulation de fuites dépasse largement l’embarras de communication pour les lecteurs de crypto, et elle devrait inquiéter au-delà des seuls détenteurs de bitcoin. Le fisc avait déjà été identifié comme une cible de choix pour les braqueurs de crypto, les données fiscales permettant d’estimer le patrimoine d’un contribuable avant de le cibler physiquement.
La France recense 77 crypto-rapts depuis janvier 2026, contre 45 sur l’ensemble de 2025, un rythme qui en fait le pays le plus touché au monde par les agressions visant les détenteurs de cryptomonnaies. Et c’est bien là que le bât blesse. Le même État qui n’a pas su protéger les données de 678 000 contribuables réclame, via MiCA et les futures obligations de traçabilité des wallets, toujours plus de données sur qui détient quoi. Chaque nouveau registre centralisé, chaque nouvelle base KYC, devient alors une cible potentielle de plus, sur un secteur où une fuite ne débouche pas sur un simple vol d’identité mais sur une agression physique documentée.
Comme nous l’écrivions récemment, ces crimes ne naissent pas de la blockchain, ils naissent de la donnée : une adresse, un patrimoine estimé et des habitudes de vie suffisent à transformer un détenteur de Bitcoin en cible opérationnelle. Tant que l’État n’aura pas prouvé qu’il sait garder ses propres fichiers, il aura du mal à convaincre qu’il faut lui en confier davantage.