La dette publique américaine franchit les 40 000 milliards de dollars
Chaque Américain naît désormais avec une dette publique d’environ 117 000 dollars. La progression a mis quatre ans et demi. Le franchissement, lui, s’est joué sur une seule séance. Mardi 18 août, la dette américaine a dépassé 40 050 milliards de dollars, selon les chiffres du Trésor américain. Le seuil précédent, les 30 000 milliards, ne remonte qu’à l’automne 2021. Un rythme qui donne le vertige, même aux habitués des records budgétaires américains.
- La dette américaine a atteint un seuil historique de 40 050 milliards de dollars en août, une progression vertigineuse qui s’est accélérée ces dernières années.
- Le gouvernement fédéral emprunte désormais environ 6 milliards de dollars chaque jour, dont plus de la moitié est destinée à payer les intérêts de la dette, posant un défi inquiétant pour la soutenabilité budgétaire.
La dette américaine grimpe plus vite que prévu
Il y a dix ans, la dette fédérale plafonnait à 19 400 milliards de dollars. Elle a donc plus que doublé en une décennie, selon Bloomberg. Entre l’été 2025 et cet été, le rythme s’est même accéléré : 37 000 milliards à l’été 2025, 38 000 milliards à l’automne, et maintenant 40 000. Trois paliers en un an.
Le déficit budgétaire chronique en est la cause principale, alimenté par des dépenses qui dépassent structurellement les recettes fiscales. Rapportée au PIB, la dette américaine avoisine désormais 125 %, contre un peu plus de 64 % au moment de la crise financière de 2008. Rien de nouveau sous le soleil de Washington, sauf la vitesse à laquelle les paliers s’enchaînent désormais.
Pour mettre ce chiffre en perspective, la dette américaine a mis près de 200 ans avant d’atteindre son premier trillion de dollars. Elle en ajoute aujourd’hui l’équivalent en moins de cinq mois, un changement d’échelle qui ne doit rien au hasard mais à l’accumulation de déficits successifs depuis deux décennies.

6 milliards de dollars empruntés chaque jour, la moitié rien que pour les intérêts
Le chiffre qui frappe le plus n’est pas le total, c’est le débit. Le gouvernement fédéral emprunte désormais environ 6 milliards de dollars par jour, soit près de 70 000 dollars chaque seconde. Plus de la moitié sert uniquement à payer les intérêts de la dette déjà accumulée, selon CNBC.
Le Congressional Budget Office chiffre la facture d’intérêts à un peu plus de 1 000 milliards de dollars pour 2026, contre 970 milliards l’an dernier, soit environ 2,8 milliards de dollars par jour rien que pour rembourser ce qui est déjà dû. Sur les neuf premiers mois de l’exercice budgétaire, cette facture a déjà dépassé le budget total du Pentagone, une bascule inédite dans les finances publiques américaines. Un cercle vicieux s’installe, où la dette qui grossit fait grossir les intérêts, qui forcent à emprunter davantage pour les payer.
Le plafond légal, relevé de 5 000 milliards de dollars en juillet 2025, culmine désormais à 41 104 milliards. Vu le rythme des trois derniers paliers, franchis en moins d’un an, cette marge ne tiendra pas des années. Elle pourrait même ne pas tenir jusqu’à la fin de la décennie.
Le Trésor rachète d’un côté ce qu’il émet de l’autre
Le lendemain de ce cap symbolique, coïncidence qui n’en est pas vraiment une, le Trésor américain a doublé son programme de rachat d’obligations longues, portant son plafond à 4 milliards de dollars par opération. Un geste technique pour soutenir la liquidité du marché obligataire, sauf qu’il a eu un effet immédiat ailleurs : les rendements ont chuté, l’appétit pour le risque est revenu en force.
Bitcoin en a profité le premier, bondissant de 64 000 à près de 70 000 dollars en une nuit. Le Trésor gère sa dette d’une main. Il pousse les actifs risqués de l’autre, sans forcément le vouloir.
Cette mécanique budgétaire dépasse largement le seul sort de Bitcoin. Elle façonne la politique de taux de la Fed, le coût du crédit pour les entreprises américaines, et la confiance des créanciers étrangers dans le dollar. Un cap à 40 000 milliards ne change rien du jour au lendemain. Il rappelle simplement que la trajectoire de la dette ne s’est jamais inversée depuis des années, palier après palier.