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Stablecoins : Washington et Londres coordonnent leurs règles financières 

Le 14 juillet, les Trésors américain et britannique ont publié une feuille de route commune sur les stablecoins et la tokenisation. Les deux premières places financières du monde veulent aligner leurs règles et laisser circuler ces monnaies stables entre leurs marchés. Derrière l’alignement technique, un enjeu de souveraineté monétaire : le stablecoin devient une brique de la finance mondiale, et le dollar part avec une longueur d’avance.

10 recommandations pour laisser circuler les stablecoins entre deux marchés 

Les deux gouvernements ont dévoilé 10 recommandations issues de la Transatlantic Taskforce for Markets of the Future, une structure de coopération lancée en septembre 2025 lors de la visite d’État de Donald Trump au Royaume-Uni. 5 recommandations portent sur les actifs numériques, 5 sur les marchés de capitaux classiques.

Le texte ne crée aucune règle nouvelle. Il fixe une direction commune et nomme les autorités chargées de la suivre : la Bank of England et la FCA côté britannique, la SEC et la CFTC côté américain

Ces quatre régulateurs vont chercher des approches communes sur le traitement des stablecoins et des actifs tokenisés, c’est-à-dire des actifs financiers traditionnels représentés sur une blockchain.

Le calendrier a du sens. Le GENIUS Act, la loi fédérale américaine sur les stablecoins, vient de fêter sa première année, et les régulateurs américains courent pour publier leurs règles d’application avant l’échéance du 18 juillet. L’accord transatlantique arrive au moment où la machine réglementaire passe des textes à leur mise en œuvre.

Le cœur du dispositif tient dans un objectif concret. Les deux pays veulent un cadre clair pour qu’un stablecoin émis dans une juridiction puisse accèder au marché de l’autre. 

La reconnaissance mutuelle automatique n’existe pas encore. Un stablecoin autorisé à Londres doit toujours passer les règles américaines pour opérer aux États-Unis, et inversement.

La bataille des réserves : qui récupère l’argent si l’émetteur tombe

Un stablecoin présenté comme de la monnaie devra être garanti au moins 1 pour 1 par des actifs liquides et de haute qualité. Pour chaque stablecoin en circulation, l’émetteur doit détenir en face au moins l’équivalent en réserves sûres, mobilisables immédiatement.

Le communiqué insiste sur un point que les faillites de 2022 avaient rendu brûlant. Les réserves devront être séparées des fonds propres de l’émetteur et protégées au bénéfice des détenteurs. L’argent qui garantit le stablecoin doit rester à l’écart de la trésorerie de l’entreprise qui l’émet.

Le passage le plus lourd concerne la faillite. Les deux pays veulent qu’en cas d’insolvabilité ou de liquidation d’un émetteur, le détenteur dispose d’un droit clair et protégé sur les réserves, prioritaire sur les autres créanciers. 

Détenir un stablecoin revient à détenir une créance sur son émetteur. Quand celui-ci tombe, tout se joue sur l’ordre dans lequel chacun peut récupérer son dû.

Le stablecoin entre dans la plomberie des marchés

La recommandation la plus lourde de conséquences dépasse le simple paiement. Les régulateurs vont étudier l’utilisation des stablecoins et des fonds monétaires tokenisés comme collatéral dans les chambres de compensation. Ces organismes garantissent le bon dénouement des transactions financières. Les fonds monétaires tokenisés correspondent à la version numérique de fonds investis dans la dette d’État à court terme. 

Le sujet paraît technique, sa portée ne l’est pas. Un actif accepté comme garantie dans cette tuyauterie devient un instrument de règlement au cœur des marchés.

BlackRock, Fidelity et Franklin Templeton font déjà tourner des fonds monétaires tokenisés dans les circuits institutionnels. Ce sont précisément ces produits qui pourraient servir de collatéral demain.

Un groupe piloté par le secteur privé va tester pendant un an des cas d’usage transfrontaliers de tokenisation. Les deux États veulent voir la finance tokenisée fonctionner en conditions réelles, entre leurs deux marchés, avant d’en figer les règles.

Le dollar prend une longueur d’avance

Un instrument qui entre dans la tuyauterie des marchés a besoin d’un cadre. Celui qui écrit ce cadre oriente le marché, et le marché des stablecoins parle dollar. 

À eux deux, USDC et USDT couvrent près de 84 % de la capitalisation mondiale. Un standard transatlantique taillé pour ces monnaies conforte le rôle du dollar dans la finance tokenisée qui vient.

Londres cherche à exister sur ce terrain. La Bank of England a assoupli ses règles en juin 2026 pour rendre le pays attractif à l’émission de stablecoins en livres : plafond de détention par particulier supprimé, part de dette d’État en réserve relevée, plafond d’émission fixé à 40 milliards de livres par stablecoin systémique. Lancement visé pour 2027. 

Le pari reste immense. Les stablecoins en livres ne pèsent aujourd’hui à peine 0,5 % du marché mondial.

Ces rails sont déjà ouverts aux particuliers

Les États dessinent un marché d’avenir pour leurs banques et leurs institutions, avec des années de chantier devant eux. 

Les rails fonctionnent déjà. Les mêmes stablecoins qui font l’objet de ce traité peuvent être utilisés sur des protocoles DeFi ouverts à tous, pour faire travailler son capital. 

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