Bybit attaque en justice la Corée du Nord et Lazarus Group pour le hack à 1,5 milliard $
Une justice trop longtemps différée est une justice refusée. Dix-huit mois pour se décider, mais l’assignation est bel et bien partie. En effet, Bybit a déposé une plainte civile devant le tribunal fédéral du district de Columbia, à Washington. Elle vise la République populaire démocratique de Corée, son bureau de reconnaissance générale (RGB, l’agence de renseignement militaire nord-coréenne) et le Lazarus Group. La deuxième plateforme d’échange mondiale s’attaque ainsi de front aux auteurs présumés du plus gros vol de cryptomonnaies de l’histoire.
- Bybit a déposé une plainte civile contre la Corée du Nord, visant le vol de cryptomonnaies le plus retentissant de l’histoire, évalué à 1,5 milliard de dollars.
- L’injonction fédérale obtenue par Bybit a permis de geler les avoirs volés, ouvrant ainsi un nouveau front juridique contre les intermédiaires anonymes impliqués.
Le piratage de Bybit à 1,5 milliard de dollars, rejoué à l’envers
Retour au 21 février 2025. Ce jour-là, plus de 400 000 ETH et stETH s’évaporent des réserves froides de Bybit, soit environ 1,5 milliard de dollars. La faille ne vient pas d’un smart contract mal audité, mais d’un ordinateur compromis chez Safe{Wallet}, le fournisseur du logiciel multisig utilisé par l’exchange pour sécuriser ses fonds. Ce type de portefeuille exige la signature de plusieurs détenteurs de clés pour chaque virement.
Les pirates ont piégé l’interface affichée aux signataires. À l’écran, l’adresse et l’URL semblaient parfaitement légitimes, mais le message à signer modifiait en réalité la logique même du contrat intelligent du portefeuille froid. Chaque signataire croyait valider une opération de routine : il autorisait en fait le transfert du contrôle du wallet aux pirates.
La plainte, elle, ouvre un tout autre front. Bybit y a obtenu une injonction préliminaire d’un juge fédéral. Elle interdit à un groupe de défendeurs anonymes, désignés sous le nom de John Doe, de transférer ou de vendre les avoirs volés identifiés tant que la procédure suit son cours. « L’ordonnance vise à préserver les actifs numériques volés identifiés pendant que le litige se poursuit », a précisé Bybit dans son communiqué, cité par CoinDesk.
Ben Zhou, cofondateur et directeur général de Bybit, a résumé l’enjeu sans détours : « Notre priorité n’a jamais changé : protéger nos utilisateurs en premier lieu, récupérer ce que nous pouvons, et faire en sorte que les responsables de ces attaques rendent des comptes. »

Corée du Nord et Lazarus Group : la vraie cible, ce sont les avoirs volés
Poursuivre Pyongyang au civil relève d’abord du symbole. Un jugement contre un État qui ne reconnaît même pas la compétence du tribunal ne se fera jamais exécuter à coups d’huissier. Mais l’intérêt pratique se trouve ailleurs : dans le gel des avoirs des John Doe, ces intermédiaires anonymes qui détiennent encore des fonds tracés on-chain.
Contrairement à Pyongyang, ces portefeuilles-là sont bel et bien saisissables, et une injonction fédérale donne à Bybit un levier juridique que la traque blockchain seule ne fournit pas. La Corée du Nord a raflé 2,02 milliards de dollars de cryptoactifs en 2025, dont l’essentiel provient du seul piratage de Bybit, selon les données de Chainalysis citées par CoinDesk. Au total, la facture cumulée grimpe à 6,75 milliards de dollars de cryptoactifs dérobés, une manne largement réinvestie dans le programme d’armement du régime.
Bybit a pris soin de préciser que cette action civile avance sur une voie distincte des enquêtes pénales en cours menées par la justice américaine. Une façon de multiplier les fronts sans attendre qu’un procureur fédéral obtienne, un jour, une mise en accusation contre des agents qu’aucun mandat d’arrêt ne fera sortir de Pyongyang. L’exchange promet déjà de solliciter des mesures supplémentaires auprès du tribunal.
Le procédé pourrait bien faire école. Face à des groupes de hackers d’État qu’aucune extradition ne viendra jamais chercher, les tribunaux civils offrent une arme que la voie pénale n’a jamais sue manier : figer l’argent avant qu’il ne change encore de main. Après des mois passés à documenter comment le FBI traque les fonds volés sans endiguer le blanchiment, Bybit change de terrain de jeu. D’autres victimes de Lazarus, de Drift à KelpDAO, disposent désormais d’un précédent concret à invoquer devant un juge fédéral plutôt que d’attendre une coopération pénale internationale que Pyongyang n’accordera jamais.