Iran, détroit d’Ormuz, pétrole et Bitcoin : Des accords en « grande partie négociés » d’après Donald Trump
En géopolitique comme en crypto, ce qui n’est pas signé ne compte pas. Vous avez raté la journée. Voici l’essentiel : Donald Trump a claironné que l’accord avec l’Iran était « en grande partie négocié ». Le Brent a aussitôt dévissé de plus de 5 %, retrouvant des terres sous les 100 dollars. Le Bitcoin, lui, s’est accroché avec une certaine dignité autour des 77 000 dollars. Et pourtant, rien n’est vraiment réglé.
Entre optimisme trumpien et réalité géopolitique brutale, cette journée du 23 mai ressemble furieusement à un tournant historique… ou à un énième faux départ dans le long feuilleton iranien. Décryptage d’une annonce qui fait trembler les marchés tout en laissant le Moyen-Orient sur le fil du rasoir.
Le poker menteur de Donald Trump
Samedi 23 mai 2026, Donald Trump a lâché une bombe sur Truth Social : un accord de paix avec l’Iran a été « en grande partie négocié », avec seulement quelques détails techniques à finaliser. Selon lui, le texte inclurait notamment la réouverture du détroit d’Ormuz, le déblocage partiel des avoirs iraniens gelés à l’étranger, et l’ouverture d’une période de négociations de deux mois sur le programme nucléaire de Téhéran.
Moins de 24 heures plus tard, le ton a changé du tout au tout. Dimanche 24 mai, le même Trump a publiquement demandé à ses négociateurs de « ne pas se précipiter », tempérant l’euphorie qu’il avait lui-même provoquée la veille.
Dans la foulée, son secrétaire d’État Marco Rubio, en visite à New Delhi, a entretenu le suspense en déclarant qu’une annonce pourrait intervenir « dans les prochaines heures ». La journée de dimanche s’est achevée sans la moindre nouvelle.
Côté iranien, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmail Baghaei, a joué la carte de la prudence. Il a reconnu que « les divergences se réduisent », mais a immédiatement rappelé que Téhéran restait méfiant après avoir été frappé à deux reprises par les États-Unis et Israël pendant des phases de négociations.
Et, aujourd’hui …
Le coup de bluff de Donald Trump
… Rebelotte ! Donald Trump est revenu à la charge avec un nouveau message, toujours dans ce mélange si caractéristique d’optimisme et de menace à peine voilée.
« Les négociations avec la République islamique d’Iran progressent très bien ! Ce sera soit un accord exceptionnel pour tous, soit pas d’accord du tout — retour au front et aux hostilités, mais de manière plus massive et plus forte que jamais — et personne ne souhaite cela !
Lors de mes discussions de samedi (…) j’ai déclaré que, après tout le travail accompli par les États-Unis pour tenter de rassembler ce puzzle très complexe, il devrait être obligatoire que tous ces pays, au minimum et simultanément, adhèrent aux accords d’Abraham.
Les pays concernés sont l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis (déjà membres !), le Qatar, le Pakistan, la Turquie, l’Égypte, la Jordanie et Bahreïn (déjà membre !). (…)
Les accords d’Abraham ont prouvé qu’ils étaient, pour les pays impliqués (les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc, le Soudan et le Kazakhstan), un véritable BOOM financier, économique et social, même en cette période de conflit et de guerre, les membres actuels n’ayant jamais suggéré de partir, ni même de faire la moindre pause. La raison en est que les accords d’Abraham ont été formidables pour eux, qu’ils seront encore meilleurs pour tout le monde, et qu’ils apporteront une véritable puissance, de la force et de la paix au Moyen-Orient pour la première fois en 5 000 ans. Ce sera un document respecté comme aucun autre document signé nulle part ailleurs dans le monde. Son niveau d’importance et de prestige sera sans précédent ! Cela devrait commencer par la signature immédiate de l’Arabie saoudite et du Qatar, et tous les autres devraient suivre le mouvement. S’ils ne le font pas, ils ne devraient pas faire partie de cet accord car cela témoignerait de mauvaises intentions.
En discutant avec plusieurs des grands dirigeants mentionnés ci-dessus, ils seraient honorés, dès la signature de notre document, de voir la République islamique d’Iran rejoindre les accords d’Abraham. (…)
Par conséquent, je demande obligatoirement que tous les pays signent immédiatement les accords d’Abraham, et si l’Iran signe son accord avec moi, en tant que président des États-Unis d’Amérique, ce serait un honneur de les voir également faire partie de cette coalition mondiale sans précédent. Le Moyen-Orient serait uni, puissant et économiquement fort, comme peut-être aucune autre région au monde !
Par copie de ce message sur TRUTH, je demande à nos représentants de commencer, et de mener à bien, le processus d’intégration de ces pays dans les accords d’Abraham, déjà historiques. Merci pour votre attention sur ce sujet !
DONALD J. TRUMP PRÉSIDENT DES ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE »

Le détroit d’Ormuz : pourquoi ce point sur la carte change tout
Pour ceux qui n’ont pas suivi depuis le début, un rappel s’impose. Le détroit d’Ormuz n’est pas un simple passage maritime : c’est l’artère vitale du pétrole mondial. Près de 21 % de l’offre globale y transite chaque jour. Quand il se ferme, ou même quand il menace de le faire, les prix s’emballent immédiatement.
Retour en avril 2026. Après l’échec d’un premier cycle de négociations, Donald Trump avait ordonné un blocus naval renforcé du détroit. Réaction immédiate des marchés : le WTI avait bondi de 8 % jusqu’à 104 dollars le baril, tandis que le Brent grimpait de 7 % à 101 dollars. Un choc classique, brutal, et prévisible.
Aujourd’hui, lundi 25 mai, c’est l’effet inverse qui joue. Sur les déclarations optimistes de Trump, le WTI a plongé de plus de 5 % pour retomber autour de 91 dollars. Le Brent suit le mouvement. Les marchés asiatiques ont réagi positivement, et le sentiment général s’améliore nettement.
Attention cependant : rien n’est encore signé. Les traders ne célèbrent pas un accord concret, ils parient simplement sur sa probabilité. C’est le marché qui fait la météo, pas les diplomates. Et dans ce poker géopolitique, les anticipations valent souvent plus cher qu’une signature.
Bitcoin à 77 000 $ : entre soulagement et fragilité
Le Bitcoin se négocie ce lundi près de 77 200 dollars, restant au-dessus de sa moyenne mobile sur 50 jours à 76 940 dollars. La baisse de 5 % du pétrole liée aux espoirs de réouverture du détroit d’Ormuz a stimulé les marchés boursiers asiatiques et soutenu le sentiment autour des cryptomonnaies.
C’est bien. Mais il y a un mais. Les ETF Bitcoin ont enregistré 2 milliards de dollars de sorties nettes en deux semaines. Les institutionnels ne sont pas en train d’acheter le creux, ils allègent. Le rebond d’aujourd’hui est davantage un effet de soulagement géopolitique qu’un signal d’accumulation structurelle.
Ce que ça veut dire concrètement : si l’accord tient et qu’Ormuz rouvre, le BTC a de l’air. Si les négociations s’effondrent cette semaine, on reteste les 75 000 dollars, et probablement plus bas.
Ce que Polymarket dit que les diplomates ne disent pas
Un chiffre mérite d’être rappelé dans ce contexte. Les traders de Polymarket ont engagé plus de 170 millions de dollars sur la probabilité d’un accord de paix permanent entre les États-Unis et l’Iran avant fin 2026, avec une probabilité estimée à 91 %.
Les marchés prédictifs ont souvent eu une longueur d’avance sur les chancelleries dans ce dossier. Ils donnent tort aux pessimistes. Reste à voir si la réalité diplomatique les rejoindra.
Depuis trois mois, la même mécanique se répète : Trump tweete, les marchés sautent. Trump tempère, les marchés corrigent. On attendait un accord ce week-end. On a eu une « grande partie négociée » et un conseil de ne pas se précipiter. Sur les marchés, ne pas se précipiter a un nom : l’incertitude. Et l’incertitude, en ce moment, a un prix : 77 000 dollars le Bitcoin.