De l’horrible danger de Bitcoin – L’arnaque du siècle ou l’arche de Noé ?

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Un grand merci à Ambre Isturitz et Mario Rathouis pour leurs relectures !

L’héliocentrisme, source.

L’esprit de l’homme est occupé par des biais cognitifs, qui proviennent de diverses expériences personnelles, de notre passé, des personnes qui nous entourent, de notre éducation, des médias, des publicités et même de notre inconscient, encore aujourd’hui peu compris. Nos biais font de nous des êtres uniques dotés de particularités. Ensemble, ces biais nous représentent chacun dans notre individualité la plus simple et complexe à la fois. Ces biais, que nous regroupons parfois sous l’ombrelle de l’ego, forment nos opinions, notre manière de penser et de voir le monde. 

Étant jeune, les biais cognitifs sont peu présents, ou moins marquants dans leur influence sur le quotidien. Un enfant est souvent qualifié « d’éponge à savoir », car il déborde de curiosité et d’amour. Au fil du temps, au passage à l’âge adulte, les nombreuses expériences qui ont formé sa jeunesse l’aident à appréhender le monde qui l’entoure, mais referme aussi sa curiosité naïve. Un adulte possède donc bien plus de bagages psychologiques et cognitifs que lorsqu’il était enfant.

Obscurantisme fiat

Les biais, alors qu’ils forment une partie importante de la personnalité d’un individu, peuvent aussi nous empêcher de voir la réalité comme elle s’exprime objectivement. Un récit peut en effet aller à l’encontre de la vérité objective et irréfutable. Une certaine expérience dans le passé pourrait nous amener à croire qu’elle va continuer à se répéter dans le futur. Cette erreur qui consiste à raisonner par analogie, ou croire que les choses changent peu, voire jamais, nous fige dans une vision statique du monde, obsolète, parfois complètement fausse.

C’est à Copernic qui est attribuée la découverte de l’héliocentrisme, une théorie physique qui s’oppose au géocentrisme en plaçant le soleil (plutôt que la Terre) au centre de l’univers. L’Antiquité grecque en avait déjà eu l’intuition, alors que l’Église du Moyen âge prêchait l’opposé, en supportant le géocentrisme de penseurs respectés comme Aristote, qui plaçaient  la Terre immobile au centre de l’univers. Malgré des avancées dans le domaine astronomique au court du Moyen âge, il faut attendre le XVIème siècle pour que la théorie de l’héliocentrisme soit érigée en système par le médecin et astronome polonais Nicolas Copernic. 

Le parallèle semble aujourd’hui évident quant à l’existence de Bitcoin comme nouveau système monétaire natif à internet qui, comme la gravité ou le système solaire, existe de manière indubitable. Bitcoin n’est simplement pas encore vu et compris de tous comme tel. Le dogme étatique des monnaies fiduciaires et l’illusion d’une stabilité des prix rendue possible par les banques centrales est encore d’actualité. De toute évidence, l’État est dans une position homologue à celle de l’Église au Moyen âge, prônant une vision, non seulement obsolète, mais fausse du monde. La monnaie n’a pas besoin d’un gouvernement pour avoir de la valeur. Cependant, cela va à l’encontre des intérêts de cette institution en décadence. L’attitude obscurantiste des banques centrales, en opposition à la diffusion du savoir sur la monnaie, est une relique tyrannique du féodalisme, soutenue par des médias généralistes peu investigateurs, souvent financés par des fonds publics. À  la tête de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, mentionne que « nous devrions être plus heureux d’avoir un emploi plutôt que nos épargnes soient protégées ».

  • Comment se fait-il que Bitcoin soit encore tant marginalisé et si peu discuté dans un contexte pourtant favorable au débat économique et monétaire ?
  • Est-il vraiment étudié de manière honnête ?
  • Pourquoi si peu de personnes de l’ordre public en débattent, même après douze années sans dysfonctionnement ?
  • Qu’est-ce qui empêche ces individus d’appréhender le sujet ?
  • Pouvons-nous parler d’ignorance ou de gêne ?

Une gêne psychologique

Bitcoin met mal à l’aise. Plus qu’une nouvelle technologie intrigante, bitcoin est un changement profondément personnel, qui remet en cause un outil utilisé de tous quotidiennement et monopolisé par l’État et son gouvernement depuis des décennies : la monnaie. Il va de soi qu’une transformation radicale de la société est en route, mais Bitcoin est avant tout un outil de remise en question individuelle. Bitcoin est intime et questionne le statu quo, ce qui dérange.

Johannes Gutenberg a permis à bon nombre de bougres de sortir de l’obscurantisme religieux grâce à la presse mécanique en 1440. Les méthodes coercitives de l’inquisition, mises en place en France au XVIIIème siècle empêchaient la diffusion d’opinions différentes et nouvelles. Quelques années plus tard, le régime féodal perdait son monopole sur le savoir. Période de grands changements culturels, l’Église a mis en place d’autres mesures pour chasser les idées nouvelles et dérangeantes, en allant jusqu’à poursuivre les penseurs libres de l’époque qui remettaient en question l’ordre théologique.   

Le catharisme, source.

En 2009, Satoshi Nakamoto apporte un changement tout aussi radical et inouï, celui d’ôter le contrôle et le monopole de l’État sur la monnaie. L’État, en tant qu’institution dominante du XXème siècle, est remis en cause. C’est tout un système de pensée qui est pointé du doigt par les propriétés cryptographiques d’un protocole natif à internet. Les peuples de pays de l’ouest, encore relativement stables politiquement, malgré les récents débordements dont nous avons tous conscience, sont attachés à l’État et à l’idée selon laquelle cette institution est bienveillante dans son hégémonie. Il est donc difficile de remettre en question un tel paradigme, comme celui de la monnaie, car la plupart d’entre nous manquent cruellement de recul sur la situation actuelle et son fonctionnement intrinsèque.

  • Et si la monnaie n’était pas une « illusion collective » et ne possédait pas une valeur artificiellement décrétée par l’État, mais était effectivement un outil pragmatique pour épargner et échanger ?
  • Et si le contrôle de l’État sur la monnaie était surtout une anomalie historique dans l’Histoire de l’humanité ?
  • Alors que faire ? Bitcoin n’est aujourd’hui pas reconnu comme monnaie courante, par manque de confiance pour être adopté.

Un espoir voué à l’échec?

Bien que les gouvernements détruisent le pouvoir d’achat des monnaies fiduciaires en abusant de leur monopole sur la production monétaire, il semble que l’émergence d’un système parallèle est, non seulement peu probable, mais utopique : une idée clairement vouée à un échec cuisant. Prenons l’exemple utilisé plusieurs fois dans ce texte : Bitcoin, un protocole open source publié sur internet le 31 octobre 2008 et qui a été rendu opérationnel quelques semaines plus tard, le 3 janvier 2009, en pleine crise des subprimes. 

Bitcoin est un système monétaire développé sur internet. Il apparaît comme une idée plutôt instable, dangereuse et mauvaise pour le peuple. En effet, Bitcoin est sûrement voué à échouer lamentablement, et il est important de clarifier quelques points pour dépeindre l’absurdité de son existence après 12 années de fonctionnement. 

  1. Bitcoin est une pyramide Ponzi, la plus grosse bulle spéculative d’Internet.
  2. Bitcoin est un outil pour les criminels, le financement du terrorisme et le blanchiment d’argent.
  3. Bitcoin c’est du vent. Cela n’est basé sur rien et n’a pas de valeur réelle.
  4. Bitcoin est trop volatile et personne ne l’utilise comme monnaie.
  5. Bitcoin va se faire bannir par les États et n’a aucune chance de survie à long terme.
  6. Bitcoin est obsolète et va se faire détrôner par d’autres cryptomonnaies.
  7. Bitcoin pollue énormément de manière inutile et contribue au réchauffement climatique.
  8. Bitcoin est limité dans son offre (21 millions maximum) et ne peut donc fonctionner comme monnaie pour 7,5 milliards de personnes sur terre.
  9. Bitcoin est trop compliqué. Il ne peut donc y avoir d’adoption de masse.
  10. Bitcoin est trop lent et trop coûteux par rapport à d’autres systèmes de paiement, comme Visa, MasterCard ou PayPal.
  11. Bitcoin est contrôlé par les banques et les gouvernements. C’est un coup de la CIA ou du parti communiste chinois.
  12. Bitcoin est en proie à des développeurs qui peuvent détruire son réseau informatique et pirater les avoirs des propriétaires.
  13. Bitcoin peut se faire débrancher d’internet, ou se faire pirater avec des ordinateurs quantiques d’une puissance inouïe.
  14. Bitcoin est une invention extra-terrestre pour éradiquer les sociétés humaines modernes, en contrôlant le système économique (à plonger dans le délire, allons-y franchement !).     
Voltaire et la philosophie de Newton, source.

Il peut paraître ambitieux de vouloir réaliser une satire autour de Bitcoin avec pour inspiration le pamphlet du grand Voltaire, De l’horrible danger de la lecture, publié en 1765, alors que l’obscurantisme étatique dominait les esprits. Mais le rejet de la lecture par le dogme religieux a finalement été rompu pour laisser place à la distribution planétaire de savoir encyclopédique libre à tous. Le féodalisme s’est éteint, diminuant considérablement l’influence de l’Église.

Qu’en est-il de Bitcoin face à la monnaie contrôlée par l’État et les banques centrales ? En est-il de même ? Comment la transition pourrait-elle opérer, s’il est admis qu’elle est en marche ?

Les penseurs libres du siècle des Lumières ont déclenché une Renaissance intellectuelle et culturelle extraordinaire. Allons-nous assister à un mouvement aussi marquant à l’essor du bitcoin en tant que monnaie de réserve globalement acceptée ? Comment est-ce que l’ordre social en place évolue s’il est admis que ce changement œuvre en ce moment sous nos yeux ?

Thibaud Maréchal

Auteur

Thibaud est Vice-Président de Knox, un fournisseur de garde Bitcoin avec assurance sur les avoirs des clients, financé par Fidelity au Canada. Avant de se lancer dans Bitcoin à plein temps en 2018, il a dirigé les services de portefeuille chez Real Ventures, une société de capital-risque de 330 millions de dollars au Canada, et a géré leur programme national de cohorte. Thibaud est diplômé de l'Université de McGill en systèmes d'information et a fait un court passage au MIT dans leur programme d’accélérateur.

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