“AVAX Leak” : ce qu’on sait du nouveau scandale qui secoue l’industrie crypto

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Un article fait bruisser ces dernières heures les réseaux sociaux, portant avec lui une vague d’inquiétude et de fébrilité, sur fonds de marché crypto rouge vif. Cet article expose, en effet, des vidéos présentées comme contenant des éléments très compromettants pour le projet AVAX, et plus particulièrement l’entité commerciale Ava Labs. On fait le point sur ce dossier explosif en tentant de trier les faits des allégations, et de ce qui pourrait relever de la stricte manipulation sur fonds de guerre économique entre géants crypto.

Ce qu’on sait sur les révélations concernant AVAX et l’avocat d’affaires Kyle Roche

Emanant d’un site à la création récente (juin dernier, 3 articles en ligne), spécialisé selon ses propres termes dans la « défense de la communauté crypto honnête », un article expose une série de courtes vidéos.

Ces enregistrements ont été de toute évidence capturés sans le consentement de celui dont les propos sont repris. L’intéressé se prénomme Kyle Roche, il est avocat d’affaires et co-fondateur du cabinet Roche Freedman LLP. Sur son profil Linkedin, le cabinet se présente comme :

« (…) spécialisé dans la résolution de litiges juridiques complexes et à fort enjeu. Dans l’environnement mondial actuel, dynamique et au rythme effréné, les particuliers et les entreprises ont besoin de conseillers juridiques innovants et compétents en matière de technologie pour les aider à résoudre les litiges commerciaux à fort enjeu. RF combine une marque unique de pensée créative et d’expertise technique avec un plaidoyer agressif bien équilibré pour obtenir des résultats impressionnants dans des affaires complexes, de grande valeur et de class action. »

Présentation du cabinet Roche Freedman

Flex, mensonges et vidéo

L’article présente une trentaine de courts extraits vidéos. Chacun de ces extraits étant assorti d’un verbatim du rédacteur lui permettant d’exposer ce qui est présenté comme constituant des révélations et les remettre en contexte.

Extrait de la vidéo incriminant Ava labs
Kyle Roche, en pleine (class) action

La plupart de ces vidéos semblent capturées dans un environnement d’affaires standard, type salle de réunion. Certaines ont été captées dans un restaurant. De par leur qualité, il apparait de toute évidence que ces vidéos n’ont pas été réalisées avec l’assentiment préalable de Kyle Roche. Une hypothèse d’autant plus vraisemblable que le jeune homme, avocat d’affaires de son état, y expose avec forces détails et anecdotes les relations d’affaires existant (ou ayant existé) entre lui, et le projet crypto Avalanche (AVAX).

Avalanche constitue le sujet principal de l’intégralité de ces vidéos. En raison du montage et de la post-production des contenus, il est en revanche impossible de savoir si l’ensemble de ce qui correspond à 2 entretiens distincts a exclusivement porté sur ce sujet.

Ce qu’on voit sur les vidéos

Celui qui est présenté comme l’avocat Kyle Roche converse librement face caméra avec un interlocuteur non identifié et dont la voix est modifiée. Le jeune avocat semble parfaitement confiant et se livre sans filtre à son interlocuteur.

Le visionnage de l’ensemble du matériel permet de déduire assez simplement que Roche pense s’adresser à un interlocuteur néophyte sur le sujet crypto.

Il prend, en effet, le temps de souligner que la « crypto est un sujet important en Turquie » ou encore d’expliquer qui est Craig Wright, qu’il présente comme le supposé inventeur de Bitcoin (s’attirant pour l’anecdote un étonnant autant que soudain « He’s a brilliant man » de la part de son interlocuteur caché).

A ce stade, on peut ainsi raisonnablement supposer que Kyle Roche n’est pas conscient d’être enregistré, et qu’il est convaincu d’échanger avec un non-professionnel du secteur. Par ailleurs, Roche (qui se présente lui-même comme un grand connaisseur de l’industrie) évoquera le Bitcoin Satoshi Vision (BSV) token créé par Wright, comme un « Coin, Top 5 ». Une information absolument erronée, ledit token évoluant en réalité aux alentours de la cinquantième place du marketcap.

Les “révélations” de Kyle Roche

Sans qu’on comprenne clairement pourquoi il livre autant d’informations sensibles, voire stratégiques sur la société Ava Labs dont il se présente comme représentant légal – et même partenaire d’affaires et détenteur de tokens AVAX depuis des années – Kyle Roche livre une série d’éléments sur les pratiques judiciaires et tactiques d’Ava Labs :

  • Lui et son cabinet seraient liés par un pacte avec Ava Labs, pacte d’une valeur « de plusieurs centaines de millions de dollars » en tokens AVAX et « en actions Ava Labs » ;
  • Ce pacte aurait vocation à poursuivre des « objectifs cachés » ;
  • Parmi ces objectifs cachés, utiliser tous les moyens à disposition dans l’arsenal judiciaire américain pour nuire aux concurrents, parmi lesquels : Solana (Alameda), Binance… ;
  • Multiplier les procédures (civil, class actions…) pour épuiser les concurrents dans leurs manœuvres de défense ;
  • Attirer ce faisant l’attention de la SEC et la CFTC (les gendarmes financiers américains), afin de les dissuader de s’intéresser à Avalanche ;
  • Poursuivre des actions de « vendetta » pilotées par Emin Gün Sirer, CEO d’Ava labs, à l’encontre de certaines personnalités crypto.

On soulignera au passage que Kyle Roche est présenté dans l’article comme « le propre avocat d’Emin Gün Sirer » qu’il mentionne sous son surnom « Goon » insistant – parfois lourdement – sur l’affection et l’estime qui selon lui les unit.

  • Kyle Roche affirme avoir été la toute première personne à recevoir des actions d’Ava Labs après le célèbre investisseur Andreessen Horowitz
  • Roche affirme posséder à lui seul 1 % des $AVAX en circulation et des actions Ava Labs
  • Ce montant correspondrait à environ un tiers de ce que possède Kevin Sekniqi, qui est le cofondateur et l’actuel COO (Chief Operating Officer) d’Ava Labs.
  • Kyle Roche et Kevin Sekniqi partageraient des locaux communs à Miami « pour des raisons d’optimisation fiscale »

Outre être chargé de poursuivre les concurrents d’Ava Labs (« ce qui est de nature à faire augmenter la valeur des AVAX »), Kyle Roche estime qu’il a appris une nouvelle façon d’être avocat en poursuivant « la moitié des acteurs du secteur ». Au final, un accès légal à des informations potentiellement précieuses.

« Aux États-Unis, lorsque vous poursuivez un individu ou une entreprise, vous pouvez exiger l’accès à ses comptes confidentiels, à ses données commerciales, à ses courriels et à ses communications sur les médias sociaux, et plus encore, en utilisant un processus juridique spécial appelé « découverte ». Cela permet d’explorer l’intérieur de chaque entreprise crypto ».

La nature même des procédures litigieuses américaines, et notamment le protected speech (« protection du discours») permettent de monter des dossiers sous forme de class actions, dans le cadre desquels il est possible de formuler des allégations, potentiellement graves, sur des acteurs visés par la procédure.

Sur le principe du « calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose », des projets innocents peuvent ainsi se retrouver empêtrés dans des procédures sans fin et voir leur réputation entachée. Des mécaniques que l’avocat d’affaires indique avoir déployées pour le compte de ses nombreux clients, parmi lesquels Ava Labs. L’éternel débat/accusation sur le statut juridique securities/commodities permettant de jeter n’importe quel crypto dans les griffes suspicieuses de la SEC, semble faire partie de l’arsenal classique en la matière.

Enfin, Kyle Roche explique que le CEO D’Ava Labs a sollicité ses services pour cibler des personnalités crypto avec lesquelles il est en conflit. Ces procédures qualifiées de « vendettas personnelles » laisse apparaitre en creux le soupçon de l’utilisation de ressources d’entreprises (en l’espèce Ava Labs) dans le cadre de conflits personnels ou d’égo. L’assertion est assortie d’une anecdote : un acteur crypto turc avec lequel Emin Gün Sirer aurait été en conflit, se serait vu signifier un refus de visa à son arrivée sur le territoire américain, grâce à l’intervention de Kyle Roche. De manière moins anecdotique, Roche aurait été missionné pour attaquer Craig Wright. Ces attaques auraient supposément causé « des milliards de dollars de pertes pour les investisseurs dans le BSV ».

Pourquoi il faut rester méfiant

Tel que notamment relevé dans ce thread Twitter, le média à l’origine de ce leak semble proche d’autres projets de l’industrie crypto, et plus particulièrement Internet Computer (ICP), un projet connu pour diverses controverses (ce qui, on en conviendra cependant, est le cas de la plupart des projets de l’industrie et ce qui en l’espèce ne prouve ou réfute pas grand-chose).

Quoi qu’il en soit, la communauté ICP a été incitée à retweeter en masse les « révélations » de Kyle Roche, l’avocat un peu trop bavard.

Par ailleurs, l’article a été rapidement repris et diffusé par des sites Internet aux relents conspirationnistes, tel que celui-ci dessous, spécialisé dans la « médecine vibratoire et magnétique ». Un site qui incite d’ailleurs à aller acheter… du Bitcoin Satoshi Vision.

Sur la forme de l’article même et sa sémantique, difficile de ne pas noter une dramatisation délibérée du propos. Le texte commence ainsi par expliquer que ce dossier est de nature à faire trembler le système judiciaire US sur ses fondations. Spoiler : probablement pas.

« Nous pouvons révéler que depuis plusieurs années, ils opèrent selon un pacte secret extraordinaire qui nuit à l’industrie de la crypto, et dont la nature est si perverse qu’elle porte atteinte à l’intégrité du système juridique américain. »

La terminologie choisie (« Pacte diabolique », « perversion »…), ne laisse pas non plus indifférente pour quiconque est habitué au travail d’investigation en la matière, supposé empreint de prudence et de pondération.

Un peu plus loin dans l’article, un passage retient l’attention. En effet, à l’appui de sa thèse de fonds, l’auteur de l’investigation cite une étude de psychologie qui démontrerait que « parmi les professionnels, les avocats comptent la deuxième plus grande proportion de psychopathes, en raison des possibilités que cette carrière leur offre de poursuivre leurs prédilections. » Un « argument » pour le moins étonnant qui semble n’être mentionné en passant que pour assombrir un peu plus encore la teneur des « révélations » exposées.

Les réactions officielles d’Avalanche

L’équipe Ava Labs a commencé à réagir, notamment par la voix de Olta Andoni, en charge du conseil légal pour le projet, qui mentionne l’équipe juridique (dans laquelle Kyle Roche n’apparait pas). Quant à Emin Gün Sirer, il évoque ce matin une « théorie du complot absurde et ridicule ».

Dans l’hypothèse où l’ensemble de ces informations soient corroborées, chacun jugera de leur teneur potentiellement illégale, subversive ou même simplement non éthique. Certains estimeront ainsi ces agissements intolérables, là où d’autres n’y verront que les coulisses somme toute classiques, des relations et confits d’affaires. Des théâtres d’affrontement sanglants où tous les coups semblent parfois permis, sans que la chose soit propre à l’industrie crypto ou à l’entreprise AVA Labs en particulier.

Mise à jour du 29 à 18h00 : Kyle Roche a publié un droit de réponse, livrant sa version des événements et dénonçant une décontextualisation de ses propos.

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Ex-rédacteur en chef du Journal du Coin j'apporte ma petite pierre à l'édifice financier global qui émerge sous nos yeux. Les insultes, scoops, propositions de sujets, demandes en mariage et autres corbeilles de fruits sont à livrer sur mes différents comptes sociaux. Vous pouvez également venir discuter sur le groupe FB associé à l'initiative Tahiti Cryptomonnaies

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