Crypto contre cash : 3 comptoirs clandestins perquisitionnés à Londres
Descente dans le Londres du cash contre crypto. La Financial Conduct Authority, le gendarme financier britannique, a perquisitionné trois sites de trading peer-to-peer qui opéraient sans enregistrement dans la capitale. Ces boutiques échangeaient au comptoir des espèces contre des bitcoins ou des stablecoins sans la moindre vérification d’identité.
Jusqu’à présent, la FCA se contentait surtout d’avertissements publics et d’une liste noire d’entreprises non enregistrées. Ses agents se déplacent désormais dans les arrière-boutiques, accompagnés de la police.
Points clés
- La FCA a perquisitionné trois sites de trading peer-to-peer crypto non enregistrés à Londres, d’après CoinDesk
- Exercer une activité d’échange crypto sans enregistrement expose à deux ans de prison et à une amende sans plafond
- À peine une cinquantaine d’entreprises figurent au registre crypto de la FCA, pour environ 14 % de dossiers acceptés
- Le régime d’agrément complet, intégré au Financial Services and Markets Act, se déploie cette année
La FCA passe de l’avertissement à la perquisition dans le P2P londonien
Le trading peer-to-peer désigne l’échange direct entre deux parties, sans plateforme centralisée pour tenir le carnet d’ordres. La version visée à Londres tient du commerce de proximité : une vitrine, un groupe Telegram ou WhatsApp, une liasse déposée sur le comptoir et des cryptos créditées sur un wallet quelques minutes plus tard.
Les frais sont élevés, la trace bancaire inexistante et le KYC (know your customer, la vérification d’identité des clients) tout simplement absent. Ce canal sert en priorité ceux qui ont des espèces encombrantes à écouler.
La National Crime Agency avait démantelé fin 2024 deux réseaux russophones, Smart et TGR, qui convertissaient en crypto le cash des trafiquants britanniques. L’opération Destabilise s’est soldée par 84 arrestations et la saisie de plus de 20 millions de livres en billets et en cryptomonnaies.
Les particuliers qui s’échangent des bitcoins entre eux ne sont pas concernés par ces opérations. L’infraction naît de l’exercice d’une activité d’échange à titre commercial par une entreprise absente du registre de la FCA, quel que soit le volume traité au comptoir.

Crypto au Royaume-Uni : L’enregistrement FCA, la seule ligne rouge
Depuis janvier 2020, toute société britannique proposant l’échange de cryptoactifs ou la garde de wallets doit s’enregistrer auprès de la FCA au titre des Money Laundering Regulations de 2017. S’en passer constitue un délit passible de deux ans de prison et d’une amende sans plafond.
Le filtre est serré : à peine une cinquantaine d’entreprises figurent au registre, pour un taux d’acceptation des dossiers d’environ 14 % depuis l’ouverture du régime, ce qui a poussé plus d’un acteur sérieux vers Dubaï ou l’Union européenne.
Le précédent judiciaire porte un nom. Olumide Osunkoya a exploité 28 distributeurs de cryptomonnaies sans enregistrement, pour près de 2,6 millions de livres de transactions, avant d’écoper de quatre ans de prison. Aucun opérateur de crypto ATM n’ayant jamais obtenu le feu vert du régulateur, toutes les machines installées sur le sol britannique sont illégales par construction, et la FCA multiplie les journées d’action pour les débrancher.
Cette pression sur les circuits clandestins tombe au moment où les acteurs déclarés obtiennent enfin une porte d’entrée. Le régime complet d’agrément, qui fait basculer l’échange, la conservation et les stablecoins dans le périmètre du Financial Services and Markets Act, se déploie cette année. Depuis octobre 2025, les investisseurs particuliers britanniques peuvent de nouveau acheter des ETN (exchange traded notes, des titres cotés qui répliquent le cours d’un actif) adossés au bitcoin, après quatre ans d’interdiction.
Aucune des trois adresses londoniennes ne figurait au registre de la FCA. Le régulateur n’a pas annoncé d’inculpation à ce stade. Le barème, lui, est connu : deux ans d’emprisonnement pour l’exploitation d’une activité crypto non enregistrée, et davantage si s’y ajoutent des chefs de blanchiment ou de faux, comme dans la fameuse affaire des ATM de M. Osunkoya.