La BCE relève ses taux de 0,25 % face au retour de l’inflation
Deuxième tour de vis en trois mois. La Banque centrale européenne a relevé ses trois taux directeurs de 25 points de base ce jeudi 10 septembre. Le taux de dépôt atteint désormais 2,50 %, tandis que l’institution revoit à la hausse ses prévisions d’inflation pour 2027 et 2028. Le message de Christine Lagarde est ferme : le choc énergétique provoqué par le conflit au Moyen-Orient maintiendra l’inflation au-dessus de l’objectif pendant encore plusieurs trimestres. La BCE refuse néanmoins de s’engager sur une nouvelle hausse en décembre. Voici ce qu’il faut retenir de la séquence.
- La Banque centrale européenne a relevé ses taux directeurs de 25 points de base en réponse aux tensions inflationnistes.
- La BCE a annoncé des prévisions d’inflation augmentées et une croissance du PIB plus résiliente que prévu.
La BCE relève ses taux malgré une inflation sous-jacente plus modérée
À compter du 16 septembre, le taux des opérations principales de refinancement passera à 2,65 %, tandis que celui de la facilité de prêt marginal atteindra 2,90 %. Il s’agit de la deuxième hausse des taux décidée par la BCE en 2026, après celle de juin.
L’inflation de la zone euro est remontée de 2,9 % en juillet à 3,3 % en août. Cette accélération provient principalement de l’énergie, dont les prix ont augmenté de 14,3 % sur un an, sous l’effet du renchérissement du pétrole et des marges de raffinage. Hors énergie et alimentation, l’inflation a légèrement ralenti de 2,5 à 2,4 %.
Les salaires ne montrent pour l’instant aucune réaction importante au choc énergétique. La rémunération par salarié a progressé de 3,3 % au deuxième trimestre, contre 3,5 % au premier. La BCE craint toutefois que la persistance des prix élevés finisse par se transmettre aux salaires, aux services et aux anticipations d’inflation.
Dans son scénario central, l’institution prévoit désormais une inflation moyenne de 3 % en 2026, 2,5 % en 2027 et 2,1 % en 2028. Elle ne retrouverait un niveau proche de l’objectif de 2 % que vers la fin de 2027.
D’ailleurs, selon la BCE, l’économie résiste mieux que prévu. L’institution européenne table sur une croissance de 0,9 % cette année, 1,4 % en 2027 et 1,5 % en 2028. La consommation, les dépenses publiques, les investissements dans la défense et les infrastructures ainsi que les activités liées à l’intelligence artificielle soutiennent l’activité. Le chômage reste stable à 6,4 %.

Crédit, euro numérique et marchés : Christine Lagarde reste prudente
Les risques demeurent cependant déséquilibrés, a tenu à rappeler Christine Lagarde lors de la traditionnelle conférence de presse. Une nouvelle perturbation des approvisionnements énergétiques, un hiver rigoureux ou une aggravation des conflits pourraient faire grimper davantage le pétrole et le gaz. À l’inverse, des prix durablement élevés pèseraient sur le pouvoir d’achat, l’investissement et la croissance.
Le resserrement monétaire commence déjà à se transmettre au crédit. Le taux moyen des nouveaux prêts bancaires aux entreprises est passé de 3,6 % en mai à 3,8 % en juin et juillet. Les taux des crédits immobiliers restent proches de 3,5 %, tandis que la croissance des prêts au logement ralentit légèrement.
Les portefeuilles APP et PEPP, constitués des obligations achetées par la BCE avant et pendant la pandémie, continuent parallèlement de diminuer. L’Eurosystème ne remplace plus les titres arrivant à échéance, ce qui retire progressivement un soutien supplémentaire au marché obligataire.
Christine Lagarde a également appelé les institutions européennes à conclure rapidement les négociations sur le cadre juridique de l’euro numérique. La BCE présente ce projet comme un outil destiné à préserver la souveraineté monétaire européenne face au recul des espèces et à la domination des solutions de paiement étrangères.
La BCE décidera désormais réunion par réunion, en fonction de l’inflation, des salaires et de l’intensité du choc énergétique. Une détente du pétrole pourrait lui permettre de marquer une pause. Une nouvelle flambée rendrait au contraire une troisième hausse plus probable, avec un crédit encore plus cher et une pression accrue sur les actions comme sur les cryptomonnaies. Rendez-vous le jeudi 29 octobre pour le prochain épisode.