USA : Un « shutdown » évité de justesse à 3 mois des midterms
Should I stay or should I go? Washington a tranché, et pour une fois presque sans accroc. La Chambre des représentants a voté mardi, à 370 voix contre 48, la prolongation du financement fédéral jusqu’au 11 décembre, évitant un nouveau shutdown à peine trois mois avant des élections de mi-mandat qui s’annoncent déjà serrées. Le texte, déjà approuvé au Sénat, file désormais vers le bureau de Donald Trump pour signature. Un score aussi large tranche avec l’ambiance des derniers mois. Le compte à rebours vers le 11 décembre, lui, a déjà recommencé.
- Washington a évité de justesse un shutdown en prolongeant le financement fédéral jusqu’au 11 décembre, avec un vote significatif de la Chambre des représentants.
- Des concessions ont été obtenues par les démocrates, mais le désaccord fondamental sur le budget persiste, laissant planer l’incertitude pour décembre.
Un score qui en dit long sur la lassitude du Congrès
Le vote de 370 contre 48 n’a rien d’anodin dans un Congrès aussi divisé. En effet, républicains et démocrates avaient tous deux une bonne raison de désamorcer la bombe avant l’élection plutôt qu’après : personne ne voulait porter, en pleine campagne, la responsabilité d’un shutdown qui ferme les administrations et coupe le salaire des militaires. Le président de la commission des crédits, Tom Cole, a résumé l’enjeu en une phrase : donner à la nation la certitude que l’État reste ouvert et que les soldats seront payés.
L’an dernier, le pays avait pourtant enchaîné deux fermetures record : 43 jours autour d’un désaccord sur les crédits d’impôt santé, puis 76 jours sur le seul département de la Sécurité intérieure. Cette fois, ni l’un ni l’autre camp n’avait envie de revivre l’épisode à la veille d’un scrutin. Une leçon apprise à la dure, en somme.

Des concessions arrachées, pas offertes
Le texte voté mardi n’est pas non plus une simple photocopie du projet initial. Rosa DeLauro, chef de file démocrate à la commission des crédits, a poussé ses collègues à voter oui en rappelant que le Sénat avait obtenu deux avancées concrètes : interdire au département de la Sécurité intérieure de transférer des fonds vers la patrouille frontalière, et retarder une règle qui aurait donné aux nommés politiques de l’administration Trump plus de pouvoir pour bloquer des subventions fédérales jugées contraires à l’agenda présidentiel. DeLauro elle-même a prévenu que ce délai n’était qu’une première étape, pas une victoire définitive.
Le désaccord de fond, lui, n’a pas bougé d’un pouce puisque les républicains veulent des centaines de milliards de dollars supplémentaires pour la défense en coupant ailleurs. Les démocrates réclament de leurs côté un traitement paritaire entre dépenses militaires et sociales. Le 11 décembre approche vite, et rien ne garantit que les deux camps y arrivent avec un vrai budget plutôt qu’un nouveau sparadrap.
Une accalmie que les marchés surveillent de près
Ce répit compte aussi au-delà du Capitole. Les deux derniers grands shutdowns avaient directement pesé sur les actifs à risque : en 2025, Bitcoin était retombé de son sommet historique à plus de 125 000 dollars jusque vers 99 000 dollars avant de rebondir dès la résolution de la crise, le compte général du Trésor ayant asséché plusieurs centaines de milliards de dollars de liquidités disponibles pour le marché. Traduisez : un shutdown ne se contente pas de fermer des musées et de suspendre des fonctionnaires, il retire mécaniquement de l’argent de la circulation.
En repoussant l’échéance à décembre, le Congrès n’a rien réglé sur le fond. Il a simplement acheté du temps, au moment précis où les investisseurs surveillent déjà de près la Fed, les taux et un budget fédéral 2027 tout aussi disputé de l’autre côté de l’Atlantique. Washington rouvrira forcément ce dossier, mais avec un électorat déjà passé aux urnes pour arbitrer le rapport de force entre les deux camps.