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X démantèle une ferme à bots chinoise de 200 000 comptes : la bataille des data centers IA se joue aussi en ligne

Deux cents comptes sur deux cent mille. Voilà le chiffre à garder en tête dans l’annonce faite par X cette semaine. Le réseau d’Elon Musk affirme avoir repéré, puis balayé, une ferme à bots venue de Chine, une armée de faux profils dont une infime minorité s’était donné pour mission d’attiser le ressentiment américain contre les centres de données. Le terrain était déjà chaud. Factures d’électricité qui grimpent, riverains qui s’organisent, révolte anti-data centers IA qui bloque des dizaines de milliards de dollars de projets. Et maintenant, Pékin embusqué derrière les pancartes. Le récit a de quoi séduire. Il mérite surtout qu’on lise les chiffres jusqu’au bout.

Les points clés de cet article :
  • Elon Musk a annoncé que X a détecté une ferme à bots chinoise de 200 000 comptes, mais seulement 200 étaient actifs dans la manipulation du débat sur les centres de données.
  • OpenAI avait déjà signalé une opération similaire baptisée « Data Center Bandwagon », affirmant que la colère contre les centres de données et la hausse des factures d’électricité n’avait pas besoin de l’aide de Pékin pour s’intensifier.

Ferme à bots chinoise : 200 000 comptes, mais 200 vraiment sur le coup

L’annonce vient du compte Global Government Affairs de X, relayée par Engadget le 28 août. « Nous avons identifié une ferme à bots d’environ 200 000 comptes. Au sein de cette ferme, nous avons trouvé 200 comptes publiant d’une manière susceptible de manipuler un débat légitime », écrit la plateforme. Le débat en question, c’est celui du coût de l’électricité pour les ménages, que ces profils imputaient aux data centers.

Deux cents comptes. Sur un réseau qui en compte plusieurs centaines de millions. Une goutte d’eau dans un océan de mauvaise foi ordinaire, sauf que la goutte a fait beaucoup de bruit. Ces profils diffusaient des bandes dessinées générées par IA où les exploitants de data centers empochent les profits pendant que les familles ordinaires règlent la facture, avec des accusations de saturation des réseaux locaux en prime. « Nous restons attachés au maintien d’une plateforme ouverte et authentique où les gens débattent de sujets d’intérêt public », conclut X, dans le rôle inédit de gardien du débat sain.

Le « Data Center Bandwagon » : OpenAI avait déjà sonné l’alarme

Mais l’histoire ne commence pas fin août. Le 10 juin, OpenAI publiait son rapport de menaces et y décrivait une opération baptisée « Data Center Bandwagon », menée par un groupe de comptes ChatGPT vraisemblablement opérés depuis la Chine. Selon l’entreprise, les auteurs travaillaient sans doute pour une société technologique privée dont les clients sont des administrations provinciales, et passaient par des VPN pour contourner l’interdiction d’accès à ChatGPT depuis le pays.

Le mode opératoire ? Des commentaires en anglais affirmant que les centres de données faisaient exploser la demande et les prix de l’électricité, des bandes dessinées générées par IA sur les enchères de capacité du réseau (ces adjudications où les gestionnaires de réseau achètent à l’avance la puissance disponible), des images retouchées, le tout signé de faux Américains sous les mots-dièse #capacityauction et #datacenters. La même cellule harcelait au passage des dissidents chinois expatriés, dont la militante Li Ying. Difficile de faire plus classique dans le genre.

Le point qui fâche, pour les amateurs de grand complot, tient dans une phrase de Ben Nimmo, enquêteur principal chez OpenAI : « Ce n’était pas le cas d’une opération d’influence créant un débat. » Le débat existait. Les bots ont sauté dans le train, d’où le nom de l’opération, et leur portée est restée minime, cantonnée à une seule plateforme et à un public quasi inexistant.

Data centers et facture d’électricité : la colère n’a pas besoin de Pékin

Parce que les Américains n’ont pas attendu la Chine pour râler. Au Texas, les opérateurs de centres de données ont vu les élus locaux se retourner contre eux, au point qu’un dossier du Journal du Coin titrait sur des acteurs qui « ont creusé leur propre tombe ». Dans plusieurs comtés ruraux, des terres agricoles se négocient jusqu’à 17 fois leur prix de marché pour accueillir des serveurs, et ce sont les voisins qui paient la note en tension sur le réseau.

Il n’empêche qu’une opération d’influence, même microscopique, fait un cadeau inespéré aux promoteurs de gigawatts. Chaque maire qui refuse un permis devient soupçonnable, chaque association de riverains un relais potentiel. Et X, dont la modération des bots a longtemps ressemblé à une passoire, se retrouve à distribuer les certificats de patriotisme. Ironie de l’époque.

Le vrai bras de fer se joue ailleurs. Sur les mégawatts, pas sur les mentions. Les géants de l’IA manquent d’électricité au point de lorgner les gigawatts des mineurs de Bitcoin, et ces derniers ont compris la leçon. IREN a livré le 17 août son premier data center à Microsoft, 50 mégawatts à Childress au Texas, dans le cadre d’un contrat de 9,7 milliards de dollars, preuve que l’ancienne puissance de calcul du minage se recycle plus vite que les arguments des fermes à bots.

Magali

Tombée dans le terrier du lapin blanc en 2017, je suis passée de lectrice assidue à Rédactrice en chef du Journal du Coin. J’aime m'investir dans les coulisses de projets pour porter ma vision d'un futur décentralisé. Amoureuse des belles lettres, je coordonne nos équipes pour transformer la complexité technique en une information humaine, précise et sans jargon inutile. Entre entrepreneuriat et rédaction, ma mission est claire : vulgariser demain, mais le faire aujourd'hui.

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