RWA : CZ veut que les États tokenisent tout pour attirer les capitaux étrangers
Un slogan, une conviction répétée depuis des mois. Changpeng Zhao a de nouveau appelé les gouvernements à « tout tokeniser » vendredi sur X, présentant la tokenisation comme l’un des meilleurs leviers pour un pays d’attirer des investissements directs étrangers. Le fondateur de Binance pousse cette idée depuis le début de l’année, avec un argument constant : quel pays, ou quelle entreprise, refuserait de vendre ses actions tokenisées à des investisseurs du monde entier ?
- Changpeng Zhao a appelé les gouvernements à tout tokeniser pour attirer des investissements étrangers.
- Binance a déjà engagé des discussions concrètes avec plusieurs gouvernements pour tokeniser leurs actifs souverains.
Un message martelé depuis Davos
CZ ne découvre pas le sujet. En janvier, lors d’un panel au Forum économique mondial de Davos, il affirmait déjà être en discussion avec plus d’une douzaine de gouvernements pour tokeniser leurs actifs souverains, qu’il s’agisse d’obligations d’État, de matières premières ou d’immobilier public, selon Cryptonews. Il présentait alors la tokenisation comme la suite logique de deux secteurs déjà éprouvés à grande échelle : les exchanges et les stablecoins.
En juin, il a resserré son message sur les marchés actions eux-mêmes. Les pays, selon lui, ont tout intérêt à laisser des acheteurs du monde entier accéder à leurs marchés boursiers plutôt que de les cantonner à un public local. Binance espère naturellement devenir l’un des points d’entrée de cette liquidité mondiale.
CZ conseille aujourd’hui le Conseil crypto du Pakistan et le Kirghizstan sur ce type d’initiatives, et Binance a obtenu une autorisation pour développer un marché crypto au Kazakhstan. Le message dépasse donc la simple posture publique et s’accompagne de mandats concrets auprès de plusieurs gouvernements.

BNB Chain, le terrain d’essai grandeur nature
Le discours s’appuie sur des chiffres qui donnent du poids à la thèse. BNB Chain a vu son nombre de détenteurs d’actifs tokenisés bondir de 400 000 à 524 000 en seulement trois jours à la mi-août, une hausse de 31 % que le réseau a lui-même qualifiée d’« accélération absolue », selon Crypto Briefing. Sur l’année, la croissance atteint +567 %.
CZ soutient une approche multi-chaînes plutôt qu’un verrouillage sur un seul réseau. Il reconnaît toutefois lui-même le revers de cette ouverture : multiplier les blockchains et les émetteurs risque de fragmenter la liquidité au lieu de la concentrer. Une meilleure interopérabilité entre actifs tokenisés pourrait limiter ce problème, sans le résoudre entièrement.
Le décalage entre le discours et la réalité réglementaire
L’ironie n’échappe à personne. CZ vend aux États une vision d’ouverture financière sans frontières, pendant que sa propre plateforme doit encore convaincre les régulateurs, pays par pays, qu’elle peut gérer cette ouverture sans fragiliser les droits des investisseurs. La liquidité mondiale ne peut pas contourner les règles nationales sur les valeurs mobilières, la lutte anti-blanchiment ou la protection des épargnants.
Le fond de l’argument reste solide : un actif tokenisé se négocie 24 heures sur 24, se règle plus vite qu’un virement bancaire classique, et permet la propriété fractionnée. Mais entre l’ambition affichée et l’autorisation obtenue marché par marché, l’écart reste, pour l’instant, la vraie mesure du chemin qu’il reste à parcourir.