Bitcoin : Le plus grand mineur russe vacille après l’incarcération de son fondateur
La chute s’accélère pour BitRiver. Le tribunal du district Zamoskvoretski de Moscou a transféré Igor Runets, fondateur du plus grand opérateur russe de minage de Bitcoin, de son assignation à résidence vers un centre de détention provisoire. L’entrepreneur doit rester incarcéré pendant au moins deux mois, le temps de poursuivre l’enquête sur une opération impliquant des équipements de minage et le groupe énergétique En+. Le préjudice allégué approche un milliard de roubles, soit environ 12,5 millions de dollars.
Points clés
- Le tribunal Zamoskvoretski de Moscou a placé Igor Runets, fondateur de BitRiver, en détention provisoire pour deux mois.
- L’accusation porte sur près d’un milliard de roubles (environ 13 millions de dollars) liés à des machines de mining commandées par une filiale d’En+ et jamais livrées.
- Fox Group, maison mère de BitRiver, est sous procédure d’observation depuis janvier pour une dette de 9,2 millions de dollars envers le même groupe.
- Sanctionné par l’OFAC en avril 2022, BitRiver exploitait jusqu’à quinze centres de données et 533 mégawatts, soit plus de la moitié du mining industriel russe.
Une accusation de fraude à grande échelle autour du minage de Bitcoin
Igor Runets est poursuivi au titre de la quatrième partie de l’article 159 du Code pénal russe. La procédure vise les escroqueries de très grande ampleur commises par un groupe organisé. Les enquêteurs estiment qu’Igor Runets et son entreprise ont participé à une transaction portant sur des machines de minage qui aurait causé près d’un milliard de roubles de pertes à des entités liées à En+, un conglomérat russe spécialisé dans l’énergie et l’aluminium.
Le détail du mécanisme reproché n’a cependant pas été entièrement rendu public. Il faut donc éviter de présenter comme définitivement établi que les équipements n’ont jamais été livrés ou qu’Igor Runets aurait personnellement conservé les fonds. L’entrepreneur avait d’ailleurs soutenu en 2025 que les machines avaient bien été fournies, tout en contestant les demandes d’En+.
Le parquet a demandé le durcissement de la mesure préventive en invoquant notamment le risque de pression sur les témoins. Le tribunal a finalement suivi cette demande. L’enquête doit maintenant se poursuivre à partir d’expertises portant sur les équipements et de témoignages recueillis auprès du conglomérat énergétique.
M. Runets se trouvait assigné à résidence depuis fin janvier dans une autre affaire. Il était alors accusé d’avoir dissimulé des fonds ou des actifs qui auraient dû servir à régler des impôts, cotisations et autres créances fiscales.

BitRiver déjà fragilisé par une procédure d’insolvabilité
Les difficultés judiciaires du fondateur s’ajoutent à celles de son groupe. En janvier, un tribunal russe a placé Fox Group, maison mère de BitRiver, sous surveillance dans le cadre d’une procédure d’insolvabilité. Le dossier porte sur une dette d’environ 9,2 millions de dollars issue d’un contrat de fourniture d’équipements conclu avec une filiale d’En+.
Cette phase de surveillance ne constitue pas encore une liquidation. Elle sert à examiner la situation financière, inventorier les actifs et déterminer si l’entreprise peut être restructurée ou doit être déclarée en faillite.
Fondée en 2017, BitRiver s’était imposée comme la principale vitrine du minage industriel de Bitcoin russe grâce à l’électricité hydroélectrique et au climat froid de la Sibérie. L’entreprise déclarait exploiter jusqu’à 15 centres de données, plus de 175 000 machines et environ 533 mégawatts de capacité. Ces chiffres proviennent toutefois des communications du groupe et ne permettent pas de mesurer précisément son activité actuelle.
BitRiver est également sanctionnée par les États-Unis depuis avril 2022. Le Trésor américain avait alors désigné l’entreprise et dix de ses filiales, première mesure de ce type contre une société spécialisée dans le minage de cryptomonnaies.
La détention de Runets ne condamne pas encore BitRiver, mais elle prive le groupe de son dirigeant au moment où sa maison mère affronte ses créanciers. L’issue dépendra désormais des expertises, des témoignages d’En+ et de la capacité de Fox Group à éviter une faillite complète dans la Russie de Poutine, qui s’est imposé de plus en plus comme un haut lieu du minage mondial de Bitcoin.