Cryptomonnaies en Russie : Ces 5 plateformes crypto font circuler des milliards de dollars !
Elliptic au rapport ! Alors que l’étau réglementaire se resserre sur la finance décentralisée, la question de l’étanchéité des sanctions internationales reste au cœur des préoccupations géopolitiques. Une enquête récente de la firme d’analyse blockchain Elliptic révèle que plusieurs plateformes de services crypto faciliteraient activement le contournement des restrictions financières imposées à la Russie.
Ces entités auraient pris le relais de l’infrastructure précédemment démantelée par les autorités internationales. L’objectif ? Créer un réseau de substitution capable de déplacer des volumes de capitaux significatifs hors des circuits bancaires traditionnels.
- Elliptic a révélé qu’un réseau de plateformes de services d’actifs numériques facilite le contournement des sanctions financières imposées à la Russie.
- Le rapport a identifié cinq plateformes impliquées dans ces transactions illicites, soulignant l’ampleur croissante des transferts de capitaux par le biais des crypto-actifs.
Le rapport Elliptic
Dans une analyse publiée au mois de février 2026, la société spécialisée dans la conformité blockchain, Elliptic, met en lumière la persistance d’un écosystème financier parallèle malgré le durcissement du cadre réglementaire mondial.
Selon les experts de la firme, ce réseau s’est structuré pour combler le vide laissé par la disparition de Garantex. Pour rappel, Garantex était une plateforme russe dont le site avait été neutralisé l’année dernière après avoir été la cible de lourdes sanctions. A noter, comme nous l’expliquons dans cet article, que Garantex existe toujours, sous le nom de Grinex.
Par ailleurs, l’étude souligne que le recours aux crypto-actifs permet de convertir des roubles en cryptomonnaies et autres stablecoins sans solliciter les intermédiaires bancaires traditionnels, facilitant ainsi les transferts de capitaux transfrontaliers.
Il reste à noter que le rapport complet d’Elliptic n’a pas été rendu public. Seules les conclusions principales ont été partagées avec la presse. Ces dernières indiquent que le volume des transactions illicites liées à des États-nations a atteint des niveaux historiques en 2025. Il aurait totalisé environ 154 milliards de dollars selon des données complémentaires de Chainalysis.

Les 5 plateformes crypto identifiées
L’investigation d’Elliptic cible précisément cinq entités qui continueraient d’offrir des passerelles financières aux entités russes sous sanctions :
- Bitpapa : Identifiée comme la plateforme la plus activement impliquée, elle fait déjà l’objet de sanctions par l’OFAC depuis mars 2024. Le rapport indique qu’environ 9,7 % de ses flux sortants sont destinés à des cibles sanctionnées. Pour maintenir ses activités, l’exchange utiliserait une stratégie de rotation constante de ses adresses de portefeuilles.
- ABCeX : Cette plateforme opère depuis la tour de la Fédération à Moscou, un emplacement précédemment occupé par Garantex. Elle aurait traité plus de 11 milliards de $ de transactions, dont une part notable vers des services étroitement liés au gouvernement russe.
- Exmo.me : Issue d’une scission avec la branche internationale Exmo.com suite au conflit en Ukraine, cette entité focalisée sur le marché russe est soupçonnée d’avoir transféré plus d’un million de dollars vers l’infrastructure de Garantex.
- Rapira : Basée en Géorgie avec des bureaux dans la capitale russe, elle aurait réalisé pour plus de 72 millions de $ d’échanges avec Grinex.
- Aifory Pro : Active entre Moscou, Dubaï et la Turquie, cette plateforme est pointée du doigt pour son offre de cartes de paiement virtuelles alimentées en stablecoins (USDT).
Cryptomonnaies et politique : une arme à double tranchant ?
La publication de ces informations intervient dans un climat de tension réglementaire croissante. En Europe, les autorités s’apprêtent à valider un nouveau volet de sanctions visant à interdire l’intégralité des transactions en crypto-actifs avec la Russie. Cette mesure drastique est destinée à verrouiller définitivement cette voie de sortie financière.
En réponse aux accusations formulées par Elliptic, la plateforme Exmo.me a formellement rejeté les conclusions du rapport. Un porte-parole de l’entreprise a affirmé que leurs systèmes de contrôle de conformité bloquent automatiquement toute tentative de transfert vers des adresses jugées à haut risque ou figurant sur des listes de sanctions.
Par ailleurs, des précisions ont été apportées concernant la branche Exmo.com. En effet, après un examen de nouvelles données, Elliptic a retiré les mentions initialement faites à l’encontre de cette entité internationale, reconnaissant une distinction nette entre les deux structures.
De son côté, le gouvernement russe semble prendre acte de l’accélération de l’usage des actifs numériques sur son territoire. Le ministère des Finances et la banque centrale auraient récemment incité les autorités législatives à finaliser rapidement un cadre réglementaire strict pour encadrer cette pratique.
Sanctions internationales : le défi de l’application
Le rapport d’Elliptic démontre la complexité de l’application des sanctions financières à l’ère des actifs décentralisés. L’émergence d’une nouvelle infrastructure de change, capable de se substituer aux acteurs sanctionnés, illustre la capacité d’adaptation de ces réseaux. Alors que les régulateurs internationaux multiplient les mesures restrictives, l’efficacité de ces sanctions dépendra de la capacité des outils d’analyse blockchain à identifier en temps réel des flux financiers de plus en plus fragmentés et mouvants.
En définitive, la lutte contre l’évasion des sanctions par les cryptomonnaies s’apparente à une course technologique permanente entre les outils de surveillance onchain et les mécanismes d’obfuscation des plateformes identifiées comme à risque.