144 000 milliards $ : La masse monétaire mondiale explose
Inflation invisible. C’est un chiffre qui donne le tournis. Le genre de montant qu’on ne croise d’ordinaire que dans les romans d’anticipation ou les calculs d’astrophysiciens. Selon les dernières données du Global Money Supply Monitor, la masse monétaire mondiale vient de franchir le cap vertigineux des 144 000 milliards de dollars.
Pour le dire plus simplement : le monde n’a jamais été aussi inondé de liquidités qu’en ce mois de décembre 2025. On parle d’une hausse de 13,6 trillions de dollars en seulement douze mois. À ce stade, ce n’est plus une simple croissance, c’est une véritable crue monétaire qui emporte tout sur son passage. Une explosion de la masse monétaire qui menace la valeur de notre propre argent ? On fait le point.
- La masse monétaire mondiale a franchi un seuil historique de 144 000 milliards de dollars en décembre 2025, marquant une crue monétaire sans précédent.
- Depuis l’année 2000, la masse monétaire a connu une augmentation spectaculaire de 118 trillions de dollars, accentuée par une hausse de 44 % depuis la pandémie de Covid-19.
La « Broad Money » : Quand la monnaie coule à flots
Pour bien comprendre le séisme, il faut d’abord définir ce que les experts appellent la « broad money » (ou monnaie au sens large, type M2 ou M3). Imaginez que la monnaie ne se résume pas aux billets que vous avez dans votre portefeuille. Elle englobe aussi vos dépôts bancaires, vos comptes d’épargne et tout ce qui peut être transformé rapidement en cash. C’est l’indicateur de température par excellence de l’économie mondiale.
Le graphique d’Ehsan Soltani ci-dessous, qui compile les données de 169 pays représentant 99 % du PIB mondial, montre une courbe qui ressemble de plus en plus à une face Nord de l’Everest. Avec une croissance de +10,4 % en un an, nous assistons à la troisième accélération mensuelle consécutive.
Comme si, après avoir tenté de ralentir la cadence pour combattre l’inflation, les banques centrales avaient de nouveau ouvert les vannes en grand, créant un « Melt-up » généralisé sur les marchés financiers.

Global Money Supply Monitor, Ehsan Soltani / Econovis, Décembre 2025 – Source
L’effet « Pandémie » : Un virage à 44 000 milliards
Si l’on dézoome un peu, le constat est encore plus frappant. Depuis l’an 2000, la masse monétaire a grimpé de 118 trillions de dollars, soit un taux de croissance annuel composé de 7 %. Mais c’est la période post-2020 qui défie toute logique comptable. En seulement cinq ans, depuis l’apparition du Covid-19, la quantité de monnaie a bondi de 44 %.
C’est ici que le bât blesse : cette création monétaire n’est pas gratuite. Elle ne reflète pas une augmentation soudaine de la richesse réelle ou de la production de biens, mais plutôt une réponse désespérée aux crises successives.
En février 2021, on enregistrait une pointe à +18,7 %, un record absolu. Aujourd’hui, en décembre 2025, voir la machine s’emballer à nouveau hors d’un contexte de crise mondiale officielle soulève une question brûlante : les autorités ont-elles encore le contrôle, ou naviguent-elles à vue dans un brouillard de dettes ?
Dévaluation et « Effet K » : Les gagnants et les perdants
Cette injection massive de liquidités a des conséquences bien réelles sur votre pouvoir d’achat. C’est ce qu’on appelle la dévaluation monétaire silencieuse. Plus il y a de dollars ou d’euros en circulation, moins chaque unité a de valeur. Si les prix de l’immobilier, des actions ou du Bitcoin s’envolent, ce n’est pas forcément qu’ils prennent de la valeur intrinsèque, c’est souvent le thermomètre (la monnaie) qui fond.
On observe alors ce que les économistes nomment « l’Effet K » : une déconnexion totale de la société. D’un côté, ceux qui possèdent des actifs (immobilier, bourse, crypto) voient leur patrimoine gonfler artificiellement grâce à cet afflux de liquidités. De l’autre, ceux qui ne vivent que de leur salaire voient leur pouvoir d’achat grignoté par une inflation sous-jacente persistante. C’est une redistribution de la richesse à l’envers, où la planche à billets devient le moteur principal des inégalités.
En atteignant ces 144 000 milliards de dollars, nous entrons en terre inconnue. Le système financier mondial semble accro à cette perfusion permanente de monnaie. Si cette tendance se poursuit, la question n’est plus de savoir si le dollar ou l’euro vont perdre de leur superbe, mais plutôt vers quels actifs de réserve les investisseurs vont se tourner pour protéger leur travail. Dans ce théâtre d’ombres monétaires le bitcoin et sa rareté font plus que sens.