Confessions d’un apprenti crypto-millionnaire

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Aujourd’hui, nous vous présentons une traduction d’un article du jeune Sten Sootla, réalisée avec l’aimable autorisation de l’auteur.

Ce témoignage nous a semblé intéressant, car il est très probable que vous y retrouviez des impressions familières, si vous avez vous aussi déjà traversé la folle envolée des cours de l’année 2017 : dans sa découverte du monde de la crypto, Sten a en effet commis toutes les erreurs possibles. Il est descendu dans l’enfer du day-trading sans foi ni loi, a touché du doigt la fortune, et s’est même presque approché de la mythique « moon ».

Dans un instant vous découvrirez ce que l’auteur a gagné, mais surtout tout ce qu’il a perdu. En revanche,  Sten revient de son errance dans le désert du Tartare fort d’une expérience qu’il est impossible d’acheter.  Notre apprenti trader déjà repenti est généreux : il nous offre le récit de son périple dans le roller-coaster insensé de l’investissement crypto pendant cette sombre période de frénésie. 

Gageons que son expérience riche en désillusions vous permettra de ne pas commettre les mêmes erreurs, à l’aube d’un bull run que certains attendent impatiemment. C’est parti !

Mise en garde aux crypto-traders

C’était à la fin de l’été 2017. Je venais d’obtenir un diplôme en informatique avec une mention très bien, et j’étais en plein stage dans une entreprise de robotique. D’un naturel plutôt ambitieux j’ai naturellement traité ce stagemon premier vrai travail en fait – , avec le plus grand sérieux. Que ce soit le week-end ou un jour férié, sans parler des heures de travail normales, j’étais assis à mon bureau, à entraîner des réseaux neuronaux artificiels et à lire des documents pour la plupart très techniques comme si ma vie en dépendait. Je voulais exceller. J’avais besoin de prouver ma valeur.

Car, voyez-vous, je viens d’une famille aux moyens modestes. Mon père était ouvrier du bâtiment, tout comme son père avant lui. Quant à ma mère, elle avait investi tous nos économies dans son entreprise – une laverie – jusqu’à ce que ce maigre capital soit tellement entamé que nous nous retrouvions à vendre nos biens pour manger. Rétrospectivement, c’est peut-être notre canapé qui m’était le plus cher parmi tous les objets disparus. Son absence s’est avérée être un vrai crève-cœur. Littéralement.

Malgré ces circonstances difficiles, ils n’étaient pas amers. Ils n’ont pas blâmés le monde pour leurs malheurs. Au contraire, l’entreprise individuelle était leur boussole et ils étaient fermement convaincus que le destin d’une personne n’appartient qu’à elle, et à elle seule. Mes parents issus de la classe ouvrière m’ont toujours dit que le monde fonctionne selon un principe simple de causalité : plus on travaille dur, plus grand est le succès. Je les croyais aussi, même s’ils semblaient eux-mêmes incarner l’exception à leur propre règle. Une telle évangile dans mes plus jeunes années, celles où l’on est le plus malléable, m’a inculqué un sentiment de crainte pour les riches.

Je parle de tout cela parce qu’en définitive, ce que j’en avais retenu à l’époque, c’est que les gens qui ont des moyens sont plus dignes de vivre. Avoir acquis de la richesse signifiant avoir travaillé plus dur, avoir persévéré face à l’adversité, avoir été implacable, cela semblait couler de source. C’est dans cet état d’esprit que j’ai vécu mes années à l’université et débuté mon stage. J’avais un désir intense de me prouver que je pouvais – moi aussi – faire mieux et que j’étais digne ce cette condition fantasmée. Mais dans mon logiciel idéologique daté, la seule solution pour y parvenir était simple : se plonger dans le travail, des heures durant.

La fièvre de la crypto

Puis, un jour fatidique, mon système de croyances a soudainement été chamboulé. Lors de notre déjeuner quotidien entre collègues, l’un d’eux a commencé à se vanter d’avoir quadruplé ses économies au cours des derniers mois.

Sur le principe, pourquoi pas, me direz-vous. Mais je me disais qu’il y avait forcément un loup : il n’avait pas eu besoin d’endurer la moindre épreuve, ni même eu à véritablement s’y consacrer. Sur un coup de tête, il avait simplement commencé à acheter du Bitcoin. Apparemment, la chance avait fait le reste du travail.

Son histoire m’a au départ simplement fait hocher la tête. Mais le temps passant, elle n’a pas quitté mon esprit. Non pas que je ne le veuille pas, simplement je n’arrivais pas à passer à autre chose.

J’étais là, l’échine courbée, jour et nuit, pour tenter de laisser une trace, pour que quelqu’un me fasse un compliment, pour perpétuer ce qu’on m’avait conditionné à faire de ma vie, en fait. Et voilà que ce gars se ramène, dans le plus grand calme, se présentant à peine au travail, se vantant de gagner des milliers de dollars par jour en ne faisant presque rien. C’est ce jour là que ma conception romantique des “riches” s’est évanoui. Mes parents m’avaient menti : et si l’argent poussait sur les arbres, finalement ? J’avais juste besoin d’être assez audacieux pour aller le cueillir.

Alors j’ai commencé mon ascension. J’ai lu le livre blanc original de Bitcoin le soir-même. J’ai entendu parler d’équipes qui n’avaient pas de produits et qui recueillaient malgré tout des millions de dollars auprès du grand public grâce à des ICO, ces espèces de grands bazars du cyberespace où chacun voulait donner des pelletées de bitcoins à des inconnus en échange de la promesse de rendements mirifiques. J’ai appris que le prix du bitcoin avait plus que quadruplé au cours des six derniers mois, passant d’environ 1 000 dollars à plus de 4 500 dollars. Au cours de la même période, la capitalisation totale du marché de la crypto était passé de 27 milliards à 166 milliards de dollars, soit une multiplication par six.

À la fin de la journée, j’avais déjà ouvert deux comptes. Tout d’abord, un tout nouveau compte Twitter, pour suivre en exclusivité les actualités et les traders sous pseudos du crypto-Twitter. Deuxièmement, et plus important encore, un compte sur une plateforme de change centralisée afin de trader. J’avais besoin d’agir, et j’avais besoin d’agir vite. Des millionnaires se forgeaient sous mes yeux, et je mourais d’envie d’en devenir un. J’avais par contre un léger problème : récemment diplômé, je n’avais pas de fonds disponibles pour investir.

De l’argent bien employé

C’est à ce moment de l’histoire que l’on parle de ma bourse d’études. J’avais été accepté dans un programme renommé de machine learning à l‘University College de Londres. Le programme d’un an devait commencer moins d’un mois plus tard, un jour après la fin de mon stage. Mais pour que les choses se passent comme prévu, il fallait que je réussisse à me financer, les frais substantiels étant substantiels. Par chance, quelques jours à peine après ma révélation crypto, je recevais des nouvelles d’un organisme gouvernemental estonien : voilà que ces malheureux m’accordaient une bourse prestigieuse, tous frais payés, pour me permettre d’aller étudier à l’étranger.

L’organisme avait payé les frais de scolarité du programme directement à l’université, mais la bourse supposée couvrir les frais du quotidien devait m’être versée directement. Un arrangement idéal, pensai-je. Au lieu de laisser l’argent dormir sur mon compte bancaire, ce qui me rapportait un maigre rendement de 1% par an, je pourrais probablement l’affecter de manière plus productive en l’investissant dans le marché crypto. Pour couvrir les dépenses quotidiennes nécessaires à Londres, je partais du principe que j’échangerais ponctuellement mes tokens contre du fiduciaire.

Et c’est là que tout a véritablement commencé. Le 1er septembre 2017, j’ai converti le premier versement de l’allocation, environ 15 000 dollars, dans de crypto. Oubliant tous les conseils de sagesse les plus élémentaires que j’avais entendus sur la gestion des risques et la nécessité de la diversification, je décidais de miser toutes mes cartes sur un seul altcoin nommé… Ripple.

Le All-in, sinon rien

La décision d’investir dans cette crypto en particulier n’était pas fondée sur une logique solide et des recherches approfondies. Dieu sait que je ne connaissais rien à la technologie sous-jacente et que je n’avais même pas une vague compréhension du problème que le protocole était censé résoudre. Ce n’était rien de plus que l’attrait de posséder des milliers de pièces, plutôt qu’un petit nombre, qui s’est avéré être le facteur décisif. Un seul jeton de Ripple m’avait coûté 25 cents, ce qui signifiait que mon investissement initial m’offrait 60 000 XRP d’un coup. Ça avait l’air beaucoup plus chic que d’avoir 3 pauvres bitcoins, pas vrai ?

Le problème avec les jeux d’argent, c’est que c’est très exactement ça : du jeu. En moins de deux semaines, le Ripple avait perdu plus d’un tiers de sa valeur. Et parce que la totalité de mon capital était lié à cette pièce de monnaie, celui-ci s’était réduit d’un tiers également. Ayant perdu bien plus que je ne pouvais me le permettre, j’étais pétrifié. Même sans ces pertes, ma bourse m’aurait à peine permis de passer l’année à Londres. Aujourd’hui, près d’un tiers de sa valeur avait disparu : j’allais devoir me trouver job assez rapidement pour compenser ce coup du destin.

À ce moment-là, une personne rationnelle aurait réduit ses pertes et retiré ses fonds de ce marché sinistre. J’aurais même pu apprendre cette erreur, si je m’étais décidé à me reprendre. Au lieu de cela, j’ai fait très exactement ce que n’importe quel expert en investissement aurait déconseillé : j’ai tenté de me refaire. J’ai commencé à faire du day-trading avec l’objectif peu inspirant d’atteindre le seuil de rentabilité. A chaque temps libre, j’ai dévoré des livres sur l‘analyse technique et la psychologie du marché. Twitter s’est avéré inestimable – du moins l’ai-je pensé à l’époque – comme source inépuisable de conseils et d’astuces d‘experts et analystes autoproclamés.

J’opérais principalement le matin, essayant d’exploiter la fenêtre de temps où mon cerveau fonctionnait le mieux. Au bout de plusieurs semaines, j’ai eu l’impression de faire des progrès considérables me faisant entrevoir la possibilité de récupérer mon investissement initial. Au moins sur papier. En réalité, les effroyables frais de change, qui représentaient un pourcentage important de chaque transaction, ont réduit mes revenus, ce qui a rendu toute l’opération inutile. J’étais persuadé que j’avais simplement besoin de plus de capitaux pour mettre en œuvre mes stratégies de placement à court terme, et que je pourrais revenir dans le jeu. Et j’avais une petite idée pour arriver à mes fins.

La spirale de l’emprunt

A partir de 2016, le Royaume-Uni a commencé à offrir à certains étudiants de master de ma région des prêts à un taux d’intérêt exceptionnellement bas avec mise en place d’un échéancier particulièrement favorable. Je me suis dit que le montant maximum offert pour emprunter, 10 000 dollars, serait suffisant pour rentabiliser mes projets de trading. Dans l’ensemble, grâce à une petite injection supplémentaire de capitaux tirée de ma bourse d’études, j’avais maintenant plusieurs dizaines de milliers de dollars à ma disposition. Une somme décente, supposais-je. Quelque chose avec lequel je pourrais enfin commencer à faire la différence.

Et je l’ai faite.

En quelques mois, j’étais en profit à hauteur de 25 %. Je suppose qu’un tel chiffre serait considéré comme plutôt respectable, une source de jalousie même, dans la communauté traditionnelle du day-trading. Cependant, le marché de la crypto avait doublé au cours de la même période, ce qui signifiait que j’avais en réalité sous-performé. Je n’ai pas laissé cette idée m’embrouiller l’esprit un seul instant, supposant que c’était en raison de mon manque certain de compétences.

Après tout, le marché de la crypto paraissait être constitué de gens dont l’intelligence devait être bien au-dessus de la moyenne. La crème de la crème, pour ainsi dire. Comment expliquer autrement la richesse qu’ils accumulaient en ne faisant presque rien, alors que le reste de la société travaillait dur juste pour joindre les deux bouts ? Il n’y avait pas de honte à être dépassé par de tels titans de la pensée.

Dr. Etudiant et Mister Crypto

La vie de trader m’a vite fait payer un lourd tribut. À la fin du deuxième mois, j’était devenu une autre personne. Avec la pression croissante des cours d’université, il n’y avait juste pas assez d’heures dans la sainte journée pour adorer les dieux de la crypto. Mais le marché était trop séduisant pour être laissé sans surveillance. Alors quand les dieux ont commencé à exiger des sacrifices, d’abord de la chair, puis de l’âme, j’ai accepté.

J’ai petit à petit rogné sur le sport : j’y allais 4 fois par semaine ? Pouah, habitude de perdant, autant mettre ce temps précieux au profit du trading ! J’ai donc simplement arrêté d’y aller.

Malgré cela, les dieux n’étaient pas satisfaits. J’ai donc décidé d’être créatif, et j’ai mis en application une autre idée, empruntée directement aux livres saints de la foi traditionnelle : le jeûne. Pour gagner du temps, j’ai commencé à remplacer les aliments solides par de la poudre hydrosoluble, supposée vous donner tous les nutriments nécessaires en un seul shaker. Ne faisant pas les choses à moitié, je n’ai pas remplacé un repas ou deux. Je les ai tous remplacés. Petit-déjeuner, déjeuner, dîner, même le goûter. “To the moon”, dit-on dans la crypto. Je mangeais déjà comme un astronaute, je suppose que j’avais prévu de faire le voyage pour de bon.

Les nerfs lâchent

Ensuite, il y a eu ma santé mentale. Tout comme le compte à rebours d’un lancement de fusée raté, les heures que j’ai passées à dormir ont été progressivement réduites de huit à sept heures, puis à cinq heures.

L’étude des effets du manque de sommeil sur le corps humain peut-être un domaine de recherche assez fascinant. Mais il n’a aucun intérêt lorsqu’on l’aborde en tant que cobaye. Ma capacité de concentration s’est affaiblie, mes capacités déductives étaient proches de celles d’une poule face à un couteau, et mon cerveau a refusé de retenir toute nouvelle information.

Sur le plan émotionnel, je suis devenu instable et visiblement agité, sans doute un peu trop crypto-focus. J’ai commencé à devenir querelleur, même à mes premiers rendez-vous Tinder. Assez étrangement, ils étaient d’ailleurs rarement suivis d’autres. Super, j’étais stressé par le stress.

Let’s go down together

Tôt un matin, mes mauvais choix m’ont conduit à voir mes positions fondrent comme neige au soleil, avec des pourcentages à deux chiffres m’emportant dans leur chute, et cela en l’espace de quelques minutes. Cela n’aurait pas été en soi un motif d’inquiétude, car les fluctuations de ce calibre sont un phénomène quotidien. En examinant de plus près les indicateurs techniques, j’ai toutefois pensé qu’une vente plus sérieuse serait imminente. J’avais besoin de quitter mes positions avant qu’il ne soit trop tard.

Mais c’était déjà trop tard. Apparemment, d’autres traders en étaient arrivés à la même conclusion et avaient agi en conséquence. Résultat : l’exchange dont je me servais s’est effondré en raison de la charge inhabituellement élevée, et il était devenu impossible de passer des ordres ou de retirer des fonds. S’en est suivi une danse du ventre d’une journée entre moi et la plateforme.

Cette danse suivait une chorégraphie assez simple, ne comportant que quatre pas. Idéalement, j’aurais dû exécuter rapidement et rapidement les manœuvres suivantes : ouvrir une session, passer à la page des ordres, passer un ordre et approuver l’opération après une demande de confirmation. Cette fois, cependant, ma partenaire était d’humeur espiègle. Quand je lui faisait faire un pas en avant, elle faisait deux pas en arrière. Et évidemment, tout cela s’est passé avec une lenteur désespérante.

Lorsque l’épreuve a finalement pris fin, mon portefeuille avait chuté de plus de 10 %, et j’avais manqué une importante échéance. C’est environ cinq minutes plus tard, lorsque je me suis surpris à envisager de sauter par la petite fenêtre du 4e étage de la bibliothèque, que j’ai décidé de mettre un terme à ma carrière de trader. Mais pas en tant qu’investisseur, vous imaginez bien. J’ai liquidé toutes mes positions ouvertes sur le marché qui n’étaient destinées qu’à être conservées à court terme et je suis retourné aux bases. Il était temps de HODLer, comme ils disaient sur Twitter. Une fois de plus, je misais tout sur Ripple.

L’accalmie entre deux tempêtes

Il s’en est suivi une période de calme relatif, le prix du Ripple oscillant autour de 25 cents. La faible volatilité du marché me permettait de retrouver mon sang-froid, de rattraper mes cours et de tenter de rafistoler mes relations brisées. En bref, j’étais à nouveau apaisé, pour ne pas dire en paix. Pour un court moment, au moins.

J’étais loin de me douter que je m’étais involontairement positionné au sommet d’un volcan. Un ce ceux qui était sur le point d’exploser. Le 12 décembre 2017, le Ripple connaissait une hausse de 40 %, le marché l’évaluant soudainement à 35 cents. Le 13, l’augmentation apparemment irrationnelle de la demande poussait le prix encore plus loin, passant d’un tiers de dollar à environ la moitié. Ainsi, en moins de 48 heures, mon capital net avait doublé. En 72 heures, il avait déjà triplé. Enfin, au quatrième jour, le prix s’est stabilisé, s’établissant autour de la nouvelle base de référence de 80 cents pour l’ensemble de la semaine suivante.

Cette période relativement calme me donnait alors l’occasion de réfléchir, de me calmer les nerfs et de m’ancrer dans la réalité. C’était très différent lorsuque je faisais du day-trading, puisque j’étais complètement submergé par le rythme incessant du marché, mon humeur étant en parfaite corrélation avec lui. Quand le marché montait, j’étais en extase, parfois même en délire. En cas de chute, je devenais carrément suicidaire. Si j’avais vu un psychiatre, il aurait probablement pris peur.

Au cours de ce récent bull run en revanche, je n’ai présenté aucun de ces symptômes. J’étais pour ainsi dire relativement indifférent. Le fait d’être un simple spectateur passif, peut-être. Je n’étais plus capitaine de mon navire, je n’essayais plus de suivre les mystérieuses baleines qui me conduiraient par vagues au succès. En effet, j’avais déjà emprunté ce chemin, mais j’avais eu le mal de mer. En fait, j’étais tellement épuisé que j’ai abandonné, je me suis allongé sur le pont et je me suis laissé à la merci de l’océan. Et quand le vaisseau a éventré par inadvertance un tonneau de trésor, j’ai supposé que c’était un mirage. C’était arrivé trop facilement, trop soudainement, pour un marin consciencieux comme moi. Je m’en méfiais, mon esprit n’arrivait pas à enregistrer cette information comme tangible, comme quelque chose qui pouvait se matérialiser dans le monde réel.

Une autre éruption, rapide, mais non moins fervente. Le 21, après une semaine de silence, le prix grimpe à un dollar vingt-cinq. Mon capital net ayant quintuplé, une autre semaine d’inactivité a suivi. C’est à cette époque que je suis retournée en Estonie pour passer du temps avec ma famille pendant les vacances, mes parents venant me chercher à l’aéroport.

Du Bitcoin pour Noël

A peine parvenue à atteindre la voiture, sans que je ne lui demande quoi que ce soit, ma mère s’est mise à me parler des cryptos avec enthousiasme. C’était tellement inhabituel pour elle que j’ai poussé un cri de terreur involontaire en réponse. Comme aspiré dans une histoire d’horreur lovecraftienne, j’étais effrayé par l’incohérence de la situation, incapable de comprendre la scène grotesque qui se déroulait devant mes yeux. Il n’y avait aucun doute dans mon esprit qu’un démon l’avait possédée. La femme à côté de moi n’aurait pas pu être ma mère.

Evidemment, quelques femmes de l’institut de beauté local étaient devenues les ambassadrices d’un obscur altcoin, prêchant les merveilles de la crypto aux villageois crédules de Jõgeva – une petite ville estonienne de 6.000 habitants. J’aurais dû décider sur-le-champ qu’il était grand temps de reprendre mes richesses au marché et de foncer dans l’autre sens. J’y voyais plutôt un point positif absolu – le mot s’était répandu dans tous les coins du monde, rendant imminente l’adoption généralisée de la technologie. C’est donc par cette froide nuit d’hiver à Jõgeva qu’un rituel a été accompli. Non pas un exorcisme, mais de nature satanique – un démon a été nourri. J’ai acheté à ma mère du bitcoin pour Noël.

Quelques jours plus tard, le 27 décembre, le marché décolle à nouveau, le prix de mon poison favori franchissant pour la première fois la barre des deux dollars avant la fin du 29e jour de décembre. Le lendemain, il atteint 2,85 $ pendant un bref instant, mais rencontre une certaine résistance, redescendant rapidement à un peu moins de deux dollars. L’année se termine cependant sur une note positive, Ripple clôturant à 2,30 $.

Voilà donc mon capital nonuplé. Ou, pour le dire avec moins d’élégance, il avait été multipliée par neuf. Ou, pour être encore plus clair, si je pouvais quelques temps auparavant à peine me permettre une Ford Focus, je pourrais maintenant acquérir une Lamborghini. Plus une paire de Focus pour mes parents.

La tendance à la hausse s’est poursuivie au cours de la nouvelle année, le prix du Ripple dépassant largement la barre des 3 dollars le 3 janvier. Le lendemain, la valeur du token atteignait presque 4 dollars. Le prix étant maintenant à son apogée, j’avais accumulé un peu plus d’un demi-million de dollars. Pour mettre cela en perspective, considérant que le salaire médian en Estonie est d’environ 1.200 USD avant impôts, j’aurais pu vivre confortablement de ma nouvelle fortune pendant plus d’un tiers de siècle. C’est plus d’années que je n’en ai au compteur. Une décennie de plus.

Le mal des montagnes

Malheureusement, je n’avais pas mis les récents événements fortuits dans un contexte plus large. Je n’aurais pas pu, avec ma capacité à me concentrer gravement altérée par les vociférations incessantes des médias. Sur Twitter, les charlatans extrapolaient la tendance pour les mois à venir, présentant des courbes qui s’aventuraient littéralement hors des charts. A la télévision, les experts considéraient 2019 comme « l’année de la crypto » . Même Jim Cramer, après des années de dénonciations, s’est rétracté et était devenu haussier sur bitcoin. Sur Reddit, des crétins affichaient des photos de leurs pièces préférées tatouées sur leur peau. C’était une apocalypse culturelle de zombies, et j’avais été mordu.

La majeure partie de mon cerveau étant rongée par cette maladie insidieuse, je n’était plus capable d’envisager qu’un type de croissance : une croissance exponentielle. Ayant vu la valeur de mon portefeuille multipliée par 16, plus rien ne m’étonnait.

C’est à cet instant que j’ai envisagé la possibilité de ne plus seulement posséder plusieurs centaines de milliers de dollars, mais bien de devenir un millionnaire à part entière. Comme insulté par la simple pensée de demeurer sur la première option, je jurais d’atteindre la seconde, en organisant la liquidation automatique de mes actifs virtuels au moment où ils atteindraient sept chiffres. Notez le mot “automatique” : j’étais si certain de la poursuite de la hausse frénétique du marché que je craignais que ce point ne soit atteint trop vite, m’interdisant d’exécuter manuellement l’ordre de vente à temps, perdant ainsi le symbolisme fourni par le fameux premier million.

J’étais à l’aise avec cette décision, il n’y avait pas de place pour le doute. Au contraire, un sentiment de malaise est même apparu en réponse à l’idée de ne plus être associé à l’espace crypto. Avec le prix à son apogée, c’était comme si le dollar n’existait même plus. Sortir de la crypto… mais pour aller où ensuite ?

La fête est finie

L’acte fondateur jadis underground et indépendant, conçu il y a dix ans, était devenu un spectacle salace d’une ampleur énorme. Tout le monde s’était empressé de se faire une place dans sur scène, nos sens trop engourdis par l’exaltation pour réfléchir sur le coût de plus en plus déraisonnable du billet d’entrée. Et voilà que vous vous retrouvez à faire la fête avec la foule sans plus réfléchir. C’est ça, ou être ce mec, là, l’imbécile timide sur la piste de danse, le vilain petit canard étrange qui reste à l’écart. Celui qui gâche tout le plaisir.

Un autre truisme à propos des festivals : ils prennent fin. Et quand cela arrive, les faux-semblant s’évanouissent – les buissons scintillent de préservatifs usagés comme s’ils portaient des fruits roses, il faut bien nettoyer les piles de merde sortant des toilettes sans chasse d’eau auxquelles nous jurons ne pas avoir contribué, et puis il y a tout ce bordel ambiant encore dans l’air qui s’évapore lentement – mais qui, même absent, est toujours là. Tout le monde était bien conscient des dangers à la fin des festivités, mais personne ne savait quand le dernier rappel serait joué. Enivrés, nous nous sommes crus assez intelligents pour capter les signaux et continuer à apprécier le spectacle. Mais nous n’en étions pas capables. Qui le serait ?

Le 5 janvier, le XRP est retombé à trois dollars, et la courbe des prix a continué de tourner autour de ce point sans incident pendant les deux jours suivants. Le 8 janvier, j’ai remonté les graphiques pour passer le temps pendant le petit déjeuner. Cela s’est avéré être une terrible erreur, car j’ai failli m’étouffer avec le porridge, surpris par les événements choquants dont j’étais témoin. Le temps qu’il m’a fallu pour consommer le repas a suffi pour que le prix du Ripple chute de 60 cents, soit près de 20 % de la valeur. Mais cela ne s’est pas arrêté là. Quelques jours plus tard, la barre des deux dollars a été littéralement enfoncée.

Avec cela, le sentier le plus raide de la montagne volcanique venait d’être descendu. Et si les pentes les plus abruptes du parcours sont habituellement les plus difficiles, leur pénibilité est quelque peu compensée par leur nature exaltante. On ne réfléchit pas existentiellement sur sa position au milieu d’un dangereux rappel – les instincts prennent le dessus et l’homme est réduit à un animal, sans presque rien enregistrer du tout. De plus, n’est-il pas fréquent que l’on descende en rappel avec l’intention de trouver une meilleure route, une route qui peut être utilisée pour s’élever toujours plus haut ? Un pas en arrière, deux pas en avant.

Il a fallu encore un mois, puis quelques jours de plus, pour que le prix baisse graduellement d’un autre dollar, mais à la mi-février, c’était déjà chose faite. À partir de là, les unités appropriées pour discuter de la valeur de Ripple étaient redevenues des cents.

Le déclin graduel s’est poursuivi en mars et, à la fin du mois, la pièce ne valait plus qu’un demi-dollar. Le prix s’est repris en avril, atteignant presque 1 dollar. Une feinte – avant le milieu de l’été, il avait encore diminué de moitié. Et, au début de l’année scolaire, en septembre, il a encore diminué de moitié, ne valant plus que quelques cents de plus que son cours originel.

Dans les grands voyages, ce sont les longs tronçons de néant, les régions du vide qui se sont avérées à maintes reprises être la perte des hommes. Ce n’est pas la pénibilité d’un tel terrain qui en est le coupable, mais plutôt le caractère trompeur de sa nature. Ceci est d’autant plus évident qu’il s’agit d’une descente de falaise particulièrement brutale, comme c’est le cas en l’occurrence. Un homme en pleine chute libre n’est pas le mieux placé pour mesurer le désespoir de sa situation. Il tombe, c’est tout.

Dans une telle situation, on peut donc même se croire en progrès… alors qu’on tombe toujours. De même, après cette chute quasi verticale, j’étais encore comme en catatonie, mon esprit n’enregistrant même plus la baisse régulière des prix qui s’en venait. Mon esprit savait que le marché était en récession, mais mon cœur espérait continuellement qu’il s’agisse juste d’une stagnation. J’étais incapable, moi aussi, d’intérioriser cette sagesse en apprenant simplement des erreurs des autres. Alors je n’en ai fait qu’à ma guise, en m’accrochant obstinément, avec rien d’autre à faire qu’attendre – attendre une absolution qui ne viendrait jamais.

Ce qui avait commencé comme une campagne pour conquérir la montagne s’était terminé par une défaite. Je me tenais une fois de plus au fond, le drapeau destiné à être planté au sommet encore à la main, inutile. Depuis lors, il est devenu clair que j’avais effectivement atteint le sommet, comme tant d’autres. Mais j’avais raté le plus important : réussir à le reconnaître.

Tout cela n’a pas été entièrement inutile. J’ai fini par regagner quelques dollars en revendant mes XRP. Juste assez pour me racheter un canapé.

Le Journal du Coin
Le Journal du Coin, premier média d’actualités francophone au sujet des cryptomonnaies, de Bitcoin et des protocoles blockchain.

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jean claude duss
Invité

super vous etes pas censer etre un journal qui publie des articles de news et pas du copier coller traduit de post medium c’est google actu qui va etre content

Jimmy 2 times
Invité
Jimmy 2 times

Si t’es pas content JC tu lis pas et puis c’est tout. Plus d’un se reconnaîtront dans ce récit, très belle initiative.

Grégory Guittard
Admin

Salut,
Il y a des textes non traduits qui sont peu lus sur le Net, et qui gagnent à être plus exposés. 🙂
Quand on considère que c’est le cas, on prend contact avec l’auteur et on discute d’une traduction. On ne s’en cache pas, et ce n’est pas une bête traduction au Google Translate, le texte est repris et retravaillé. Mais on te remercie de te soucier de notre référencement Google 😉
Maintenant, personne ne te force à lire ces articles en particulier, tu sais.
A+

Pétunia
Invité
Pétunia

La patiente est de mise . Qui sait comment sera le marché dans 1 à 8 ans c To the moon ou jusqu’aux enfers

Lee
Invité
Lee

La Morale de l’histoire: Le cycle bearish est terminé. C’est le moment d’acheter du XRP 🙂 !

Grégory Guittard
Admin

C’est un autre débat 😅😉

Brahim
Invité
Brahim

Merci vraiment intéressant

Rifraf
Invité
Rifraf

ça fait plaisir un témoignage de trader à la sauce Bukowski!

fakestory
Invité
fakestory

On dirait surtout un gros pavé de mensonge … Il est informaticien est décide d’investir dans le ripple ?? c’est une blague ? Le ripple n’est en aucun cas une monnaie speculative…. N’importe qui qui a quelque que connaissance aurait pris le temps de lire le cdc du ripple …
Bref fake

Grégory Guittard
Admin

“Le Ripple n’est en aucun cas une monnaie spéculative”, really ? 😉

TGA
Invité
TGA

Finalement je ne m’en sors pas si mal avec une vie de père de famille et un job a plein temps, entre octobre 17 et mars 18 j’ai fait 40k€ nets d’impots sur des ICO avec un invest de 15k€ et un pic a 120k€
du coup j’ai pas acheté une lambo mais j’ai acheté un SUV
true story