Bitcoin : minage éthique et énergies renouvelables

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Bien loin des radars de la presse généraliste, Bitcoin semble avoir été oublié en cette période de crise exceptionnelle. Rappelez-vous pourtant cette époque où son ascension fulgurante avait attiré une pluie de critiques acerbes, tant bien au niveau de sa cohérence monétaire, que de par son empreinte écologique jugée excessive.

Cependant, les raisons de s’enthousiasmer lorsque l’on étudie la transition écologique qui est opérée au sein de l’industrie de minage Bitcoin sont réelles. Même si les chiffres sont difficilement quantifiables par la nature atomisée du réseau, la croissance du minage dans les zones à forte densité d’énergies renouvelables est une tendance qui se confirme.

Dans l’optique d’une surmédiatisation prochaine, voici donc une contribution qui pourrait permettre de faire taire les détracteurs d’un système trop énergivore, amplifiant les problématiques écologiques et ne pouvant servir le bien commun.

Hydroélectricité : Bitcoin permet l’essor et le financement d’une énergie propre

Si une tendance se dessine clairement dans le paysage du minage actuel, c’est bien l’essor de l’hydroélectricité en tant que nouvelle source majeure de développement. Les mineurs de Bitcoin font bien plus que de profiter de cette énergie dite « propre », ils la financent aussi de manière indirecte.

Pour tous ceux qui souhaitent comprendre plus en détail le fonctionnement de l’énergie hydroélectrique avant de se plonger dans l’article, voici un lien utile :

La décentralisation des structures de minage rend difficile les travaux d’analyse et l’obtention de résultats fiables quant aux sources énergétiques utilisées. Une étude fait pourtant office de référence grâce à son panel conséquent de 128 installations :

Etude de la Cambridge University traduite de l'anglais au français

Il est donc estimé que 60% des structures sondées incluraient dans leur mix énergétique la présence d’énergies renouvelables. Ces chiffres n’ont pu être constatés que parmi 93 installations sur 128, pour cause d’opacité de certains acteurs du réseau. Il y a donc fort à parier que la réalité soit en toute logique supérieure.

La deuxième leçon tirée de ce graphique est l’efficacité légèrement inférieure des énergies renouvelables par rapport aux sources fossiles. Cela explique surement la réticence de plusieurs membres du réseau à enclencher une transformation structurelle nécessaire.

Néanmoins, Les rumeurs vont bon train quant à la présence en masse d’énergies hydroélectriques dans le mix énergétique. Les professionnels du secteur avancent en coulisse qu’elle représentera la source majeure, voir intégrale dans un futur proche.

Afin d’apporter une pierre à l’édifice et de produire une preuve supplémentaire à ce postulat, nous avons croisé la carte des installations de minage officielles avec celle des sources d’énergies hydroélectrique mondiales. Autant dire que les résultats sont assez significatifs :

Comme le permet de le constater cette carte, la concentration des structures de minage se trouve dans les zones à forte présence hydro-énergétique. Cette relation est donc tout sauf un hasard.

La zone majeure de concentration, tant en infrastructures de minage qu’en source hydro se situe en Chine dans la province du Sichuan – elle représenterait à elle seule 45.6 terawatt par heures de surplus électriques produits – l’équivalent de 1% de la consommation électrique américaine annuelle.

La notion de surplus énergétique est cruciale lorsque l’on vient à étudier la typologie du minage. Effectivement, la survie des mineurs s’appuie sur leur capacité à trouver une énergie extrêmement bon marché, il faut donc exclure l’idée qu’ils seraient des consommateurs ordinaires s’appuyant sur les mêmes méthodes d’accès aux ressources qu’un particulier.

Les mineurs s’appuient en grande majorité sur les surplus de production rendus possibles grâce à plusieurs facteurs :

1. Le souhait d’accélérer la transition écologique a poussé les états à subventionner en masse la construction de centrales hydroélectriques. De nombreux projets ont vu le jour, sans pour autant prendre en considération les besoins réels de la population.

2. Lors de fortes intempéries ou épisodes pluvieux saisonniers, les centrales hydroélectriques tournent à plein régime et produisent un niveau d’électricité supérieur à leurs capacités de stockage, induisant des excès énergétiques abondants.

3. Il est bien plus profitable pour une compagnie électrique de revendre ces surplus d’une façon directe même à un prix inférieur, plutôt que de s’équiper de solutions de stockage et transmission jugées peu efficaces.

C’est en négociant le prix de ces surplus, qui seraient en grande partie gâchés autrement, que ces acteurs du réseau parviennent à obtenir des prix faibles et compris entre 0.02 cts et 0.04 cts de dollar au kWh.

Il est donc clair que l’argument d’un réseau Bitcoin qui accélérerait de manière exponentielle la pollution de la planète tombe à l’eau. Non seulement le réseau s’appuie en grande majorité sur des énergies dites « propres », mais, exploite les excédents énergétiques autrement gâchés par l’inefficacité des solutions de stockage.

L’étude de ces différents facteurs nous pousse même à avancer un postulat encore plus ambitieux : Bitcoin finance indirectement l’énergie hydroélectrique.

Il faut intégrer le fait que l’installation d’une centrale hydroélectrique est extrêmement coûteuse, bien plus coûteuse qu’une centrale à charbon, puisque non modulable. Les retours sur investissement pour une centrale hydro sont de 40 à 50 ans alors qu’une centrale à charbon s’avère potentiellement rentable au bout de 4 années. Voici pourquoi le réseau Bitcoin, en créant une source supplémentaire de revenu, permet de rentabiliser les installations et de ce fait, accélère leur développement.

Le mouvement de diversification est clairement en marche, et les entreprises qui proposaient autrefois un simple et unique accès à Bitcoin via OTC voient dans le minage une possibilité d’étendre leurs gammes de services, d’obtenir des cryptomonnaies à un prix inférieur au spot exchange, mais aussi de profiter d’un potentiel bénéfice d’image.

Dans une lettre adressée à ses actionnaires, le groupe CME a confirmé cette tendance et rendues publiques ses intentions :

“The CME Group needs to get in front of this trend by building solar/wind/hydro energy plants to power our global operations. Then divert the excess energy to mine Bitcoin and other cryp-to currencies.”

“Le Groupe CME a besoin de se placer au-devant de cette tendance en construisant des centrales énergétiques solaires/éoliennes et hydro pour son activité globale. Puis d’exploiter les excès énergétiques afin de miner Bitcoin et autres crypto monnaies”

Les bienfaits de cette course aux énergies renouvelables ne sont pas sans risque, car elle donne un pouvoir nouveau et incroyablement unique aux compagnies électriques qui constituent les premiers maillons de distribution. De plus, qu’en est-il de leur forte imbrication étatique ? Ne serait-ce pas un pied de nez adressé aux chantres de la décentralisation ?

Bitcoin : La monnaie du peuple, vraiment ?

Ce n’est plus un scoop pour personne, les compagnies énergétiques mondiales sont en train de devenir l’un des maillons essentiels à l’accès des monnaies numériques fonctionnant sous protocole de preuve de travail.

Inutile de leur vanter les mérites d’une souveraineté monétaire ou encore d’une indépendance financière retrouvée. Ces entreprises voient dans le minage une source de diversification de revenus inespérée, car en plus de ne pas affecter leur activité classique de distribution énergétique aux particuliers & entreprises, le minage leur permet d’exploiter les surplus qui seraient autrement perdus.

Cependant, il va de soi qu’un réel éparpillement géographique pour les infrastructures de minage n’a jamais été aussi crucial. Une concentration trop forte pourrait mettre en péril la pérennité du réseau et focaliser le pouvoir entre les mains d’acteurs versatiles. Ce n’est pas un hasard si les préoccupations des mineurs vont dans ce sens :

Etude de la Cambridge University traduite de l'anglais au français

Etude de la Cambridge University traduite de l'anglais au français

Si l’on observe attentivement la carte des majeures régions de minage de Bitcoin (cf carte en première partie de l’article – hors UE & Amérique du Nord), on constate qu’elles ont toutes un point commun: leurs compagnies électriques sont fortement intégrées aux systèmes étatiques.

L’Iran avec National Iranian Oil company, le Kazakhstan avec KazMunayGas, la Russie avec le monopole Transneft, la Chine ou toutes les sociétés énergétiques sont dans l’obligation d’avoir un membre du board appartenant au PCC, l’Argentine avec l’ENARSA et le Venezuela avec PDVSA – autant d’exemples qui tranchent avec l’indépendance de fonctionnement des entreprises occidentales.

Un changement radical dans la politique d’un état, qui instituerait le concept de cryptomonnaie comme un ennemi de la stabilité monétaire du pays pourrait engager les gouvernements à drastiquement augmenter les coûts d’accès aux énergies, où tout simplement interdire l’activité de minage sur leur sol.

Il est donc extrêmement rassurant d’observer un phénomène de décentralisation des structures de minage, afin de contrer une quelconque ingérence étatique. Pour rappel, la Chine était soupçonnée de disposer de 74% des capacités de hashing en 2018.

Ceci étant dit, la décentralisation s'accélère afin de construire un réseau graduellement plus fiable, et des projets de minage éclosent dans les parties du globe qui paraissaient totalement inaccessibles il y a de cela encore quelques années. Un de ces projet fait mieux que d’accroître cette décentralisation, il constitue le parfait exemple de l’utilisation du minage dans le support des populations et de l’accélération d’une transition écologique.

Virunga, l'exemple du minage éthique

Le nom de Virunga peut vous sembler familier, et pour cause, Leonardo Di Caprio y a dédié un documentaire, diffusé sur Netflix, relatant l’histoire de ce parc naturel congolais pris sous le feu des conflits humains et de la sauvegarde de la faune et flore.

Ce parc, abritant la plus grande diversité biologique du continent africain a entamé de profondes mutations ces dernières années afin de devenir autosuffisant, d’aider les habitants dans leur lutte contre la pauvreté, mais aussi de sauvegarder des espèces en voie de disparition.

Afin d’accomplir cette mission et de financer l’autosuffisance du parc (une équipe de 750 rangers en assure la défense) ,la seule solution viable était de proposer aux populations une source énergétique autre que le charbon – qui avait pour effet une déforestation incontrôlable, et par conséquent, une préservation naturelle rendue presque impossible.
L’installation de 5 centrales hydroélectriques, avec un objectif de production à terme de 105 MégaWatts a donc été engagée pour subvenir aux besoins des populations et alimenter en énergie les infrastructures inhérentes au parc.

Toutefois, l’offre énergétique rendue disponible par ces aménagements est bien supérieure à la demande immédiate de la région. En effet, le projet s’est construit en anticipant une demande croissante de la zone sur le long terme. Il était donc judicieux de trouver une solution amortissante, pouvant contribuer à la pérennité du parc, et palier à la perte de revenus liées au COVID et à la chute du tourisme.

L’installation d’une ferme de minage de Bitcoin a donc été actée cette année, avec en ce moment même la construction de la structure qui permettra d’accueillir la livraison des rig de minage courant Mai.

Le minage de Bitcoin permettra au parc un revenu supplémentaire, mais aussi, assurera la survie d’un projet essentiel à la sauvegarde d’une des plus belles régions africaines.

Souhaitons que cette initiative ne devienne pas un projet isolé, unique en son genre. La pérennité du protocole Bitcoin et de son image grand public en dépend.

Pour conclure, il serait naïf de prétendre que les mineurs ont placé la problématique écologique en tant que priorité numéro 1. Même si l’évolution est positive aujourd’hui, les bouleversements induits par la chute des matières premières et énergies fossiles pourraient changer la donne et engendrer une hausse de leur exploitation.

L’optimisme doit donc être mesuré en ces temps incertains, et les futures données scrutées avec grande attention.

Merci à Sébastien Gouspillou, PDG de Bigblock Datacenter et responsable du projet Virunga pour son aide à la réalisation de cet article.

Illustration : Yevhen Vitte/Shutterstock.com

Auteur

Finance décentralisée, Souveraineté monétaire, Géopolitique. Twitter: @SweetGold9

  1. Dominique Mauras dit :

    J’ai bien lu l’article, et je ne sais pas par où commencer. Si je lis bien, le fait de consommer de l’énergie pour miner Bitcoin, si c’est vert c’est bien . Cela permet à des installations “vertes” d’être construites et donc c’est mieux que… si on ne consommait pas cette énergie ? Il faut commencer par regarder le documentaire “Planet of the humans” pour voir ce qu’est réellement l’énergie verte, ce que cela consomme en ressources non renouvelables et quels sont les destructions de l’environnement associées. Ensuite, miner du bitcoin c’est mieux que stocker de l’énergie dans de l’hydrogène par exemple pour ensuite l’utiliser sur des trucs réellement utiles ? Je ne dois pas comprendre. Et puis la production, c’est bien mais la consommation c’est quoi ? Des ordis qui tournent et chauffent et des clims qui refroidissent le tout… C’est écologique et bon pour le réchauffement climatique ça ?
    Et bien sûr en aucun cas on ne se pose la question de ce à quoi sert vraiment bitcoin… A rendre les échanges d’argent libres ? Mais qui a besoin de cela en dehors de quelques mafieux ? A éviter l’inflation des dollars ? Quelle inflation ? A éviter la dette des états ? La dette ne coûte pas un centime à personne depuis des décennies puisque personne ne la rembourse jamais, et si on ne pouvait plus créer de monnaie, le peuple ne pourrait plus se financer, plus rien financer, plus rien faire. A libérer des états du dollar ? Quand ? Dans combien d’années ? Les états qui ne peuvent pas se payer des dollars pourraient payer des bitcoins ? Quel état validera une monnaie qu’il ne contrôle pas ? Non, si on est assez honnête, Bitcoin est une valeur qu’on achète et qu’on revend, cela s’appelle spéculer et c’est pas terrible. Bon, les mineurs veulent se faire du blé et nous disent qu’on va avoir un BTC à 20000 ? 100000 ? 1000000 ? Plus encore pourquoi pas… du moment qu’il reste rentable de faire tourner les machines pour gagner du BTC plus cher encore, on nous vend le BTC tour à tour comme un rêve, un concept, un idéal, une valeur refuge, un truc rare, un truc qui va monter, qui “explose” dès que ça frémi vers le haut (en oubliant que ça plonge vers le bas aussi)… et même un truc bon pour l’écologie… on aura tout vu. Soyons sérieux, la consommation électrique de la Suisse pour soutenir quelques centaines de milliers de transactions par jour au mieux… c’est pas une aberration ?

  2. Josselin A. dit :

    Merci pour votre commentaire et mes excuses pour la réponse tardive.

    Concernant vos remarques sur l’article, j’ai surement du manquer de clarté dans ma démonstration. Le but était de prouver que le minage de Bitcoin s’appuyait en grande majorité sur les surplus de l’hydro électricité – ce qui fait de Bitcoin un réseau qui certes, reste très énergivore, mais qui a le mérite de s’appuyer sur une énergie qui ne serait pas consommée autrement.

    Pour votre référence à « Planet of the humans », vous remarquerez que l’hydroélectricité n’y est jamais abordée.

    Le but n’est pas d’avancer que Bitcoin est une chance pour notre écosystème, mais qu’il faut nuancer les discours alarmistes.

    Force est de constater que nous avons des avis diamétralement opposés sur Bitcoin, son utilité et son avenir. Je peux donc comprendre aisément votre réticence quant à un système si énergivore qui aurait si peu d’utilité.

    J’ignore à quel point vous avez étudié la question et m’engager dans une démonstration publique n’est pas forcément le but. Vous êtes par contre le bienvenu si vous souhaitez débattre de l’utilité de Bitcoin en privé via Twitter.

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