Bitcoin : Une famille tuée pour ses BTC au Mexique
Une confiance fatale. Dans la soirée du 1er septembre 2026, des hommes armés abattent Jonathan Meléndez à son domicile d’Atizapán de Zaragoza. Le musicien, qui vivait en périphérie de Mexico, est claviériste du groupe de rock mexicain Camilo Séptimo. Son épouse Ana Paula, enceinte de quatre mois, ainsi que leur fille de 3 ans et leur employée de maison, meurent également avec lui. Finalement, seul leur fils de 6 ans survit. Concrètement, la justice mexicaine retient un mobile : un wallet Bitcoin caché dans l’appartement. D’ailleurs, nous racontions déjà cette histoire il y a quelques mois. En effet, un YouTubeur mexicain a écopé de 50 ans de prison pour une rançon en bitcoins mal négociée. Sauf qu’à Atizapán, personne n’a survécu pour négocier quoi que ce soit.
- Jonathan Meléndez, claviériste du groupe Camilo Séptimo, a été assassiné à son domicile avec sa famille et leur employée de maison, le mobile étant un wallet Bitcoin caché.
- Deux suspects, dont un associé de Meléndez, ont été arrêtés rapidement, et sont poursuivis pour corruption et résistance, avec une enquête en cours pour homicide.
Un guet-apens à Atizapán, au nom d’un wallet Bitcoin
Au total, l’attaque a duré à peine plus de deux heures. Précisément, la Fiscalía General de Justicia del Estado de México (FGJEM) situe les faits entre 17h23 et 19h41. La Jornada a relayé cette reconstitution. Ainsi, les agresseurs abattent Jonathan et Ana Paula, les mains liées. Ils touchent aussi l’employée de maison, Aleyda Romero, 21 ans, dans le dos. Même le chien de la famille n’y échappe pas.
Les tueurs cherchaient une caja fría, littéralement une « boîte froide », comprendre un cold wallet. Il s’agit d’un wallet Bitcoin physique et hors ligne, qui stocke des clés privées sans jamais toucher internet. Par ailleurs, la FGJEM évoque des « millions de dollars en bitcoin », sans avancer de chiffre précis. Selon la presse internationale, ce montant s’élèverait à 1,5 million de dollars. Toutefois, aucune autorité ne l’a confirmé à ce jour. Un chiffre à prendre au conditionnel.

Diego Sebastián Rosen Ferlini, l’associé qui savait où frapper
Résultat, la police arrête deux hommes en moins de 24 heures. Diego Sebastián Rosen Ferlini a 51 ans. C’est un homme d’affaires argentin, associé de Jonathan Meléndez dans une activité de location de vacances. Ainsi, cette proximité lui aurait servi de passe-partout. Or, un mandat d’arrêt pour fraude pesait déjà sur lui quinze jours avant le crime. Un amparo (sursis judiciaire mexicain), obtenu le 17 août, l’avait toutefois suspendu.
D’abord, son complice s’appelle Gerardo Cisneros Bejarano, 52 ans : le chauffeur personnel de Rosen Ferlini. En échange, il aurait accepté environ 2 millions de pesos, soit 120 000 dollars, pour son rôle logistique. Une fois interpellé, Rosen Ferlini aurait proposé un pot-de-vin. Faire venir d’Espagne, où vit son épouse, l’équivalent de 1,5 million de pesos en bitcoins. Pour l’instant, la justice poursuit les deux hommes pour corruption et résistance ; l’inculpation pour homicide reste en cours de constitution. Au total, la Fiscalía évoque une peine cumulée pouvant atteindre 296 ans de prison. Enfin, elle couvre l’homicide qualifié, la maltraitance animale et l’interruption de grossesse.
La France, nouvel eldorado des wrench attacks
Ce crime a un nom dans le jargon crypto : le wrench attack (littéralement « attaque à la clé à molette »). Concrètement, il s’agit de l’extorsion physique visant à faire cracher un mot de passe plutôt qu’à percer un algorithme. Selon un rapport Chainalysis relayé par The Block début août, les attaques ont explosé au premier semestre 2026. Au total, des attaquants ont déjà volé plus de 30 millions de dollars lors d’attaques physiques sur des détenteurs de cryptomonnaies. L’an dernier, sur douze mois complets, la facture totale s’élevait à 58 millions.
Globalement, le taux de réussite de ces attaques recule, de 67 % en 2024 à 26 % cette année. Résultat, la France grimpe dans le mauvais sens du classement. Par ailleurs, on y recense 30 cas à mi-2026, contre 19 sur toute l’année précédente. Chainalysis relie une partie de ce bond à une fuite de données du fisc français en 2024. En somme, cette fuite aurait exposé l’identité et les avoirs de détenteurs fortunés.
L’histoire n’est pas isolée. En France, un entrepreneur crypto a déjà été enlevé à Troyes pour une rançon nettement plus modeste, 20 000 euros. La différence avec Atizapán tient à la valeur supposée du wallet visé, et à la proximité d’un associé de confiance qui a fini par se retourner contre son ami. Le climat sécuritaire mexicain n’a rien de comparable à celui de la France : le pays a recensé 23 374 homicides en 2025, un chiffre qui reste considérable malgré un repli de 30 % sur un an, selon les données du Secrétariat exécutif du système national de sécurité publique (SESNSP). Garder le secret sur ses avoirs, même auprès des proches, n’est plus un réflexe de prudence excessive. À Atizapán, c’est ce silence qui a manqué, et il a coûté quatre vies.